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Bernard Thévenet : Épopées et Terroir

-
Par France Bleu

Bernard Thévenet
Bernard Thévenet © Maxppp

 

« Mon côté paysan m’a toujours dit qu’il fallait semer pour récolter ! » Carrure de colosse, sourire franc, bonne bouille carrée qu’on dirait presque cabossée par les coups durs du destin de coureur cycliste, Bernard Thévenet – la soixantaine bien sonnée – n’a rien perdu de sa gentillesse ni de sa dose de bon sens, puisées dans la verdure de sa Bourgogne natale. Le « Tombeur d’Eddy Merckx » affiche la belle santé d’un ancien champion reconverti avec bonheur dans des activités multiples.

Champion de Bourgogne chez les cadets en 1965 et 1966, Bernard Thévenet est repéré par l’ACBB - pépinière cycliste de Boulogne-Billancourt - et le manager Jean de Gribaldy avec qui il remporte le championnat de France juniors en 1968.En 1970, à l’âge de 22 ans, il entame sa carrière professionnelle sous les couleurs de l’équipe « Peugeot – BP – Michelin » et dispute son premier Tour de France. Il enlève l’étape pyrénéenne de La Mongie le 14 juillet.Il continue son apprentissage les années suivantes, épinglant à son palmarès deux autres victoires d’étape, le Tour de Romandie (1972), Le Championnat de France (1973), le Tour de Catalogne et le Critérium International (1974).En 1975, il domine le Critérium du Dauphiné Libéré, et entre dans la légende en remportant son premier Tour de France après avoir terrassé Eddy Merckx dans la montagne, lui infligeant ainsi un premier revers après des années d’invincibilité.Il récidive en 1977 et ramène le Maillot Jaune à Paris avec 48 secondes d’avance sur le Hollandais Hennie Kuiper.Après une maladie du foie, il dispute encore deux « Grandes Boucles » et raccroche sa bicyclette en 1981. Son parcours est riche de nombreuses victoires d’étapes sur les Tours de France, d’Espagne, du Vaucluse, d’Indre-et-Loire, les Quatre Jours de Dunkerque, sur le Dauphiné Libéré, Le Midi Libre, le Circuit de la Sarthe, et d’une ribambelle de places d’honneur dans les compétitions nationales et internationales. Il est également vainqueur des 6 jours de Grenoble en 1976 et 1980.En 1975, il est élu « Champion de l’année »  par le journal « L’Équipe », et lauréat pour la seconde fois du Super Prestige Pernod après son premier titre de 1973.En 1984, il opère sa reconversion en devenant directeur sportif de l’équipe « La Redoute », puis de « RMO » en 1986 et 87. Dans les années 90, il endosse la charge de sélectionneur de l’équipe de France.À partir de 1994, il devient consultant pour France Télévisions, ce qui lui vaut, en 1998, un 7 d’Or en compagnie de Patrick Chêne pour leurs prestations en direct sur le Tour. Il raccroche en 2007.Depuis 1990, il est directeur de piste des 6 Jours de Grenoble. Il assure désormais la direction de course du Dauphiné Libéré, et intervient régulièrement comme consultant sur l’antenne de France Bleu Isère.Chevalier de la Légion d’Honneur, époux de Monique, il est père d’Éric, Nelly, et Nathalie, respectivement âgés de 40, 29, et 27 ans.Chevaliers du Moyen Âge Bernard Thévenet voit le jour le 10 janvier 1948 dans la commune de Saint-Julien-de-Civry en Saône-et-Loire, et plus précisément au hameau bien nommé « Le Guidon », où ses parents Alice et Henri sont agriculteurs. Dès l’âge de six ans, il part à l’école sur le vélo de sa soeur et s’appuie dix kilomètres par jour dans la campagne certes verdoyante, mais sur des routes étroites truffées de virages secs et de raidillons casse-pattes.Deux événements décisifs surviennent dans la jeune vie de l’adolescent. En 1961, le Tour de France passe dans son village. Le curé avance l’heure de la messe pour que personne ne rate le peloton, et Bernard enfant de chœur consciencieux peut assister au spectacle : « Quand les coureurs sont arrivés, les cale-pieds brillaient de partout ! J’ai eu l’impression de voir débarquer une armée de chevaliers du Moyen Âge. C’était fantastique ! À partir de ce moment, j’ai rêvé d’intégrer cette armée ! »L’année suivante, pour le récompenser d’avoir réussi son certificat d’études, son papa lui offre un vrai vélo de course. Bonheur cependant mitigé, car il y a du travail à la ferme et les parents ne voient pas d’un bon œil leur gamin s’échiner sur sa machine. C’est par le journal qu’ils découvrent les activités dominicales de leur rejeton et toute la diplomatie de son président de club est nécessaire pour arrondir les angles. Quelques victoires sont aussi précieuses à l’héritier déjà bien décidé : « Je voyais ma mère, mon père travailler dur et gagner peu. Vraiment, l’agriculture ne me tentait pas du tout ! »Il voit comme une délivrance la venue à la ferme d’un