L'après Notre-Dame-des-Landes : lancement houleux de la concertation sur le réaménagement de l'aéroport de Nantes

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La Direction Générale de l'Aviation Civile prévoit 11,4 millions de voyageurs en 2040 à l'aéroport de Nantes Atlantique, contre 6,2 millions en 2018. © Radio France - Pascale Boucherie

Les garants de la concertation ont eu du mal à faire appliquer "l'écoute, le respect et la bienveillance" annoncés. Les prises de paroles ont été interrompues par l'intervention de riverains de l'aéroport de Nantes-Atlantique désabusés par l'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes.

Quelque 400 personnes ont participé ce lundi soir au lancement de la concertation sur le réaménagement de l'aéroport de Nantes, salle Titan au Hangar à bananes de l'Ile de Nantes.

Dès l'ouverture de la soirée, les interventions des officiels - et en premier lieu celle du préfet de Loire-Atlantique Claude d'Harcourt - sont interrompues par les huées, les "ouh", les sifflets et le mécontentement des riverains présents dans la salle.

L'absence du maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole Johanna Rolland est sifflée. A son vice-président Pascal Pras qui demande une "concertation exemplaire", une voix de femme s'élève dans la salle et on entend crier "on a déjà débattu", une autre voix anonyme enchaîne :

"Pourquoi un tel renoncement, vous êtes en train de créer un deuxième Notre-Dame-des-Landes ?"

L'abandon du projet de transfert d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes (à une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes) a été annoncé le 17 janvier 2018 par le Premier Ministre Edouard Philippe.18 mois après, les amertumes sont toujours très présentes. Une personne dans le public rappelle qu'en juin 2016, 55% des électeurs de Loire-Atlantique s'étaient prononcés en faveur d'un nouvel aéroport :

"On a déjà donné notre avis, 55% de oui. Notre vote n'a pas été respecté."

Les options pour la piste et pour l'aérogare 

L'objectif de la concertation publique est de répondre à la question suivante : 

"Quel aéroport voulons-nous pour demain, et comment réaménager Nantes Atlantique pour répondre à l'évolution du trafic ?"

Yoann La Corte, le directeur du projet de réaménagement présente la donne :

"On prévoit 11,4 millions de voyageurs aériens en 2040 à l'aéroport de Nantes Atlantique, contre 6,2 millions en 2018."

Dès lors, la DGAC (Direction Générale de l'Aviation Civile) propose plusieurs options :

- un allongement de l'actuelle piste de 400 voire 800 mètres, engendrant un coût de 100 à 150 millions d'euros.

- une seconde piste, en "V" ou transversale, là le coût serait de 250 à 300 millions d'euros.

- le maintien de la piste existante

Se pose aussi la question du maintien et de la modernisation de l'actuelle aérogare, ou bien de la création d'un nouvel espace avec pourquoi pas un terminal dédié aux compagnies low cost.

Le projet, quel qu'il soit, sera "financé par le futur concessionnaire."

Le public au lancement de la concertation dans la salle Titan au hangar à bananes sur l'Ile de Nantes. © Radio France - Pascale Boucherie

Prises de parole des grands témoins 

Les présidents de plusieurs associations actrices du dossier défilent ensuite sur l'estrade pour prendre chacun à tour de rôle la parole pendant cinq minutes chrono en main.  Pour l'ACSAN (Association contre le Survol de l'Agglomération Nantaise), Dominique Boschet vient rappeler qu'à ses yeux la mission de médiation au projet d'aéroport du Grand Ouest, n'a été qu'une "belle mascarade".

Très applaudi, le président du COCETA (COllectif des Citoyens Exposés au Trafic Aérien), est venu parler d'une "concertation de dupes". Joël Sauvaget a rappellé que "la vie de 80 000 habitants est en jeu" :

"Attendez-vous à la révolte légitime des citoyens contribuables de l'agglomération nantaise" - Joël Sauvaget

La salle s'est alors levée en scandant les mots de "transfert, transfert, transfert".

