Gérard Louvin

Vendredi 17 février 2012 à 12h15
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    Le flair aiguisé de Gérard Louvin

    Gérard Louvin  © Radio France

    « Moi, je viens de rien, et j’en ai bavé un maximum ! On dit que j’ai du pouvoir, mais j’ai surtout du flair ! La langue de bois, ce n’est pas du tout mon genre ! » Avec sa gouaille des faubourgs et sa carrure de déménageur, Gérard Louvin - à l’image de ceux qui ont forgé eux-mêmes leur destin - présente l’aspect d’un homme au discours carré, qui se passe volontiers de préséances enrubannées et de fioritures inutiles. Responsable artistique, manager, Pdg de sociétés, producteur de films et d’émissions de télévision à succès comme « Greg le Millionnaire », « l’Île de la Tentation », directeur de la « Star Academy »... Dans l'univers du spectacle, son parcours est peu banal.

     

    En 1972, Gérard Louvin devient secrétaire particulier puis directeur artistique du chanteur Claude François qui le nomme manager d’Alain Chamfort. En 1982, il fonde sa propre entreprise : GLEM (Gérard Louvin éditions musicales), qui prend sous sa coupe une brochette d’artistes comme Michel Leeb, Lio, Pierre Palmade, Anthony Kavanagh, Florent Pagny, et aussi le Mime Marceau ou le danseur Maurice Béjart. À partir de 1988, il se lance dans la production de comédies musicales : « L’Homme de la Mancha », « Les Années Twist » (1994), « Roméo et Juliette » (2002), « Les Demoiselles de Rochefort », « Belles, Belles, Belles » (2003). Il est également présent dans le budget de nombreuses pièces de théâtre comme « Le Tombeur » de Robert Lamoureux, « Trois partout » de Ray Cooney et Tony Hilton, « Les Palmes de Monsieur Schutz » de Jean-Noël Fenwick, « Ils s’aiment » de Müriel Robin et Pierre Palmade, « Un air de famille » d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, ou « La Griffe » d’Howard Barker. Il finance aussi une vingtaine de films parmi lesquels « Cible émouvante » de Pierre Salvadori, « Les Patriotes » d’Éric Rohant (1993), ou « Le Garçu » de Maurice Pialat (1995). À partir de 1987, il étend ses activités à la télévision. Via sa société GLEM, il devient producteur d’émissions phares de TF1 comme « Sacré Soirée », « Ciel mon mardi ! », « Intervilles », ou « Sans aucun doute », incarnées par des animateurs populaires tels Jean-Pierre Foucault, Christophe Dechavanne, Nathalie Simon, Julien Courbet. En 1995, il est nommé directeur de l’unité « Divertissements » de la chaîne, puis, en 2004, conseiller aux programmes auprès du Président Nonce Paolini. Dans les années 90, il crée un pôle radio qui gère les station privées Voltage FM et MFM, respectivement revendues en 2004 et 2008. Il préside la structure « Juste pour rire » qui rassemble des humoristes comme Arturo Bracchetti ou Florence Foresti, et le jury du Festival International du Cirque de Grenoble.

    En 1989, en compagnie de Florence Aboulker, il publie « La Loco », un roman autobiographique, puis « Show devant » en 2004, et « Star Ac - Les secrets du Château » en 2005. Depuis 2006, Gérard Louvin est propriétaire du célèbre music-hall parisien rebaptisé « Bobin’O », et transformé en cabaret de prestige. Il possède également le Théâtre Fontaine, et le restaurant-bar-discothèque « L’Arc », bien connu des branchés de la Capitale.

    Depuis 1991, il est père adoptif de Kevin, originaire du Cambodge. Il est Chevalier de la Légion d’Honneur, et Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

