Bruno Carotti, directeur sportif (Montpellier Hérault) : "On a franchi un cap financier"

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Par , France Bleu Hérault
Bruno Carotti est devenu directeur sportif de la Paillade deux ans après la fin de sa carrière © Maxppp - Jean-François Frey

Directeur sportif du MHSC depuis 2011, Bruno Carotti est une figure essentielle du club. D'ailleurs, si l'équipe tourne bien et qu'elle s'installe dans le Top 10 en Ligue 1 depuis trois ans, c'est évidemment grâce aux joueurs et au staff, mais aussi à la direction et à son ancien défenseur.

Invité de 100% Paillade, ce lundi, sur France Bleu Hérault, Bruno Carotti s'est exprimé sur son rôle, sa réussite, les dossiers du club et les prochains mercatos. Entretien avec Bertrand Queneutte et Geoffrey Dernis, au lendemain de la onzième journée de Ligue 1, synonyme de sixième succès de la saison pour le Montpellier Hérault. 

Quand vous entendez Laurent Schmitt, agent de joueurs, saluer votre réussite (entretien dans l'émission), comment réagissez-vous ? 

C'est toujours particulier pour moi d'entendre des louanges, parce que je vois ça comme un travail collectif. Dans les rouages, il y a d'autres personnes. Ce que je retiendrai, c'est que c'est quand même bien huilé parce qu'on a beaucoup de confiance et de plaisir à travailler ensemble, avec toutes les composantes du club. Mais ce n'est jamais le travail d'une personne. 

Que se dit l'ancien défenseur quand il voit que la défense du MHSC prend trois buts contre Strasbourg ? 

C'est surtout les circonstances des buts pris : il y a deux penaltys, une erreur individuelle. C'est pas pareil que quand on prend une déroute et qu'on s'aperçoit qu'à chaque occasion, on peut prendre des buts. Ce sont deux choses différentes.

C'était un match assez ouvert, où les deux équipes ont essayé. Le fait que l'une des deux ait ouvert le score rapidement, que l'autre soit revenue, ça a ouvert les débats. C'était un match plaisant, mais quand on prend trois buts, c'est plaisant si la victoire est au bout. 

Vitorino Hilton, vous préparez l'après ? 

Pour tout vous dire, ça fait cinq ou six ans qu'on est prêt à recruter sur ce poste-là, mais on ne le fait pas "à cause de Vito" (sourire). Certains (que l'on suivait) ont d'ailleurs arrêté leur carrière bien avant lui, c'est un peu bizarre. Bien sûr qu'on essaie d'anticiper au maximum sur ces postes là, comme l'ensemble des postes sur lesquels il y a des joueurs en fin de contrat. On essaie d'avoir des opportunités rapides, intéressantes, pour répondre au critère du club et du coach, à tous les paramètres qu'on a, notamment économiques. 

Quel est le profil, le portrait robot du prochain défenseur central ? 

Disons qu'on a quand même des joueurs derrière qui ont de la taille, le jeu de tête, la vitesse et l'impact physique. Donc quand on démarre, on coche toutes ces qualités. Au fur et à mesure, on s'aperçoit que ce n'est parfois pas possible avec certains joueurs que l'on suit, que l'on va voir régulièrement. C'est un travail qui est long.

Parfois, des joueurs qu'on a suivi il y a deux ans, on a la possibilité à un moment donné de les aborder. Mais on essaie de trouver un défenseur avec un profil le plus complet possible, qui soit complémentaire de ceux qui sont en place, pour solidifier forcément notre défense.

Le changement tactique de Michel Der Zakarian, avec une défense à quatre sur les derniers matchs, peut-il modifier le profil du défenseur que vous cherchez ? 

Pas forcément. Je raisonne plutôt en terme de groupe. On essaie d'avoir un groupe compétitif, avec différentes qualités et personnalités au poste. Après, le coach est là pour animer son groupe et choisir le schéma. Dans une saison, il peut y avoir des suspendus, des blessures, le groupe doit vivre, chacun doit trouver sa place, on a besoin de tout le monde.

Avec Michel Mézy, on discute tous les jours, on a le retour du coach sur les besoins qu'il peut avoir. Le coach est ensuite là pour gérer son groupe et faire ses choix par rapport aux qualités de chacun. 

L'arrivée éventuelle d'un défenseur central, c'est plutôt pour l'été prochain ou pour cet hiver ? 

Aujourd'hui, Vitorino Hilton est compétiteur. Il est là, il y a Daniel, il y a Pedro, il y a Nicolas Cozza et le ptit Vidal qui montre des choses à l'entraînement. Si on rajoute quelqu'un aujourd'hui, ça veut dire qu'on met une croix sur un ou deux joueurs, donc c'est pas prévu pour l'instant, non. Après, si demain on a une possibilité d'anticiper pour préparer l'avenir, au mois de juin, ou si on a un pépin, mais je touche du bois, bien sûr qu'on sera là pour trouver une solution. 

Avez-vous l'impression d'avoir franchi un cap, avec le club, ces dernières années ? 

