Faits divers – Justice

Bourges : elle tourne un porno et se retrouve devant les prud'hommes

mardi 4 septembre 2018 à 16:03 Par Michel Benoît, France Bleu Berry et France Bleu

La salle d'audience du conseil des prud'hommes de Bourges © Radio France - Michel Benoit

Peut-on être licenciée parce qu'on a tourné un film pornographique ? C'est la question que pose une aide à domicile au conseil des prud'hommes de Bourges, virée de son travail en mars 2016 après avoir tourné pour un site porno. La décision sera rendue le 9 octobre.

Le dossier d'une salariée d'une association d'aide à domicile était devant le conseil des prud'hommes de Bourges ce mardi. En mars 2016, elle a été licenciée. Peu de temps auparavant, sa direction avait été informée qu'elle avait tourné un film sur un site pornographique. Ce film de cinquante-trois minutes, toujours accessible sur un site bien connu, a été vu plus de 800.000 fois. La salariée invoque le respect de la vie privée, l'entreprise un trouble chez ses salariés et dans sa clientèle, lui portant préjudice. 

Un employeur ne peut pas sanctionner son salarié pour ses mœurs et sa morale " - Me Aurore Jourdan

Cette aide à domicile pensait pourtant avoir pris toutes les précautions pour ne pas être reconnue. Elle a utilisé un pseudo, Jennifer. Elle ne s'est jamais vanté de cette vidéo et aucun lien ne peut être fait avec son travail : c'est du moins que ce qu'explique son avocate, Me Aurore Jourdan qui invoque le respect de la vie privée : " Ma cliente a tourné cette vidéo sur son temps libre sans faire référence à son travail et son employeur. On ne peut donc pas faire le lien entre la vidéo et l'employeur. C'est vrai que tourner ce genre de film expose à certaines critiques, mais un employeur ne peut pas sanctionner son salarié pour ses mœurs et sa morale. "

Le conseil des prud'hommes de Bourges © Radio France - Michel Benoit

Nous avons eu des appels de famille qui nous ont questionné sur la moralité de notre personnel, et certaines nous ont dit qu'elles iraient ailleurs" - François Deschamps, président de l'association

Mais voilà, cette vidéo a été repérée par une salariée de l'association d'aide à domicile qui a remonté l'affaire à  la direction. Pour l'avocat de l'employeur, le problème ce n'est pas la vidéo en elle-même mais son accès assez facile sur internet.. " Le fait de tourner un film pornographique n'a rien à voir avec ce qui nous occupe, c'est sa diffusion qui pose problème puisqu'on y reconnait cette salariée. Nous avons une éthique, nous intervenons chez des personnes âgées, et ce type de comportement a créé un trouble dans le clientèle et chez les salariés", explique Me Dominique Lacroix. 

Le président de l'association "Aider la vie," confirme : " Nous avons eu des appels de famille qui nous ont questionné sur la moralité de notre personnel, et certaines nous ont dit qu'elles iraient ailleurs, explique François Deschamps. Je ne me suis pas érigé en censeur, mais on ne pouvait pas ne pas réagir et laisser faire." L'employeur estime avoir voulu protéger ses salariés en licenciant cette aide à domicile dont la réputation aurait pu porter préjudice à l'association d'aide à domicile. Le conseil des prud'hommes de Bourges rendra sa décision le 9 octobre