Société

Grande-Synthe : des bus aménagés pour accueillir et orienter les migrants

Par Lucas Valdenaire, France Bleu Nord vendredi 6 octobre 2017 à 18:43

Au Puythouck, l'Etat met en place une "halte de jour" pour les migrants de Grande-Synthe. Deux bus aménagés s'installeront à partir de la semaine prochaine. Les volontaires y seront accueillis en journée. Il leur sera proposé une place en centre d'accueil. Encore faut-il les convaincre.

Des bus mobiles pour accueillir et orienter les migrants du Puythouck en bordure de Grande-Synthe. C'est le nouveau dispositif mis en place par l'Etat. Les deux véhicules doivent arriver lundi prochain et stationneront aux abords du camp, chaque jour de 10h30 à 17h. Objectif pour l'Etat : mettre à l'abri les migrants et les éloigner des bois alentours, conformément aux attentes d'Emmanuel Macron. Le Président de la République annonçait en juillet dernier qu'il ne voulait plus personnes, "ni dans les rues, ni dans les bois, d'ici la fin d'année".

"Mon projet, c'est l'Angleterre"

A l'intérieur de ces deux bus : de quoi se servir un café chaud mais aussi des représentants de l'Etat pour orienter les volontaires vers des centres d'accueil de la région. Mais ils sont une majorité à refuser de partir pour tenter de rejoindre l'Angleterre. Difficile donc de les convaincre de s'éloigner de la frontière. Mais avec l'hiver qui arrive, les agents de l'Etat espèrent qu'ils finiront par accepter une mise à l'abri.

Cachée au milieu des bois, une famille de migrants est installée dans une tente depuis trois mois. Autour du feu de camp éteint par la pluie, plusieurs gilets rouges sont venus pour la convaincre. Brahim s'occupe de la traduction. Pour le père de famille, il est hors de question de quitter les lieux. "Mon projet, c'est l'Angleterre, raconte-t-il. Je veux rester ici, près de mes amis. C'est le meilleur moyen pour traverser la frontière."

Entre 200 et 300 migrants seraient actuellement installés dans les bois du Puythouck, en bordure de Grande-Synthe © Radio France - Lucas Valdenaire

Yannick travaille à l'AFEJI, une association mandatée par l'Etat pour accompagner les migrants. Il organise des maraudes quotidiennes pour engager le dialogue. Il confirme : les refus sont toujours très nombreux.

"C'est long, c'est très long, mais c'est en leur proposant des places à l'abri, en sécurité et au chaud - des conditions plus humaines - qu'un projet d'installation en France peut émerger."

"Il faut qu'ils aient confiance en nous et en l'Etat français. Cela reste difficile de convaincre ces personnes qui, souvent, sont parties seules et qui représentent un espoir pour leur famille."

L'AFEJI organise des maraudes quotidiennes pour tenter de convaincre les migrants de rejoindre un centre d'accueil et d'orientation © Radio France - Lucas Valdenaire

"Des bus qui facilitent notre travail"

Selon Jaoued Belmir, directeur adjoint littoral de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ces deux bus "faciliteront notre travail. On pourra parler tranquillement, ne pas être entourés par des passeurs ou des indics et ainsi travailler sur la conviction."

"L'idée c'est d'avoir un point d'information fiable et un point de départ vers des centres d'accueil dédiés.

En attendant les deux bus de ce lundi, les bénévoles et les membres de la protection civile ont installé une tente dans laquelle est servie du café chaud au quotidien © Radio France - Lucas Valdenaire

"Le travail n'est pas facile", concède le sous-préfet de Dunkerque Eric Etienne. Mais il est "nécessaire" selon lui :

"Nous voulons éviter tout point de fixation. Parce qu'un point de fixation devient un bidonville et dans un bidonville, ce sont les passeurs qui font la loi. Le trafic d'être humain, ça suffit."

"Il faut encourager les migrants à faire une demande d'asile et donc d sortir des bois. On leur offre une solution alternative de mise à l'abri, de réflexion et d'accueil digne."

Le sous-préfet de Dunkerque, Eric Etienne, a visité les abords du bois du Puythouck, accompagné par les représentants de l'OFII © Radio France - Lucas Valdenaire

"Un piège", selon certains bénévoles

Plusieurs bénévoles ne sont pas rassurés pour autant. Pour certains, c'est un "piège" tendu aux migrants pour les éloigner le plus possible de la frontière. D'autres se posent plusieurs questions : que deviendront ceux qui ne sont pas éligibles au droit d'asile ? Que deviendront ceux qui ont laissé leurs empreintes dans un autre pays et qui devront déposer leur dossier hors de France (accords de Dublin). Enfin, quel sera le sort réservé aux migrants qui souhaitent rester sur place ? Hors de question, pour la plupart des bénévoles, d'utiliser la force et la violence pour les expulser des bois.

Selon ce dispositif, d'autres bus seront mis à disposition des volontaires chaque soir pour les emmener vers des centres d'accueil et d'orientation de la région. Selon le sous-préfet de Dunkerque : par exemple, une soixantaine de places sont disponibles à Bailleul, dans le Nord. Une vingtaine de migrants se seraient déjà portés volontaires. A partir de ce lundi, des sanitaires mobiles seront également installés en journée à côté des bus aménagés.