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Dossier : Coronavirus Covid-19

Mon confinement, la lettre de Jérôme Soligny

Le Havre, France

Jérôme a publié de nombreux ouvrages de références sur la musique pop. Notamment sur David Bowie et les beatles. Il est le compositeur de "duel au soleil" d'Etienne Daho.

Jérôme Soligny est Havrais, il est musicien, auteur, journaliste et biographe.
Jérôme Soligny est Havrais, il est musicien, auteur, journaliste et biographe. - Fabrice Demessence

Pas grand-chose à dire de mon confinement hormis le fait que je le vis très mal. D’abord parce que je suis séparé de mon fils, resté à Paris, pour une durée indéterminée, et que cette idée m’est assez insupportable. Et puis, l’inconscience des gens de mon quartier qui sont en mode « vacances » (discussions dans la rue, travaux sur leur terrasse avec des ouvriers sans aucune protection), ce que je considère comme un irrespect total pour ceux qui jouent le jeu du confinement afin de moins engorger les hôpitaux (et de ne pas submerger le personnel soignant), me tape sur le système. Le fait de ne plus avoir de revenus, puisque les miens dépendent totalement d’une industrie à l’arrêt, et de ne bénéficier d’aucun régime de compensation (chômage partiel, indemnités etc) s’ajoute à tout ça mais reste bien évidemment bien moins important.

Je passe donc mes journées à travailler (la seule chose qui ne change pas), une moyenne de 14 heures. Je relis le deuxième tome de David Bowie Rainbowman dont la sortie est maintenue pour l’automne (ce qui ne sera pas le cas de beaucoup de livres) si tout va moins mal.

J’essaie de me consacrer à ma musique, mais j’avoue que j’ai beaucoup de mal à composer. Je suis censé terminer un album cette année, mais le cœur n’y est pas.

Je pense à ceux que j’aime qui habitent dans des pays dont les dirigeants sont des irresponsables (Trump, Johnson) et me fais du souci pour leur santé. Je pense aussi aux gens que je ne connais pas qui vivent dans des pays dont les dirigeants sont des dingues criminels, comme au Brésil.

J’essaie de téléphoner à un ou deux amis par soir. Je m’inquiète pour ma mère.

J’angoisse à l’idée d’aller faire quelques courses, mais je le fais puisque je ne veux que personne d’autre sorte de chez moi où nous sommes barricadés, avec ma femme et notre fille ; c’est son anniversaire aujourd’hui, le premier sans cadeau depuis qu’elle est née.

Sinon, je suis affligé de voir les gens de mon quartier qui font la causette devant les magasins, qui vont acheter leur pain tous les jours au prétexte qu’ « il faut bien se dégourdir en peu les jambes ». J’aimerais qu’ils se dégourdissent, un bon coup, le cerveau.

Alors, je poste un 45 tours par jour sur ma page Facebook que je diffuse, depuis ma platine vinyle, sur Instagram en fin de journée. C’est mon rendez-vous quotidien avec le monde des mélomanes et des lecteurs qui m’envoient de nombreux messages.

D’un naturel pas très optimiste, je ne vois aucune lueur au bout du tunnel, mais j’espère que de véritables enseignements seront tirés de la leçon, amplement méritée, que le monde est en train de nous donner. Et vivre assez pour assister à la suite sans en être forcément victime. Je suis content de voir des renards dans ma rue.

Jérôme Soligny / 30 mars 2020.

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