    Incartades et bigoudis

    Gérard Alfred Émile Louis Fromont - alias Gérard Louvin - débarque sur terre le 5 septembre 1946 au Raincy, en banlieue parisienne. Ses parents tiennent un salon de coiffure pour dames qui constitue son univers d’enfance. Sa chambre donne sur les bacs de rinçage, et après la fermeture, la boutique capillaire tient lieu de salle à manger familiale. Très tôt, le petit Gérard est initié à la belle ouvrage : « Souvent, quand une cliente était sortie dans la rue, j’entendais mon père diagnostiquer : « Là, on aurait pu faire mieux ! », ou ma mère qui s’exclamait : « Celle là, on l’a complètement ratée ! » C’est là qu’est né mon côté méticuleux, même un peu maniaque ! » Les sirènes de la gloire l’attirent de bonne heure : « Dans mon bain, j’avais 12 ans, je m’inventais des interviews : « Alors, Monsieur Gérard, racontez-nous, vos débuts, comment vous avez réussi ? À quoi devez-vous votre succès ? » Je me faisais les questions et les réponses ! » À l’école, c’est un impulsif qui, dès l’âge de 15 ans, sait montrer de quel bois il se chauffe à Monsieur Jambon, son prof de français : « Un jour qu’il m’avait mal parlé, je l’ai envoyé valdinguer dans l’armoire vitrée au fond de la classe, où il est resté coincé un bon moment ! Ce qui fait que je me suis fait virer sur le champ ! » Il se retrouve à l’école hôtelière qui le place dans les cuisines du célèbre restaurant Lucas Carton. L’ambiance quasi militaire de ce genre d’endroit n’est pas la tasse de thé du jeune homme qui montre à nouveau sa force de caractère : «Le chef n’arrêtait pas de m’appeler « Ducon », ce qui m’énervait beaucoup. Un jour, j’ai vu rouge. Je l’ai pris par les épaules, traîné à travers toute la pièce, je l’ai assis sur la plaque brûlante du fourneau, et je suis parti ! » Les camarades, dont le futur étoilé Alain Ducasse, sont médusés. Le patron de l’établissement est impressionné. L’apprenti cuistot est remercié. Dans la foulée, l’autorité parentale lui montre la direction de la porte. À 18 ans, recyclé maître d’hôtel de wagons-restaurants en semaine, il se transforme le week-end en chanteur de rock. Avec son groupe « Les Play Boys », il sévit dans les bals, les concerts de banlieue, et jusqu’aux premières parties de Polnareff et Jacques Dutronc. Cette époque de galas et de galères lui permet de découvrir le monde du showbiz, ses personnages pas toujours reluisants, ses oracles parfois précieux : « Un gars m’a dit un soir : « Fais gaffe ! Derrière les paillettes, il n’y a que des rats ! » Je m’en suis toujours souvenu ! »

    Mélange de casquettes

    Quand il évoque son recrutement miraculeux par Claude François, Gérard Louvin précise : « Je me suis longtemps demandé pourquoi il m’avait engagé, jusqu’à ce que j’en apprenne la vraie raison : je ne lui demandais pas d’argent, pas un rond ! Seulement apprendre le métier ! » L’ancien secrétaire particulier de l’idole peut se prévaloir d’avoir su faire fructifier sa démarche astucieuse. Ayant connu « les sandwiches aux rillettes et les hôtels miteux », il ne rougit pas de faire désormais partie du Gotha des décideurs et des possédants. Si la télévision est devenue son champ de manœuvres privilégié, ce n’est pas un hasard : « Depuis mes débuts dans le milieu de la musique, j’écumais toutes les salles de France et de Belgique. Quelque chose me frappait : à 21 heures, on ne trouvait plus personne dans les rues. C’est là que j’ai compris que les gens étaient devant leur poste de télé ! » Compagnon de route de TF1 et du contenu de ses programmes de divertissement, il se moque bien qu’on puisse le surnommer « Monsieur Premier Degré », et des images peu amènes qu’on lui colle : « J’ai toujours fait du populaire pour faire rêver le plus grand nombre de gens. Faire de la télé pour 50 000 personnes, ça ne m’intéresse pas ! Pour moi, être populaire, c’est flatteur ! » Ses galons de capitaine d’industries culturelles se sont parfois heurtés à ceux d’employé de la chaîne, au point qu’on a pu y voir une position hégémonique, un mélange des genres malvenu. Il détient en la personne d’Étienne Mougeotte un indéfectible avocat : « Gérard connaît parfaitement son métier. Ceux qui rouspètent après lui font partie de la cohorte des incapables ! » Ses adversaires médisent : « Il a éperdument faim d’argent et de reconnaissance ! » Avec son tempérament bien trempé, il balaye les critiques, fait face à ses détracteurs, et ignore les concessions : « Personne n’est aimé à 100% ! Si c’était le cas, ça serait grandiose, et je me présenterai aux élections tout de suite ! »

    « Allô Gaston ! »

    Brasser des euros n’empêche pas d’avoir des coups de cœur. Parmi les chanteurs, ceux Gérard Louvin se nomment Johnny Hallyday, Michel Sardou, Dave. Par contre Renaud et Cabrel font partie de ses têtes de Turcs. Sur certains prétendants à la gloire, il pose un œil attendri : « Il ne faut pas juger les gens sur les apparences ! Tous les jeunes de la télé-réalité ne sont pas aussi cons qu’on croit. Loana est loin d’être sotte ! » Son perroquet s’appelle Gaston, répond « Allô » quand le téléphone sonne, et chante « Que je t’aime ! » de Johnny.

    Sa grande émotion affective reste sa rencontre avec Kévin, en 1991, au Cambodge : «Quand j’ai vu ce petit orphelin de 3 ans, j’ai tout de suite su qu’il serait mon fils. Il n’avait jamais reçu d’amour. Ça tombait bien, je rêvais d’en donner ! » Les tracasseries administratives n’ont pas manqué pour ce père célibataire, ni les questions de son rejeton : « Quand il me demandait pourquoi il n’avait pas de maman, je lui répondais que je n’avais pas trouvé la femme idéale… » Avec Daniel, son ami et associé que le fiston appelle « Papounet », il aime arpenter ses coins de montagne: « Là, je sens la vraie valeur des choses ! » Il considère comme légitimes les coups de pouce que l’existence a pu lui consentir : « Avoir de la chance, c’est déjà du talent !»

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