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Bons et moins bons coups de « Jaja »

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Par France Bleu

 

Laurent Jalabert
Laurent Jalabert © Maxppp

 

Le 14 juillet 1995, dans le décor grandiose du Causse Méjean, après une échappée de 198 kilomètres, Laurent Jalabert, sur la piste de l’aérodrome de Mende, remporte en solitaire la 12° étape du Tour de France. Longtemps privé de victoire, le peuple cycliste de l’Hexagone est aux anges, et célèbre en grand charivari la Fête Nationale en même temps que son nouveau héros. « J’étais ivre de joie, j’avais la chair de poule et des frissons partout ! » se souvient « Jaja », auteur ce jour-là d’une page glorieuse du Tour de France. S’il s’est rangé des courses folles, « Jaja » est toujours un amoureux et un pratiquant assidu de la Petite Reine. Il se remet doucement d’un très grave accident de vélo survenu à l’entraînement en mars 2013. Polyfracturé et convalescent, il relativise : « Je descendais une rampe à toute allure. Une voiture m’a coupé la route, et je n’ai pas pu l’éviter. J’aurais pu y laisser ma vie, mais ce n’était pas mon heure ! »

Licencié chez les amateurs à l’Union Sportive de Montauban, puis au Guidon Sprinter Club de Blagnac, Laurent Jalabert devient champion de France militaire en 1988.En 1989, il passe professionnel. Il enlève le Tour d’Armorique et une étape du Tour du Limousin. L’année suivante, il gagne le Tour de la Communauté Européenne. Considéré comme un « routier-sprinteur », il enlève la sixième étape du Tour de France à Bruxelles, et ramène le Maillot vert à Paris. En 1993, par paquets de deux, il signe des victoires d’étapes dans Paris-Nice, et les Tours d’Espagne et de Catalogne.En 1994, une lourde chute dans la première étape du Tour, à Armentières, le tient de longues semaines loin des compétitions.À partir de 1995, sa carrière prend une nouvelle tournure, après son intégration au sein de l’équipe espagnole ONCE, dirigée par Manolo Saiz. Devenu un « coureur complet », il s’adjuge coup sur coup :  Milan-San Remo, La Flèche Wallonne, Paris-Nice, Le Tour de Catalogne, la fameuse 12° étape du Tour de France, assortie de la 4° place au général et du Maillot vert de l’épreuve. En Espagne, il remporte la « Vuelta », ainsi que cinq étapes, les classements par points, et du meilleur dans la montagne. Il est élu « Vélo d’Or ».Il est en outre consacré Numéro Un Mondial au classement de l’Union Cycliste Internationale en 1995, 1996, 1997, et 1999.À son palmarès figurent notamment les titres de Champion de Monde contre la montre (1997), Champion de France sur route (1998), Maillot vert du Tour d’Espagne (1994-95-96-97), et du Tour d’Italie (1999), où il endosse quelques jours le maillot rose.En 2001 et 2002, il s’empare, jusqu’aux Champs-Élysées, de l’emblématique Maillot à pois du Meilleur grimpeur du Tour, et du Prix de la Combativité. Il a également porté le Maillot jaune.S’y ajoutent un nombre considérable de victoires d’étapes et de places d’honneur dans les grandes courses internationales, ou les « Classiques » d’une journée.En 2002, il prend sa retraite, jouissant d’une indiscutable popularité.Il devient consultant au sein des équipes de France Télévision, s’illustrant sur les routes par ses interventions à bord d’une moto proche des coureurs. On l’entend également sur les ondes de RTL.De 2009 à 2012, il est sélectionneur de l’équipe de France de cyclisme sur route, pour les Championnats du monde et les Jeux Olympiques.Le groupe de rock « Les Wampas » a composé en son honneur une chanson intitulée : « Jalabert ! ».Sujet d’une biographie : « Laurent Jalabert, itinéraire d’un champion », signée Arnaud Briand en 2002, il a publié en 2009 un ouvrage titré : « A chacun son défi ».Marié avec Sylvie, il est père deux grandes filles, Pauline et Charlotte, et de deux jeunes garçons, Louis, et Jules.Au pays de Jaurès Laurent Jalabert voit le jour le 30 novembre 1968 à Mazamet. Son père, Georges, grutier de son état, est un solide travailleur, jovial et affable. Sa mère, plus discrète, est ouvrière dans la maroquinerie, et connaît les périodes de chômage. Enfant plutôt timide, Laurent n’est pas un fanatique de l’école : « J’étais un élève studieux. Je travaillais, mais je ne réussissais pas. Quand on faisait des fautes en dictée, l’instit, un grand baraqué, nous mettait des tapes sur la tête. J’en ai pris un bon paquet ! » Ça ne motive guère le garçon.Juste à côté de la maison familiale se tient le siège du club cycliste local, avec les gamins qui slaloment, sur leurs montures. L’appel est trop fort : « Mes parents ont fini par céder. Ils ont cassé leur tirelire et m’ont acheté mon premier vélo de course pour 10 000 francs de l’époque, une petite fortune ! À ma première course, je