On a pu franchir un cap financier, parce qu'on a réussi à améliorer les ventes en terme de montant, ça nous donc permis d'aller chercher des joueurs d'un autre niveau. Mais il ne faut pas oublier que le recrutement, c'est aussi donner sa chance à des joueurs qui évoluent à un niveau inférieur ou à l'étranger. Effectivement, ça nous permet d'avoir un éventail un peu plus grand en terme de qualité de joueurs. 

Doit-on s'attendre à un mercato mouvementé, cet hiver ?  Des départs, des arrivées ? 

Déjà, il reste sept matchs avant la trêve. Restons bien concentrés. Après, avec la pandémie et la situation de Médiapro, il y a quelques interrogations, qui j'espère seront levées d'ici quelques semaines. Pour l'instant, on est donc assez prudent, en terme de mercato. Je pense que ça risque d'être tranquille. 

Seule certitude : le retour de Mathias Suarez, prêté en Uruguay ? 

Son prêt s'achève en décembre. On fera le point avec lui en terme de projection pour la fin de saison. C'est vrai que l'équipe tourne pas trop mal, Junior et Arnaud sont très compétitifs à ce poste là. En terme de temps de jeu, ça risque donc d'être compliqué. Mais on fera le point tranquillement avec lui  son arrivée.

A ce propos, quelle est la règle et la situation du club au niveau des joueurs extra-communautaires ? 

La règle c'est quatre joueurs par club. Aujourd'hui, on est bien (rires). On ne dépasse pas, c'est déjà bien. On en a trois. 

Le prêt de Bastian Badu ne se passe comme on l'espérait  : vous avez des échos ? 

C'est un peu compliqué en terme de temps de jeu. La déception est là. Il y a eu pas mal de paramètres pour lui à régler. J'espère que ça va aller de mieux en mieux, qu'il va pouvoir augmenter son temps de jeu, pour s'offrir de l'expérience. C'est le vrai but avec les jeunes joueur prêtés, s'aguerrir pour jouer en Ligue 1. Ce n'est jamais simple de pouvoir jouer en Ligue 1, surtout quand une équipe tourne bien. 

En parlant de temps de jeu, celui de Joris Chotard a fondu, cette saison : un prêt est-il envisagé le concernant ? 

Non, honnêtement non. Le groupe est bien constitué. Après les choix sont faits par le staff et le coach, c'est pas nous. Nous, on est là pour échanger avec eux, pour souligner les problématiques qu'il peut y avoir avec chacun. On veut que chacun ait un rôle bien défini dans le groupe. Joris a la qualité pour démarrer les matchs, pour les finir.

Moi, je ne me pose vraiment aucune question sur la qualité du joueur. Après, on ne joue qu'à onze. Quand on a un groupe compétitif avec des ambitions, ça crée forcément de malheureux. Mais il faut souligner l'état d'esprit qu'ils ont. Car quand on voit les rentrées dernièrement des joueurs qui ne démarrent pas, on les sent vraiment impliqués. 

Il-Lok Yun est en fin de contrat : comment jugez-vous son évolution ? 

Oui, c'est un garçon sur le long terme. Il a signé un an et demi avec une option pour deux années. On voulait lui laisser le temps d'adaptation, parce que ce n'est jamais évident avec la langue et dans une équipe ou un duo d'attaquants marche très bien. Il y avait aussi cette réflexion sur le futur, avec l'anticipation sur un joueur qui peut jouer à plusieurs postes offensivement. Cela permettait, sans prendre de risques, de travailler avec lui sur un an et demi. 

Quelle est la tendance le concernant ?

Encore une fois, il reste sept matchs avant la trêve, puis cinq en janvier avant la fin du mercato. Il peut se passer énormément de choses et il faut savoir raison gardée, comme dit si bien Michel Mézy. Je trouve qu'il trouve de mieux en mieux ses marques. Il comprend de mieux en mieux, il peut s'exprimer, c'est important pour lui. C'est positif, pour l'instant. 

Revenons à votre snes de l'anticipation : vous 

Oui, on a des jeunes prometteurs au centre : Béni Makouana est arrivé, il y a Elye Wahi. D'autres jeunes ont malheureusement dans une situation compliquée, car il n'y a pas de match. Sans compétition, c'est toujours difficile de bien les regarder. On veut leur offrir la possibilité de s'exprimer au plus haut niveau. Après,  pour être titulaire, on parle toujours en terme de potentiel capable de démarrer un match. Et quand on voit comment nos attaquants sont performants depuis quelques années, il faut effectivement anticiper la perte d'un élément majeur.

De vos dossiers, quels sont ceux qui vous ont marqué ?

L'arrivée de Vito a été une belle expérience. Et puis le premier dossier, c'était Olivier Giroud. Vous savez, il se crée toujours quelques choses avec l'arrivée d'un joueur. Après, on parle des succès, mais moi je me focalise surtout sur les choses qui n'ont pas fonctionné, parce qu'on y met beaucoup d'espérance quand on investit sur des joueurs. Et puis quand ça se passe bien, il y a tout un processus, avec le staff qui travaille. Sur le terrain, c'est les joueurs. Au quotidien, c'est le staff. Nous, on est là pour mettre un cadre de qualité en place. Le joueur, il a la chance d'être sur le terrain. Et nous, on essaie de lui amener le maximum de conseils, parce qu'on a déjà vécu des moments similaires. Mais on'est là qu'à un certain moment du temps que le joueur passe chez nous.