VIDÉO - "Les geôles de la maison d'arrêt de Nîmes, mon chien je ne l'y mets pas" (Khadija Aoudia)

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Par , , France Bleu Gard Lozère
Khadija Aoudia, avocate (Nîmes) © Radio France - Tony Selliez

Désormais, tout détenu en maison d’arrêt peut demander sa libération s'il estime "indignes" ses conditions d’accueil.

L'avocate nîmoise Khadija Aoudia représente 57 détenus de Nîmes, Montpellier, Tarascon, Perpignan, Aix-en-Provence et Fresnes, qui déposent plainte contre le gouvernement pour "non-assistance à personne en danger", en pleine épidémie de coronavirus. Khadija Aoudia a "fait son 7h50" ce lundi sur France Bleu Gard Lozère. La cour de cassation, c'est-à-dire la plus haute juridiction française, a rendu la semaine dernière une décision qui donne la possibilité aux juges de libérer un détenu si celui-ci parvient à faire valoir des conditions de vie indignes

Cette décision de la cour de cassation permet désormais au juge d’examiner des conditions de détention d’un prisonnier. Et de le libérer, si celles-ci s’avèrent insatisfaisantes, ce qui représente pour l'avocat nîmoise une véritable victoire "C'est un énorme pas. Il faut rappeler le contexte, explique-t-elle sur France Bleu Gard Lozère. Jusqu'à ce que l'arrêt de la Cour Européenne des Droits de l'Homme de sanctionne l'Etat français le 20 janvier 2020, la Chambre criminelle faisait de la résistance, et considérait jusqu'à décembre 2019 que même si les personnes étaient détenues dans des conditions inhumaines et dégradantes,  cela ne faisait pas obstacle à la détention provisoire. Aujourd'hui nous avons un revirement. Si un individu justifie, ou du moins tient des propos crédibles, précis et actuels sur des conditions inhumaines et dégradantes de sa détention provisoire, il est en capacité de saisir le juge qui devient le gardien des droits fondamentaux et des libertés, et peut ordonner une remise en liberté"

Que faut-il entendre par conditions inhumaines, dans ce cas précis ? Par exemple l'incapacité de respirer dans des conditions décentes, des températures extrêmement élevées ou extrêmement basses, de mauvaises conditions sanitaires, l'impossibilité de pouvoir se laver régulièrement, ou encore l’impossibilité de voir la lumière du jour plusieurs heures par jour.

"En faisant perdre la qualité d'humain à un individu, sous prétexte qu'il est incarcéré, on fabrique des monstres." Khadija Aoudia

"J'ai été dans l'obligation de faire un parloir non pas dans la cellule parloir dédiée aux avocats, mais en raison de la dangerosité supposée ou avérée de mon client, je suis allée directement dans les geôles de la maison d'arrêt. L'odeur nauséabonde, avec juste un tissu sur le corps nu, je vous le dis clairement, et littéralement : mon chien je ne l'y mets pas. Alors, comment voulez-vous qu'on puisse envisager véritablement la réinsertion psychologique, concrète, de ces personnes si on les traite comme des animaux durant leur détention ? C'est juste impossible. En faisant perdre la qualité d'humain à un individu, sous prétexte qu'il est incarcéré, on fabrique des monstres. C'est un combat nécessaire et impératif, il en va de la cohésion sociale."