Le confinement accroît-il les risques de radicalisation, notamment à Toulouse ?

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Par , France Bleu Occitanie
Image d'illustration © Maxppp - Lionel Vadam

Le confinement peut-il favoriser la radicalisation islamiste mais aussi d'extrême droite, notamment via internet et les écrans si présents en ce moment dans nos vies ? France Bleu Occitanie a interrogé plusieurs chercheurs sur la situation toulousaine.

Face au Covid-19, la menace terroriste peut nous sembler lointaine, mais l'attaque au couteau à Romans-sur-Isère du 4 avril dernier qui a fait deux morts nous rappelle qu'elle est toujours présente. France Bleu Occitanie a interrogé plusieurs chercheurs sur un possible lien entre confinement et radicalisation, notamment via internet, à l'heure où les écrans sont si présents dans nos vies.

Théories du complot 

Les chercheurs sont pour l'instant incapables de dire si le confinement provoque une radicalisation. En revanche, ils s'accordent sur le fait que nous sommes nombreux à chercher un sens à cette crise et que le coronavirus alimente des théories complotistes. Certains militants d'extrême droite toulousains (et d'ailleurs) répandent ainsi sur les réseaux sociaux de fausses rumeurs : le coronavirus aurait été créé en laboratoire, ou encore à la demande du milliardaire américain George Soros, ou aurait été amené par des migrants.

Des prières en cachette

Les extrémistes islamistes eux assurent que c'est un châtiment de Dieu. Certains d'entre eux prient à sept ou huit dans des caves de la Reynerie ou de Bellefontaine, à Toulouse ; des prières intra-familiales aussi se développent. Et puis le niqab est présenté par certains comme un outil de protection. Selon Séraphin Alava, professeur en Sciences de l'éducation à l'université Jean Jaurès et spécialiste des extrêmes, des évangélistes continuent aussi à se réunir en cachette dans la ville rose.

Rasha Nagem, chercheuse et enseignante en sciences sociales au Mirail et coordinatrice de projets européens pour lutter contre la radicalisation violente, il y a bien radicalisation mais elle semble plus politique que religieuse. Elle considère cependant que "le confinement peut clairement être une étape de préparation pour les plus radicaux (djihadistes comme d'extrême droite). Je pense que des gens vont sortir de ce confinement avec de nouvelles idéologies." 

Les radicaux n'ont selon elle "aucun intérêt stratégique à poser des bombes en ce moment" ; ils sont donc plutôt en train de soigner leur image en amenant des réponses aux personnes paniquées face à la mort et en entretenant des réseaux de solidarité. 

Des réseaux de solidarité ambigus ? 

Un exemple très concret : on nous assure qu'à Toulouse, des Frères musulmans vont faire des courses pour des personnes isolées ou malades, prêtent de l'argent à des entrepreneurs en difficulté ou encore aident les familles qui n'ont pas d'accès à internet et proposent aux jeunes du soutien scolaire. Une entraide qui peut se réaliser dans un local d'un immeuble par exemple, à Toulouse. Ils compensent les manques et les problèmes que pose le confinement. "Les associations et les éducateurs ne sont plus ou sont moins sur le terrain alors ils prennent toute la place, explique Séraphin Alava. Et l'Etat est trop occupé à faire respecter le confinement." 

La préfecture d'Occitanie est d'ailleurs restée très vague suite aux sollicitations de France Bleu Occitanie, assurant que "ces circonstances exceptionnelles du confinement sont prises en compte dans le travail permanent de lutte contre la radicalisation."

Quelles solutions ? 

Face à ces risques, Séraphin Alava, qui s'occupe aussi de l'association Les Militants des savoirs, prône des outils pédagogiques "s'appuyant sur les idées rationnelles, laïques et républicaines pour aider les parents, les enseignants dans leurs travaux d'éducation aux valeurs citoyennes" avec des ressources didactiques et ludiques, via un livret ou une plateforme en ligne pour les familles par exemple. L'objectif étant de lutter contre l'enfermement communautaire et de re-dynamiser le dialogue entre citoyens tout en redonnant leurs places aux savoirs scientifiques.