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Bernard Hinault, Breton sans fard

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Par France Bleu

Bernard Hinault
Bernard Hinault © Maxppp

« Chaque fois que j’ai gagné, j’ai pris un pied terrible ! Pour moi, la compétition est un jeu ! Si tu as une faiblesse, il faut la cacher. Si tu doutes, t’es mort ! Le vélo, c’est un sport de combat ! » Forte tête, casse-cou, turbulent, obstiné, impétueux, bagarreur, le coureur Bernard Hinault s’est rangé des manivelles, mais il conserve son caractère entier, et son légendaire franc-parler : « À quoi ça sert d’être une légende vivante ? À rien ! Ce qui est fait est fait, on y revient plus ! »

En 1971, Bernard Hinault prend sa première licence à l’Amicale Cyclotourisme de Saint-Brieuc.En 1972, il se fait connaître chez les amateurs en enlevant le « Premier Pas Dunlop », ainsi que les Championnats de Bretagne et de France.En 1974, il devient professionnel, d’abord sous la direction de Jean Stablinski, puis sous celle de Cyrille Guimard.En 1977, après avoir gagné Paris-Camembert, Gand-Wevelgem, et Liège-Bastogne-Liège, il accède à la notoriété quand il triomphe dans le Dauphiné Libéré.C’est alors que commence « L’ère Hinault » au cours de laquelle il se constitue ce que les spécialistes estiment comme le plus beau palmarès d’un coureur cycliste, après celui d’Eddy Mercx. Y figurent notamment : -    5 Tours de France (1978 – 1979 – 1981 – 1982 – 1985)-    3 Tours d’Italie (1980 – 1982 – 1985)-    2 Tours d’Espagne (1978 – 1983)Au cours de ces grands Tours, il remporte 41 étapes, et ramène à Paris, outre le Maillot Jaune, le maillot vert en 1979, et celui à pois du meilleur grimpeur en 1986.Champion de France en 1978, il est sacré Champion du Monde en 1980.À trois reprises, il s’attribue le Critérium du Dauphiné Libéré (1977 – 1979 – 1981), et le Tour du Luxembourg en 1982.Il franchit en vainqueur la ligne d’arrivée de Paris-Roubaix (1981), du Tour de Lombardie (1979 – 1984), de l’Amstel Gold Race (1981), de La Flèche Wallonne (1979 – 1983), du Grand Prix des Nations à 5 reprises entre 1977 et 1984, et de la Coors Classic des États-Unis (1986).Sa carrière professionnelle est riche de 216 victoires. Il est dernier français victorieux dans le Tour de France.Des nombreux trophées et récompenses jalonnent son parcours, comme le « Super Prestige Pernod », le Challenge d’Or International, ou le « Champion des champions » du journal l’Équipe.En 1986, il prend sa retraite sportive, et se consacre à la profession d’éleveur bovin  en Bretagne. Il cesse cette activité en 2006.Directeur et sélectionneur de l’équipe de France de Cyclisme entre 1988 et 1993, il assume, depuis 1987, des responsabilités au sein de l’ASO, société organisatrice du Tour de France, et en particulier la charge de Responsable du Protocole. À ce titre, il remet les maillots aux lauréats lors des arrivées d’étape.Auteur des ouvrages « Le Peloton des souvenirs », publié en 1988, et « Hinault par Hinault » (2005), il fait l’objet, en 1988, d’une biographie signée Jean-Paul Ollivier, parue en 1998.Il est titulaire de la Légion d’Honneur, et du Prix de l’Académie des Sports.Marié avec Martine depuis 1974, il est père de deux garçons, Mickaël et Alexandre.Petits coureurs en plastique Bernard Hinault voit le jour le 14 novembre 1954, à Yffignac. « Quand on arrive en Bretagne, c’est le premier endroit où l’on voit la mer ! » précise-t-il avec gourmandise. Fils d’un cheminot poseur de rails, gamin espiègle et doué, c’est sur la route de son CAP d’ajusteur qu’il se fait les mollets : « Le collège se trouvait à Saint-Brieuc, à 10 bornes de la maison. J’y allais tous les jours en vélo. J’attendais que passe un camion, et je me mettais dans son sillage. Aspiré par lui, je montais les côtes à 40 ou 45 à l’heure, et je mettais un point d’honneur à ne pas me laisser décrocher ! »Cinq jours après avoir signé sa première licence, il s’engage dans une course de village, à l’âge de 16 ans : « J’avais pris le vélo de mon frère, un genre de routier avec des garde-boue qui pesait plus de douze kilos. Et j’ai gagné ! J’avais promis le bouquet à ma mère, je ne pouvais pas faire autrement ! »C’est avec les pourboires de son premier job de grouillot dans une station-service qu’il s’offre sa première vraie monture de compétition. En ces contrées, où le cyclisme constitue une seconde religion, il devient rapidement une vedette locale. Très attaché à sa terre d’origine, il connaît dès l’enfance les moindres recoins des chemins vicinaux, où se mêlent les effluves de terre de bruyères, de goémon, et de sel, colportées par la marée montante : « C’est sur ces routes sinueuses, vallonnées, souvent