recruteur parisien. Lequel négocie habilement avec l’autorité parentale la montée du jeune espoir dans la Capitale.Plus tard, professionnel frais émoulu, c’est au pays qu’il apprend une nouvelle sensationnelle : « J’étais parti m’entraîner avec un copain. Comme beaucoup de paysans de l’époque, on n’avait pas le téléphone. Mais par le bouche-à-oreille qui battait la campagne, j’ai fini par savoir que mes patrons me cherchaient partout. C’était pour remplacer au pied levé un collègue malade sur le Tour de France ! » Le voilà parti en catastrophe à Limoges, ville départ cette année-là : « On m’a donné une valise neuve, sept maillots, six paires de shorts, des pulls, des chemises… Convoqué à la dernière minute, je n’avais même pas de vélo neuf ! J’étais inquiet, effrayé, et en même temps plein de fierté ! »Chevauchées héroïques En 1975, sur les pentes des Alpes, c’est presque sans s’en rendre compte que Bernard Thévenet – alias Nanard – entre dans la légende du Tour. Certes il part pour gagner, mais devant ce doux rêve se dresse la silhouette massive d’Eddy Merckx qui truste tous les bouquets de vainqueur depuis belle lurette, à tel point qu’on le surnomme « Le Cannibale » : « Même pour une prime à 50 balles, il se mettait à bloc ! On avait tous peur de lui. Voilà, il faisait peur ! » se souvient Nanard, qui pourtant ne se démonte pas. Il attaque dans la montée sur Pra-Loup, flingue l’idole en pleine gloire, et s’empare du Maillot Jaune : « Ça paraissait tellement improbable, que même arrivé en haut, je n’arrivais pas à y croire ! »Un genou à terre, « Le Cannibale » compte bien se venger le lendemain dans le mythique col de l’Izoard. Las ! Au terme d’une chevauchée héroïque, l’intrépide iconoclaste Nanard lui fait définitivement mordre la poussière et en fait un roi nu. Ces deux journées restent à jamais gravées dans sa mémoire, avec leur cortège d’émotions fortes comme peuvent en procurer la ferveur populaire : «  Pendant les ascensions, je me sentais encouragé, supporté, porté par une foule énorme ! C’était comme une espèce de communion. Je pense que sans ça, je n’aurais pas réussi de la même manière. Dans ces cas-là, on souffre, mais on se dit qu’on n’a pas le droit de décevoir ! »Longtemps sa maman s’est souvenue de ces instants magiques : « Quand on a appris qu’il avait endossé le Maillot Jaune, j’étais sur une charrette en train de faire les foins avec son père ! Après, on nous a emmené en avion à Paris pour le voir arriver sur les Champs-Élysées. C’était magnifique ! On s’en souviendra toute notre vie ! »Nanard résume : « Le Tour, c’est l’Enfer et le Paradis ! »Aléas Élevé à la dure école des travaux agricoles, Bernard Thévenet est aussi un rescapé d’aléas qui forgent le tempérament et trempent le caractère. En 1972, une chute dans la descente de l’Aubisque le rend amnésique pendant de longues minutes, incapable de savoir où il est, et ce qu’il fait là : «  C’est en voyant passer d’autres coureurs que je me suis souvenu que je courais mon premier Tour ! » Il remonte sur sa bicyclette, finit l’étape, passe la nuit en observation à l’hôpital de Pau, et repart le lendemain. En 1976, il découvre le surmenage et la dépression. En 1978, il s’écroule au pied du Tourmalet, victime de problèmes respiratoires. D’autres péripéties jalonnent son parcours, comme un contrôle positif aux amphétamines, ou, pour l’aider à finir sa carrière, la prise régulière de cortisone qu’il a courageusement reconnue.Heurs et malheurs des as de la Petite Reine, qui naviguent souvent en eaux troubles entre exploits de gladiateurs et arrangements de pharmacie.Quoi qu’il en soit, la secrétaire de mairie de Saint-Julien-de-Civry est formelle : « Bernard, je l’ai toujours vu un vélo ! »Reconnaisances rurales Fidèle à ses origines, Nanard aime le velouté d’un coq au vin, la saveur du pain à l’ancienne, et l’arôme d’un bon Beaujolais.Lecteur de romans qui fleurent le terroir comme ceux de Christian Delval, il est toujours partant pour une balade dans les derniers marchés aux bestiaux qui se tiennent encore dans la région, comme celui de Saint-Christophe-en-Brionnais, près de Marcigny.Installé désormais à Saint-Ismier du côté de Grenoble, l’ancien grimpeur ailé tutoie encore parfois le pédalier : « Je roulotte à pas plus de 25 kilomètres à l’heure, et que sur le plat ! »Pour son ancien adversaire et vainqueur du Tour Lucien Van Impe : « Il est aimable d’une manière sobre, ouvert, et très gentil ! »Ce que Nanard confirme, sans fausse modestie : « Je n’ai jamais été méchant ! On ne change pas son caractère ! »Au centre de son village natal, on peut voir une belle plaque : « Place Bernard Thévenet ».

 

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