Climat – Environnement

Les gardes forestiers de l'ONF manifestent à Toulouse : "On devient de simples coupeurs de bois"

mercredi 16 mai 2018 à 19:26 - Mis à jour le jeudi 17 mai 2018 à 8:10 Par Boris Loumagne et Bénédicte Dupont, France Bleu Occitanie

Près de 500 agents de l'ONF sont attendus à Toulouse ce jeudi © Maxppp - Sami Belloumi

Près de 500 agents de l'Office National des Forêts (ONF) sont attendus à Toulouse ce jeudi pour protester contre "le danger d'une privatisation de la forêt publique".

En décembre 2017, les forestiers de l'Office National des Forêts (ONF), ceux qui s'occupent des bois propriétés de l'Etat et des collectivités, avaient organisé une manifestation nationale à Paris. Cette fois-ci, ils ont décidé de régionaliser le mouvement. Plusieurs rassemblements auront donc lieu ce jeudi, à Avignon, Nancy, Mâcon, Le Mans, ou encore à Toulouse, à 10 heures près de la gare Matabiau où se retrouveront plusieurs délégations du Grand Sud-Ouest. Les forestiers protestent contre des conditions de travail dégradées, la baisse des budgets ou encore la diminution du nombre de fonctionnaires, au profit d'embauches de contractuels. 

La forêt de Bouconne à 25 km à l'ouest de Toulouse est très fréquentée par les urbains. © Radio France - Bénédicte Dupont

En Midi-Pyrénées, moins de 20% des forêts est géré par l'ONF. C'est le cas par exemple de Bouconne (Haute-Garonne), d'une partie de la Montagne Noire (Tarn/Aude/Haute-Garonne), d'une partie de Buzet-sur-Tarn, de celle de Sainte-Croix-Volvestre (Ariège), etc. L'ONF emploie 1.600 personnes sur sa délégation Occitanie-Paca. Les forêts domaniales sont essentiellement présentes en Ariège, en Haute-Garonne et dans le Tarn, côté Midi-Pyrénées. La quasi exclusivité des forêts du Lot, du Tarn-et-Garonne sont privées et plus de 90% dans le Gers et de l'Aveyron. Elles sont donc gérées par des bureaux d'études ou leurs propriétaires qui font appel à leurs propres sylviculteurs.

Coupes claires

Sur les 9.100 agents nationaux de l'ONF, environ 70% sont fonctionnaires, les autres, souvent les ouvriers du bois, dépendent du droit privé. Les syndicats dénoncent des coupes claires dans les budgets alloués à l'ONF. Selon Jacques Buret, garde forestier dans les Hautes-Pyrénées et représentant CGT Midi Pyrénées à l'ONF, "une baisse de 30% du budget pour la gestion des forêts domaniales a été annoncée aux personnels". Un manque de moyens qui ne permettrait pas, d'après Jacques Buret, d'assurer au mieux la mission de service public des forestiers : "Les crédits baissent, donc évidemment, il y a moins de travaux réalisés, il y a moins d'entretien, moins de prévention, moins de travail sur la biodiversité. Cela veut dire que petit à petit on devient de simples coupeurs de bois." Une transformation du métier qui éloigne Jacques Buret et ses collègues de leurs missions originelles : "Le rôle de l'ONF, c'est à la fois de produire du bois mais c'est aussi la protection. Par exemple, cela peut être de la protection en montagne pour limiter les risques d'avalanches ou de crues torrentielles. Or, ces missions sont peu à peu abandonnées."

Dans les secteurs péri-urbains comme la forêt de Bouconne près de Toulouse, et en montagne pour les randonnées, les agents de l'ONF sont extrêmement sollicités par le public. Il faut que nous puissions maintenir cette mission de pédagogie. — Michel Bordenave, garde forestier à Castillon-en Couserans (Ariège), délégué régional SNUPFEN

Une partie de la forêt de Buzet-sur-Tarn est à la charge de l'ONF. © Radio France - Stéphanie Mora

"Privatisation de la forêt"

Les manifestants protestent également contre une vision mercantiliste des forêts françaises. "La rentabilité, le rendement, la compétitivité, c'est désormais ce que l'on nous dit quand on nous parle de la forêt, enrage Jacques Buret.  Des arbres que l'on coupait avant à des diamètres de 80 ou 90 centimètres, aujourd'hui il faut les couper à des diamètres de 60 cm, et bientôt ce sera 40 cm ! C'est complètement incohérent avec la gestion d'un espace naturel. Une forêt, ce n'est pas rentable. Un chêne, il lui faut 250 ans pour pousser." Les agents de l'ONF en colère réclament que cesse la saignée dans les budgets alloués par l'Etat, sans quoi, selon Jacques Buret, "on ne sait pas ce que va devenir la forêt française si l'on continue à la négliger."