balayées par le vent d’Ouest violent, que j’ai appris à souffrir en solitaire ! Et que je suis devenu un vrai grimpeur ! »Entre deux entraînements, il apprécie les sorties en compagnie de « Papa Redon », le marchand de cycles d’Yffignac : « On allait au Cap Fréhel, et là, au pied de la falaise, on pêchait le mulet, le maquereau, et parfois même le bar ! »Cependant, au club Briochin, on ne badine pas avec le vélo. Le jeune Bernard est un élève studieux : « Mr Le Roux, notre entraîneur, nous apprenait la tactique en disposant des petits cyclistes en plastique sur un grand tableau noir, mis à l’horizontale. Il nous enseignait aussi les bases de la musculation et de la diététique, et il avait même acheté un spiromètre. J’ai encore des cahiers d’écolier remplis de notes ! »Panache et astuces Si l’origine de l’appellation « Blaireau » est mal définie, son règne comme « Patron » du peloton n’est contesté par personne. Les anciens se souviennent : « Il nous en a fait baver ! » Pour Marc Madiot : « C’était une bête de course ! » Jean-René Bernaudeau confirme : « Tout ce qui l’intéressait c’était de gagner. Le reste, c’était du bla-bla ! » Cyrille Guimard renchérit : « C’était un tueur au mental d’acier ! Il dégageait une force impressionnante, et il savait se sublimer ! », et pour Bernard Thévenet : « C’était un teigneux, un costaud, doté d’une confiance absolue ! »L’intéressé relativise : « J’en imposais parce que je courais toujours dans les trente premiers, je ne traînais jamais derrière. Je ne m’occupais pas des autres ! Et puis, il faut savoir observer. Quand Zoetemelk était cuit, sa jambe droite se mettait à l’équerre. C’était le moment de flinguer ! »D’où un certain respect qui prévaut dans les appréciations qu’on lui décerne. À son actif également, un côté altruiste qui lui fait souvent, une fois son but atteint, partager avec ses camarades les miettes du gâteau de la victoire et les primes qui vont avec. À l’inverse de Mercx, « Le Blaireau » n’est pas un « Cannibale ».Sympa, mais chatouilleux Ses coups de gueule restent gravés dans les mémoires. Contre des adversaires, des journalistes, ou des organisateurs, comme quand il mène sur le Tour une grève contre « Les cadences infernales », où à son arrivée victorieuse de Paris-Roubaix, quand il s’exclame : « Cette course, c’est une connerie ! » Il n’élude pas : « Moi, il ne faut pas me chatouiller ! Si tu me respectes, je te respecte ! Si tu me le les casses, d’abord je tape, après, je regarde ! Ma tête de mule m’a toujours servi ! »Ce genre de saillies, parfois modérément appréciées dans le milieu de la Petite Reine, lui confère pourtant une certaine popularité, notamment chez ses compatriotes bretons : « On croise des personnages comme ça sur les quais du Guilvinec, ou au marché aux cochons de Plérin. Il plaît car il est comme nous : sympa, mais il ne faut pas l’emmerder ! »Sur la question du dopage, il a dit tout et son contraire. Entre « Se doper, c’est voler le pain des autres ! Ceux qui font ça n’ont plus leur place dans le peloton ! » et « Le cyclisme est le sport le plus sain de tous ! », il oscille entre une certaine compréhension, et une fermeté de bon aloi. Jamais contrôlé positif, il pointe du doigt d’autres sports moins surveillés, et s’en tire par une pirouette : « Une seringue n’a jamais fait gagner un bourricot ! » Grenier « Le Blaireau » aime les choses bien faites. Il a su raccrocher à temps, « pour ne pas connaître le déclin », et a bien négocié sa reconversion. Pas le gars à rester les deux pieds dans le même sabot, il s’est régalé dans sa seconde vie de paysan : « Quand je voyais sortir un veau du ventre de sa mère, j’étais aussi ému qu’après une victoire dans le Tour ! »Amoureux de l’ordre, de l’organisation, il déteste toute chienlit qui viendrait perturber son goût de la tradition et du conservatisme. La nostalgie ne l’intéresse guère. Maillots, trophées, coupes sont rangées au grenier : « Je les ressortirai un jour, pour les montrer à mes petits-enfants ! »À Yffignac, son buste trône dans la mairie, et son image en jaune s’affiche sur le rond-point principal, un peu comme Zidane est en majesté à Marseille. Avec quelques copains, après des années d’abstinence, il s’est remis au vélo « tranquille ».Il n’est pas ingrat : « La réussite de ma carrière, c’est du 50-50 avec Martine ! » reconnaît-il en guise d’hommage à sa fidèle épouse, ancienne Pénélope du héros pédalant. Nouvelle mairesse du village, elle répond, sans doute faussement naïve : « Ah bon ? il a dit ça ? »L’ex-patron implacable des pelotons en cuissards confie dans un sourire : « Heureusement, à la maison, c’est elle qui porte la culotte ! »

 

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