Pour France Nature Environnement Pays de la Loire, Xavier Métay vient réclamer "une expertise indépendante" et un couvre-feu de "23h à 6h du matin", un transport en commun en site propre pour relier l'aéroport à la gare, ainsi que des parkings en silo. Son intervention est huée, et depuis la salle une voix d'homme s'étonne que l'écologiste n'évoque pas la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu survolée par les avions et lance :

"Et le lac de Grand-Lieu, vous l'oubliez ?"

Intervention du monde économique

Le président du MEDEF, Patrick Cheppe vient ensuite s'exprimer au nom du "monde économique". Cet ancien pilote d'avion demande à ce que soit concilié "l'humain, l'écologie et le développement économique" tout en mettant l'accent sur la nécessité d'un aéroport performant : 

"L'avion est une clé de voûte du business" - Patrick Cheppe

Patrick Cheppe, président du MEDEF 44. © Radio France - Pascale Boucherie

Bruno Hug de Larauze, président du club des Trente (grands investisseurs du Grand Ouest) lui emboîte le pas :

On a perdu une bataille, mais ne perdons pas l'attractivité du grand ouest. Je connais au moins trois entreprises qui réfléchissent à ne plus investir ici." - Bruno Hug de Larauze

Les mots du directeur général d'Easy Jet

François Bacchetta, directeur général de la compagnie low cost EasyJet France ferme la marche des "grands témoins" en vantant "ses prix accessibles aux classes moyennes", les "100 000 touristes en plus pour la région" que sa compagnie à apporter en "ouvrant il y a quelques mois à Nantes une base avec trois Airbus et 110 emplois". Sa compagnie "représente un quart du trafic de l'aéroport" et il précise que "toute la flotte est équipée pour réduire l'empreinte sonore".

François Bacchetta, directeur général d'EasyJet France. © Radio France - Pascale Boucherie

Interventions du public et vives inquiétudes pour la santé des riverains

La soirée qui initialement devait durer jusqu'à 21h30 se prolonge d'une heure pour donner la parole au public.

"Seul le transfert de l'aéroport nous conviendra" dit une habitante de Bouaye

"Je ne sais pas si l'État mesure bien le déni de démocratie" insiste un habitant de Rezé

Le trafic aérien est incompatible avec le réchauffement climatique" fait remarquer un habitant de Saint-Herblain

La soirée se termine avec la prise de parole du public. © Radio France - Pascale Boucherie

"Où sont les experts de l'agence régionale de la Santé ? Qu'on nous parle des effets nocifs sur la santé " s'inquiète et s'indigne un médecin, ancien habitant de Saint-Aignan-de-Grandlieu"

"Tiendrez-vous compte pour le choix de la piste des 8500 scolaires exposés aujourd'hui au bruit ? Cette situation est criminelle" s'alarme une femme anxieuse

C'est Régis Lecoq, responsable de la santé publique et environnementale à l'Agence Régionale de la Santé qui fait avancer ce chapitre en évoquant les études de l'OMS concernant les gènes importantes induites par le survol des avions pour le sommeil et les affections cardiaques. "Au-delà de 50 décibels, il y a une augmentation du risque d'affection cardiaque de 9%. L'OMS recommande de réduire le niveau sonore produit par le trafic aérien à moins de 45 décibels et la nuit à moins de 40 décibels. Il est important de réaliser des études d'impact sanitaires pour faire un état des lieux pérenne et avoir un éclairage pour prendre les décisions  qui s'imposent."

"Il faut qu'il y ait une étude sanitaire" - convient le préfet Claude d'Harcourt

"Découvrir ces problèmes maintenant, c'est complètement ahurissant" fait remarquer un anonyme, résumant ainsi le sentiment général du pubic

Les citoyens ont deux mois, jusqu'au 31 juillet 2019, pour se prononcer sur le projet de réaménagement de l'aéroport de Nantes.