suis tombé dans un fossé, et j’ai cassé mon cadre. J’étais en pleurs, effondré ! » Compatissants et généreux, les parents se fendent d’un nouveau destrier. « C’était un « Gitane », comme mon idole Bernard Hinault ! Avec un dérailleur japonais ! Je passais mon temps dessus, je le briquais, je l’astiquais, je l’aimais ! Je rêvais de podiums et de bouquets ! »L’adolescent se fait remarquer dans les courses locales, comme le « Grand Prix du Buffet de la Gare », mais c’est à la « Ronde de Selsigne », son village fétiche, qu’une blondinette de 15 ans lui remet la gerbe du vainqueur, assortie des deux bises réglementaires. Elle s’appelle Sylvie. Deux ans plus tard, elle devient son épouse, puis la mère de ses enfants, et son indéfectible compagne.Titulaire d’un BEP d’électromécanicien, il ne regrette pas son choix de jeune homme : « Sans le vélo, je n’aurais pas pris confiance en moi. Je serai resté un gars du coin, ouvrier, cultivateur, ou un truc comme ça ! »Le jour où il passe professionnel, il se plie à la coutume qui veut que chaque nouvelle recrue paye un verre aux autres coureurs, et réciproquement. Le lendemain, toute l’équipe est malade. Sauf lui. Du coup, le manager le baptise : « Jaja » !Tourner autour du « pot belge » « Là-bas, il a tout appris, il a tout compris ! » assure son jeune frère Nicolas, confrère de peloton.Laurent aurait pu rester le sprinteur sympathique et cabochard de ses premières années d’exercice. Mais après sa mémorable cabriole d’Armentières, son repos forcé, et son émigration en Espagne, il ajoute à sa spécialité celles de rouleur impénitent, et de grimpeur ailé. Le mage de cette évolution rarissime et prodigieuse dans le monde du vélo s’appelle Manolo Saiz, directeur sportif de l’équipe Once. Si Once est une entreprise de loterie gérée par des aveugles, le responsable sportif est du genre clairvoyant. « En trois ans, avec Manolo, j’ai augmenté ma puissance musculaire de 20%, tout en perdant des kilos superflus. J’ai suivi une diététique draconienne. Je ne sentais plus les pédales. Il m’a insufflé le mental. Il ne dit pas « Tu peux gagner ! », mais « Tu vas gagner ! ». Et je ne me suis jamais autant entraîné. Il m’a fait devenir un vrai bosseur ! Une vraie discipline de fer ! » entonne Jaja.Le récipiendaire des éloges renchérit : « Je savais tout ce qu’il était capable de faire. Encore fallait-il qu’il s’en persuade ! »La carrière de son protégé est jalonnée de chevauchées héroïques, mais aussi de mémorables coups de bambou.Tout roulerait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes cyclistes, si en cette fin des années 90 n’éclatait le scandale du dopage symbolisé par l’affaire Festina. Perquisitions, arrestations, procédures judiciaires… Le milieu de la Petite Reine tremble, le peloton fait le gros dos, les cadres feignent l’étonnement, la main sur le coeur. Entre le tragique et le cocasse, on se croirait chez Guignol. Manolo Saiz fait partie des « sorciers » dont les « méthodes » sont pointées du doigt…Jaja devient meneur de grève. Avocat de ses camarades, il se répand en déclarations violentes et contradictoires, en allusions prudentes, absconses, parfois énigmatiques. Son image de gladiateur s’en trouve écornée. Ses désertions tonitruantes ou au contraire très discrètes de certaines épreuves n’arrangent rien, ni sa décision de se soustraire au suivi médical mis en place par la Fédération Française. On dirait qu’il cherche à passer entre les gouttes.Le populaire Laurent fait-t-il partie des « cornues pédalantes », selon le bon mot d’un président de tribunal féru de chimie ? Il s’en défend avec ambiguïté. Sa rupture avec Manolo ? : « J’étais docile. Je me suis laissé mener, jusqu’au jour où j’en ai vraiment eu ras le bol, et que ça a pété ! Mais ça reste mon pote ! » Les substances illicites ? : « Je ne reconnaîtrai jamais que je me suis dopé, à cause de mes enfants ! »Rattraper le temps perdu Toutes les tempêtes finissent par s’apaiser. En 2002, Jaja tire sa révérence au peloton, au sein duquel il avoue avoir très peu d’amis. Il a droit à sa part d’éloges. Hommage est rendu au panache de l’athlète, ses exploits, ses naufrages, à sa bonne gueule, son franc-parler, ses maladresses, dans lesquels chacun peut se projeter, ou se reconnaître. Aujourd’hui domicilié à Montauban, il joue les bons pères de famille, profite de la bonne chère et autres plaisirs de la vie, « pour rattraper le temps perdu ».Amateur de sports mécaniques, de football, coureur de triathlon, il a su négocier sa reconversion, une affaire qu’il avait soigneusement préparée.Sa plus grande fierté ? : « Malgré la réussite, je suis resté simple. Je sais d’où je viens. J’ai appris à être un homme, c’est-à-dire à respecter certaines valeurs ! »

 

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