Faits divers – Justice

Procès Merah : Abdelkader Merah hésite à condamner les meurtres de son frère

Par Stéphanie Mora et Olivier Lebrun, France Bleu Toulouse et France Bleu mercredi 4 octobre 2017 à 2:09

Au deuxième jour de son procès pour "complicité" des meurtres de son frère, Abdelkader Merah s'est montré très à l'aise devant la cour d'assises spéciale de Paris. Il décrit sa vie avant et après sa conversion à l'Islam, mais se montre habile dans l'art de l'esquive.

Au deuxième jour de son procès devant la Cour d'assises spéciale de Paris, Abdelkader Merah, jugé pour "complicité" des meurtres de son frère Mohamed Merah à Toulouse et à Montauban en 2012, a expliqué devant la cour que sa conversion à l'islam avait changé sa vie.

Interrogé sur sa personnalité, il a répondu calmement et avec beaucoup d'aplomb aux questions. Comme il le dit lui même, il y a celui d'avant, le petit caïd du quartier des Izards fêtard et violent, et celui d'après sa conversion à l'islam. A partir de là, il n'a plus volé "un bonbon". Très habile, il joue au chat et à la souris pour tout ce qui touche à la religion. Mais poussé dans ses retranchements, Abdelkader Merah ne condamne les actes de son frère que du bout des lèvres.

On m'appelait "Ben Ben" pour Ben Laden

La voix calme et posée. Abdelkader Merah, droit dans le box des accusés, revient longuement sur son parcours familial, une enfance "heureuse" dans le quartier des Izards à Toulouse, jusqu'au divorce de ses parents. Il a 11 ans. A partir de là, tout part en vrille. Son père rentre en Algérie, sa mère chargée d'élever ses cinq enfants n'arrive plus à faire face. Les services sociaux décrivent un climat de violence familiale. Abdelkader Merah se décrit comme un adolescent "agressif, toujours à la recherche des mauvais coups". Il finit par décrocher un CAP de peintre en batiment, il travaille en interim, il a 19 ans.

"Vous aviez un surnom dans le quartier ?" lui demande le président. "Oui on m'appelait Ben Ben", "par rapport à Ben Laden" explique Abdelkader Merah. Le 11 septembre 2001, quand les tours du World Trade Center s'effondrent, "j'ai crié vive Ben Laden dans les rues, ça m'a collé à la peau". "C'était pas une question religieuse, ajoute Abdelkader Merah. A l'époque, j'étais un petit délinquant à 1000 lieues de l'islam". Il était appelé par les proches le "Grand Ben Ben", quand son frère Mohamed était surnommé le "petit Ben Ben".

L'entrée en religion

En 2006, Abdelkader Merah a 25 ans. Il se convertit à l'islam, se marie religieusement "par téléphone" avec une amie du quartier. "On a trouvé un tuteur pour nous marier". "Vous savez qu’aux yeux de la loi vous n’êtes pas mariés ?" lui fait remarquer le président. "C’est ma femme au regard du créateur" répond Abdelkader Merah. "L' entrée en religion a changé ma vie" dit-il. Il insiste sur les différences entre culture algérienne, islam et mode de vie occidental.

A cette époque, il fait son premier voyage en Egypte, mais on évoquera plus tard ce nouvel épisode de sa vie, le président a repoussé au 13 octobre l'examen de l'engagement religieux de l'accusé et de sa radicalisation.

Les frères en religion

Quand le président de la Cour d'assises l'interroge sur ses connaissances, Olivier Correl "l'emir d'Artigat", les frères Clain qui sont devenus la voix des revendications des attentats du 13 Novembre. "Ce sont vos amis ?" "Ce sont des frères en religion" répond Abdelkader Merah.

"Votre frère a tué un musulman" lui fait remarquer Maitre Olivier Morice, l'avocat de la famille de Mohamed Legoual, l'un des soldats tués à Montauban de confession musulmane. "Mon frère est un musulman pêcheur" répond Abdelkader qui condamne les actes de son frère du bout des lèvres. Lorsqu'on lui demande si sa place est en enfer ou au paradis, il hésite : "Je ne sais pas moi, je ne suis pas Dieu."

Notre reportage avec les familles des victimes très éprouvées par cette confrontation.

Affaire Merah : les tueries de Toulouse et Montauban © Visactu