Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour

Clément, frappé à mort : derrière la tragédie, deux extrêmes qui se haïssent

jeudi 6 juin 2013 à 18:13 Par Ludovic Pauchant, France Bleu

L’agression de Clément, 18 ans, frappé à mort par des skinheads mercredi soir, est davantage qu’un fait divers. En témoignent les réactions indignées des milieux d’extrême droite qui refusent de voir les responsables parmi les leurs. Pourtant, avant que les coups ne pleuvent, c’est bien de politique dont il s’agit. Et à travers elle, l’histoire de la lutte à mort de deux familles qui se haïssent.

Serge Ayoub, au centre, fondateur des Jeunesses nationalistes révolutionnaires
Serge Ayoub, au centre, fondateur des Jeunesses nationalistes révolutionnaires © Maxppp

Il est 18h, près de la gare Saint-Lazare, quand la rixe éclate. Les éléments de l’enquête diront plus tard qui a dégainé le premier, qui a provoqué qui. Comment ce soir là, Clément Méric, 18 ans, étudiant à Sciences Po et militant au syndicat Solidaires s’est retrouvé gisant sur le bitume, la tête fracassée par un skinhead armé d’un coup de poing américain. On sait seulement, police et témoins aidant, que des skinheads, ces activistes d’extrême droite proches des milieux ultranationalistes, crânes rasés, croix gammées et bottes de cuir, étaient là, et qu'ils ont frappé. Quatre hommes seront arrêtés dans l’après-midi. Parmi eux figurerait l’agresseur. Clément meurt dans l’après-midi.

Action antifasciste Paris-Banlieue vs Jeunesses nationales révolutionnaires

Serge Ayoub, le leader des JNR a formellement démenti que l'un des membres de son groupe skin soit l'auteur des coups. - Maxppp
Serge Ayoub, le leader des JNR a formellement démenti que l'un des membres de son groupe skin soit l'auteur des coups. © Maxppp

On a d’abord soupçonné le FN : des témoins rapportent que l'un d'eux portait un tee-shirt imprimé aux couleurs du Front national. La présidente du parti d’extrême droite, Marine Le Pen s’indigne, dément, et condamne un acte "abominable". Puis les regards se sont tournés vers les JNR, les Jeunesses nationales révolutionnaires, un groupuscule néo-nazi mené par Serge Ayoub. Lequel dément, lui aussi, toute implication de son groupe.

Mais accuse les militants d'extrême gauche d'être à l'origine de l'altercation... Clément n’a en effet que 18 ans mais il est déjà membre du réseau Action antifasciste Paris-banlieue, l’un des groupes "antifas", ces ennemis jurés du fascisme, mi anarchistes, mi communistes, qui multiplient les actions, pacifiques ou violentes, contre les skinheads d'extrême droite. Malgré les démentis, le soupçon plane sur les JNR, l’ennemi héréditaire des antifas.

Un des slogans des antifas du réseau Action antifasciste Paris-banlieue. - Aucun(e)
Un des slogans des antifas du réseau Action antifasciste Paris-banlieue.

Antifas vs skinheads

Les deux familles, l’une d’extrême gauche, l’autre d’extrême droite, ont en commun leur goût pour l’action directe, l’affrontement de rue. Chacune a ses codes, son autonomie. Et pourtant, elles partagent les mêmes racines, plongées au fond des milieux populaires de l’Angleterre des années 70 où, encore non politisées, elles arborent la même bannière dans les stades de foot ou les concerts.

Puis vint le temps de la scission : le radicalisme s’est éclaté là à l’extrême droite avec les skinheads, ici à la gauche de la gauche avec les redskins. Dans la mémoire des pavés parisiens résonnent encore les combats de rues des années 80 entre les factions ennemies, ultraviolentes et incontrôlables.

Les antifas du groupe Action antifasciste Paris-Banlieue. - Aucun(e)
Les antifas du groupe Action antifasciste Paris-Banlieue. - Failfaf.blogspot.fr

A-t-on réveillé la Bête ? La classe politique dans l'embarras

Clément Méric est mort, et la droite est embarrassée : certains murmurent que ceux qui ont excité les passions des opposants à la loi sur le mariage gay ont enfanté un monstre incontrôlable. Qu’en décomplexant les discours, ils ont réveillé la Bête. D’autres évoquent la responsabilité du Front national, qui, malgré la nouvelle image qu’il entend donner et débarrassé de ses encombrantes ouailles néo-nazies, n’a peut être pas assez coupé les ponts avec des groupuscules qu’il cautionnerait alors de fait.

Un membre des Jeunesses révolutionnaires nationalistes. - Maxppp
Un membre des Jeunesses révolutionnaires nationalistes. © Maxppp

Dissoudre les groupuscules d’extrême droite ?

Le gouvernement, lui aussi, est mal à l’aise : a-t-on assez surveillé des groupuscules qu’on savait potentiellement dangereux ? Y-a-t-il lieu de dissoudre certains groupes proches des sphères néo-nazies, pour adresser un message fort à leurs responsables qui, à l’avenir, seraient finalement les meilleurs gardiens de leurs troupeaux ?

Au risque, rétorquent certains, que cela les force à renaitre dans la clandestinité et donc à échapper aux radars des autorités. Il y a, au bout du compte, la question de la démocratie dans la république : protéger le citoyen, qui a droit à la sécurité, mais laisser les courants d’idées, quels qu’ils soient, s’exprimer au nom de la liberté. Les contours des solutions ne sont décidément pas nets.