Dossier : Séisme du 11 novembre 2019 dans la Drôme et en Ardèche

Le séisme au Teil en Ardèche est totalement inédit en France selon une étude

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Par , France Bleu Drôme Ardèche, France Bleu
Le séisme au Teil rebat les cartes du risque sismique en France selon une récente étude. © Radio France - François Breton

En novembre 2019, un séisme de magnitude 5 sur l'échelle de Richter, a ravagé la commune du Teil près de Montélimar. Une étude publiée dans la revue Communications Earth & Environment montre à quel point ce tremblement de terre est totalement inédit en France.

Alors que les habitations du quartier de La Rouvière au Teil sont en train d'être détruites après le séisme de magnitude 5 sur l'échelle de Richter qui a ravagé la commune en novembre 2019, une étude publiée dans la revenue Communications Earth & Environment soulève plusieurs données qui rebattent totalement les cartes sismiques en France.

Une rupture en surface

L'étude, co-menée par Jean-François Ritz, chercheur au CNRS au laboratoire Géosciences Montpellier, a pu intervenir sous 36 à 48 heures après le séisme. Il a pu constater des traces de rupture en surface : "C'est en cela que ce séisme est inédit. C'est la première fois qu'on peut l'observer avec nos outils, nous n'avions jamais vu ça en France." 

La rupture située à un kilomètre en profondeur a rejoint la surface, déplaçant le sol de quelques dizaines de centimètres montre l'étude. Cela n'a jamais été observé depuis l'arrivée des instruments de mesure modernes, c'est-à-dire depuis le début du XXe siècle. Le risque d'un tel scenario, jusqu'à présent, était donc considéré comme négligeable en France.

Une faille jugée jusqu'à présent inactive

L'autre point que soulève cette étude et qui rebat complètement la carte des risques sismiques en France, c'est la localisation du séisme. Le tremblement de terre au Teil a pris son départ de la faille de La Rouvière non cartographiée comme active. "On considère une faille active, explique Jean-François Ritz, si elle a généré des séismes dans la période récente au niveau géologique. Autrement dit, sur la période du quaternaire, c'est-à-dire sur _les deux derniers millions d'années_"

Des travaux de paléosismicité devront montrer si oui ou non d'autres séismes ont eu lieu il y a plusieurs centaines voire milliers d'années. "En tout cas, nous pensions avoir une cartographie des failles actives en France mais cette étude nous donne un tout autre éclairage", renchérit Jean-François Ritz. 

L'étude ne permet pas en revanche de comprendre ce qui a déclenché le séisme. L'hypothèse d'une carrière de calcaire qui aurait pu avoir contribué à son déclenchement reste aussi envisageable que d'autres processus géologiques comme la poussée lointaine de la plaque africaine ou un effet latéral de la remontée des Alpes suite au phénomène de la fonte des glaces.

De nouveaux risques sismiques dans la région ?

Ce séisme sur la faille de La Rouvière peut-il laisser craindre de nouveaux tremblements de terre dans le secteur de Montélimar ? Pour Jean-François Ritz, le risque est très minime : "A priori, étant donné que cette faille ne montrait pas de signe d'activité en surface, la période de retour est très grande donc c'est très peu probable qu'il y ait un nouveau séisme sur le segment qui a cassé au Teil"

En revanche, le réseau de failles auquel appartient celle de La Rouvière, pourrait très bien connaitre de nouvelles ruptures au vu des données récoltées dans l'étude. Ce réseau de failles - le faisceau de failles des Cévennes - mesure plus de 100 km de long entre Montélimar et Lodève, dans le département de l'Hérault. 

"Là aussi, il faudra regarder par des études de paléosismicité s'il y a eu des séismes en profondeur", analyse le chercheur CNRS. D'autres failles inactives en France intéressent désormais les chercheurs sur le risque sismique : c'est le cas du réseau de failles des Alpes, au niveau de Belledonne, dans le Mercantour mais aussi de la faille sud-armoricaine en Bretagne ou de l'Artois dans le Nord de la France.