Un seul quotidien pour tout l'Est de la France ? / France Bleu

Un seul quotidien pour tout l'Est de la France ?

Jeudi 18 avril 2013 à 02h46

De Nancy à Grenoble, le Crédit mutuel, via son groupe Ebra, règne sans partage sur les titres de la Presse quotidienne régionale (PQR). Mutualisation des contenus, menaces de disparition de journaux : plusieurs syndicats tirent la sonnette d'alarme et dénoncent la fin d'un certain pluralisme sous prétexte d'économies.

Sticker dans les rues de Strasbourg, à l'automne 2012. Aymeric Robert © Radio France

"Non au journal unique" : la pétition de l'intersyndicale du "Pays" circule depuis quelques jours. Les employés du journal y dénoncent une "volonté de mettre fin à la publication de cette édition franc-comtoise de «L’Alsace», dont le fonds de commerce et les 38 salariés seraient cédés à «L’Est Républicain», journal concurrent."

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Journal concurrent, mais dont le propriétaire est le même puisque le Crédit mutuel possède les deux titres. Tout comme il est propriétaire d'une douzaine de titres dans tout l'est de la France via son groupe Ebra (Est Bourgogne Rhône-Alpes) lui conférant un statut de monopole dans une vingtaine de départements.

France Bleu a joint la direction du groupe qui n'a pas souhaité s'exprimer.

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Même configuration en Alsace où le Crédit mutuel possède depuis 2011 à la fois "Les Dernières Nouvelles d'Alsace" et le journal "L'Alsace". Un mal français, notamment dénoncé par Edwy Plenel lors de son passage mardi à Strasbourg. Marie-Lise Perrin, journaliste déléguée du Syndicat national des journalistes (SNJ) parle, elle, d'un risque de disparition pure et simple du "Pays".

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Le reportage de Marie-Thérèse Koehler. 

Même s'il n'est "pas encore d'actualité" comme l'explique Adrien Dentz, journaliste à "L'Alsace" et délégué syndical CFDT, plusieurs journalistes des "DNA" et de "L'Alsace" confirment qu'un projet de rédacteur en chef commun est bien sur les rails. Certains contenus sont d'ores et déjà mutualisés (actualité internationale, nationale, sports). Des articles identiques fournis par un bureau parisien que l'on retrouve, non seulement dans les deux journaux alsaciens, mais aussi dans tous les titres détenus par Ebra, de Nancy à Grenoble.

"Rédactions traumatisées"

Fin 2011, près de 110 journalistes des "DNA", de "Vosges Matin" et de "L'Est Républicain" ont quitté leur journal invoquant la clause de cession, applicable en cas d'arrivée d'un nouvel actionnaire (le Crédit mutuel donc). Selon le SNJ, ces départs n'étaient pas uniquement dus à des conditions d’âge ou de finances. Ils étaient aussi "pour partie la traduction d’un profond désarroi au sein de rédactions traumatisées".

C'est cette "philosophie de groupe" doublée d'un manque de vision en matière de multimédia qui a poussé Matthieu Mondoloni, 35 ans, à quitter son poste de journaliste aux DNA.

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Matthieu Mondoloni, interrogé par Marie-Thérèse Koehler.

Confronté à la fois à une nette baisse de son lectorat et à un fort recul de ses recettes publicitaires, Ebra "s'adapte", mais à quel prix?

Retrouvez les nombreuses réactions des auditeurs de France Bleu Alsace ce jeudi matin : "On a l’impression qu’il y a des «DNA» dans «L’Alsace»."

Et réécoutez notre invité,Francis Hillmeyer, le député UDI du Haut-Rhin et ancien photographe à l’Alsace : "C’est vital pour l’Alsace d’avoir deux quotidiens régionaux".

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Strasbourg - 67000

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Commentaires

Pierre S (anonyme)
Où peut-on retrouver le podcast de l'émission ?
Le démentellement des services est en cours depuis de nombreuses années. A la sortie des journaux : les journaux sont transportés par des chauffeurs, puis distribués par des porteurs. Il y a dix ans en arrière, ces salariés faisaient parti des journaux, maintenant ce sont des prestataires de services (filiales directes ou non des journaux). A cette époque, cela ne préoccupait pas (trop) le monde de l'information, maintenant une mutualisation se fait au grand jour : ce sont les journalistes qui sont impactés. Mais cela ne concerne qu'un petit nombre de salariés : les journalistes... Loin du nombre de salariés en tant que porteurs : 800 pour la société qui distribue le journal L'Alsace et le double pour la société qui distribue les DNA... Un peu tard, pour se réveiller : le gros des troupes est éparpillé...

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