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Charly Gaul, Archange de l’extrême

mardi 18 juin 2013 à 16:18 France Bleu

 

 

« Une fois en haut, c’était si beau ! C’est magnifique, l’horizon ! Dans les montagnes, j’étais heureux ! » confiait Charly Gaul pour une fois prolixe, juste après avoir raccroché pour de bon son vélo. Ses yeux clairs, son visage angélique, son allure de dandy lui valurent - signé Roland Barthes - le surnom de « Rimbaud du Tour », mais celui qu’on appelait dans les années 50 « L’Ange de la Montagne » a su écrire à la force du jarret, et souvent au désespoir de ses rivaux quelques-unes des plus belles pages de l’Histoire de la Grande Boucle. Petit homme blond, énigmatique et silencieux, le pur grimpeur inspira la chronique, qui le résumait ainsi : « Avec sa gueule d’ange, on a peine à croire que dès que la route s’élève, il peut devenir le pire des démons ! »Chez les amateurs, Charly Gaul se distingue au Luxembourg en réalisant le doublé dans le Grand Prix du Général Patton (1950 - 1951) et La Flèche du Sud (1951 – 1953), s’octroyant également le Circuit des 12 cantons en 1951.En 1953, il passe professionnel au sein de l’équipe « Terrot-Hutchinson », première d’une longue série comprenant notamment « Faema-Guerra », « Emi », « Gazzola », « Peugeot BP », et « Lamot-Libertas ».En 1954, il devient Champion du Luxembourg de Cyclo-cross, récidivant en 1962, et s’adjuge le Circuit des 6 Provinces.En 1956, il se pare du maillot de Champion du Luxembourg sur route qu’il conserve en 1957, 1959, 1960, 61 et 62.En 1958, après avoir remporté deux fois le classement de la Montagne et 4 étapes (1955 – 1956), il remporte le Tour de France et quatre nouvelles étapes dont 3 contre la montre.En 1956 et 1959, il triomphe au Tour d’Italie, raflant 11 étapes et le maillot du Meilleur grimpeur.À son palmarès figurent également le Tour du Sud-Est (1955), Le Tour du Luxembourg (1956 – 1959 – 1961), la Course de côte du Mont Faron (1958), une étape Dauphiné Libéré, et une ribambelle de places d’honneur dans des épreuves telles que le Championnat de Zurich, le Tour de Romandie, Rome-Naples-Rome, La Flèche Wallonne, ou le Challenge Desgranges-Colombo. Il met un terme à sa carrière sportive en 1965.Puis il crée et dirige pendant quelques années Le Musée des Sports du Luxembourg.Marié, père d’une jeune fille prénommée Fabienne, après avoir un temps chaperonné le coureur italien Marco Pantani, et tenu un bar dans ses contrées d’origine, il décède le 6 décembre 2005 des suites d’une embolie pulmonaire.Il fait l’objet de plusieurs ouvrages parmi lesquels « Le Tour de France comme épopée » (Roland Barthes – 1957), « L’Ange qui aimait la pluie » (Christian Laborde- 1994), « Charly Gaul, l’Ange de la Montagne et son époque », « La Saga Charly Gaul » (Gaston Zangerlé – 1998 – 2006), « Charly Gaul, grimpeur ailé » (Jacques Desforges – 2003).Élu Sportif luxembourgeois de l’année en 1954, 55, 56 et 58, il est récipiendaire du Trophée Edmond Gentil qui récompense l’exploit sportif du Cru 1958.Côtes et entrecôtes Charly Gaul voit le jour le 8 décembre 1932 à Pfaffenthal, au Luxembourg. Dans la campagne du Grand-Duché, ses parents exercent la profession d’agriculteurs. L’enfance du petit Charly se déroule dans le calme, voire la sérénité de l’ambiance rurale familiale. Changement de décor quand, s’étant mis en tête un avenir différent, il devient apprenti garçon boucher, jeune compagnon de la tripaille, des couteaux affûtés et des tabliers sanguinolents.C’est alors que le destin lui fait un clin d’œil décisif : « J’avais le goût du vélo, mais on était quand même très isolés. J’habitais un petit village, et à 3 kilomètres de là résidait Edward Van Dijk qui avait gagné le Tour d’Espagne en 1947. C’était mon idole, j’étais fou de lui. À 16 ans, je suis allé le voir, et petit à petit, il m’a tout expliqué du métier. Je n’imaginais pas ce que j’allais devenir ! »C’est ainsi que le petit boucher fils de paysans se lance dans le grand bain avec un projet porteur, à qui il a toujours rendu hommage : « Heureusement que le Tour de France a existé dans ma vie ! »Le Passager de la pluie « Avec l’ingénuité des enfants prodiges, l’œil vacant, la casquette sur la nuque comme un Gavroche distingué, la pédale de vent d’une ballerine au bout du pied, il fonce vers l’arrivée et la victoire un roseau souple entre les dents » écrit l’inégalable Antoine Blondin très vite subjugué. D’abord sur le Giro, puis sur le Tour Charly Gaul, c’est le pur-sang aux coups de folie, aux coups de génie.En général, ses exploits prennent l’aspect de longues et héroïques chevauchées solitaires dans des cadres majestueux comme ceux des hautes vallées alpines ou pyrénéennes, parmi les éléments déchaînés, dans des conditions météorologiques d’apocalypse : ciels bas et lourds, pluie, vent, tempête, grêle, neige. C’est là que « l’Ange de la Montage » est à son affaire, comme il s’est toujours plu à le souligner : « Je n’ai jamais eu peur de l’orage en altitude, ni des averses. Les descentes étaient souvent dangereuses, j’avais du respect pour les virages, il fallait les prendre au sérieux, comme les êtres. Parfois je priais avant d’en prendre un très difficile, mais juste après, j’oubliais le Bon Dieu ! » Souvent relégués à plus d’un quart d’heure aux arrivées, les adversaires prestigieux – Bobet, Anquetil, Geminiani – se résignent à lire les commentaires des journalistes, tel dans « L’Équipe », Michel Clare après l’étape mythique de la Chartreuse en 1958 : « Il ne se plaît qu’à l’envers sombre de la vie, aux trombes d’eau déversées du ciel, au froid qui paralyse les muscles des autres. Dans ce décor de tragédie où il est aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau, l’Ange exterminateur est passé. Il a frappé sans bavure, debout sur ses pédales. Que pouvaient donc faire les autres devant cet escaladeur hors pair ? Il a gagné dans la tradition des grands maîtres ! »Quant à Charly, il ne se départit pas d’une sincère modestie : « Quand je suis en forme, je préfère partir seul, et de loin. Quand je suis en tête, la route ne me semble jamais longue, à condition qu’elle monte ! »Images en trompe-l’œil Dans la gent pédalante d’alors, il ne viendrait à l’esprit de personne de contester la classe brute de Charly Gaul. C’est plutôt de son caractère dont il est souvent question. Certains le jugent « fier, ombrageux, mais attachant », d’autres le voient comme « un être à part, silencieux, dans son monde » Des arguties auxquelles il a voulu un jour tordre le cou : « Tout ça, c’est de la légende ! J’étais pratiquement le seul Luxembourgeois du peloton. J’étais un peu mystérieux, je parlais peu, les coureurs avaient l’impression de ne pas me connaître, mais je n’étais pas solitaire. On disait que je ne savais ni rire ni pleurer, mais ce n’est pas vrai, j’étais sensible comme tout le monde ! »Et de compléter vivement cette mise au point : « On m’appelait « L’Ange de la Montagne », ça ne me plaisait pas ! J’étais un guerrier ! Dans les cols, il faut être sans pitié, car parfois, ça fait mal de laisser quelqu’un sur place ! J’aurais préféré qu’on me nomme « L’Aigle », comme Federico Bahamontès. Lui, c’était le meilleur dans la chaleur, et moi dans le froid, alors, on s’est partagé la planète ! »Lequel ibérique « Aigle de Tolède », son historique et fantasque rival sur les routes pentues n’en disconvient pas : «  C’était pas un gentil ! C’était un peu un Allemand ! On était complètement différents, on s’est tiré de sacrées bourres, on s’est bagarrés à mort, mais je l’appréciais beaucoup ! Après, on est devenu des vrais amis ! »Après les louanges, à l’heure du déclin, Maître Charly n’a pas pratiqué la langue de bois : « Pour suivre les autres, je suis hélas obligé d’avaler des pilules ! Tout le monde en prend, mais sans doute pas autant que moi. Un jour ou l’autre, je paierai l’addition ! »Ermite, mais pas trop Quand il s’est retiré des dérailleurs, des pédaliers, des sommets enneigés et du tam-tam médiatique, Charly Gaul a continué à alimenter les gazettes, ayant un jour déclaré : « Je vis dans une cabane en bois, loin des hommes. Il n’y a que des arbres et de l’eau ! Je passe mes journées à chasser, pêcher, planter des légumes et nourrir les chevreuils qui viennent manger au bout de mon jardin ! » On en fit donc une espèce d’ermite retiré au fond des bois, complètement déconnecté de la société des hommes. Ce qui, pour son ami l’ancien coureur Johnny Schleck, fut très exagéré : « C’est un fantasme de journaliste ! Il avait une cabane en bois pour la chasse. Quand on y allait, on picolait un peu et il y dormait au lieu de rentrer chez lui. Sinon il venait toujours voir les courses, et bien sûr, le Tour ! »Plus prosaïquement, Charly Gaul a fini son existence dans sa douillette maison luxembourgeoise de Itzig, entouré de l’affection de sa femme et de sa fille, parmi ses trophées de chasse empaillés, un aigle massif offert par Bahamontès, des cailloux blancs rapportés du Mont Ventoux - « mon Everest ! » - une bible, une assiette décorée de la carte du Tour 1958, et des photos de ses protégés Jacky Durand, Richard Virenque, et surtout son petit chouchou, son coup de cœur : Marco Pantani.Il était devenu un homme rond de visage et de corps, à la barbe de prophète, et au sourire toujours aussi candide. Lui qui avait tant tutoyé les hauteurs aimait à plaisanter, un peu avant son Grand départ : « Je suis monté très haut dans les montagnes, mais je ne suis pas encore monté au ciel ! »C’est désormais chose faite.

 

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