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Mon confinement la lettre du peintre Christophe Ronel...

Nous traversons tous cette période étrange et inédite sans repère, cet arrêt quasi complet de l’activité entraîne inévitablement des doutes et des inquiétudes à l’heure où chacun voit ses projets prendre l’eau et le monde se figer pour une durée indéterminée.

Le peintre Rouennais nous parle de son confinement et nous offre quelques cartes postales
Le peintre Rouennais nous parle de son confinement et nous offre quelques cartes postales

 Pour ma part, je suis confiné avec mes proches, ce qui est plutôt une chance car l’atelier se trouve dans mon domicile et que j’ai de plus le plaisir de disposer d’un jardin. Mon premier souci a été d’entretenir un lien avec mes étudiants parisiens de l’ENSAAMA Olivier de Serres dont je suis le travail par mail interposés, l’autre partie de mon temps se passe dans mon atelier où paradoxalement, les idées se développent d’une manière inédite alors que je craignais que ce confinement puisse être un blocage. En ces jours suspendus où le téléphone ne sonne pas, mes expositions sont à l’arrêt : Mon exposition parisienne à la galerie Schwab Beaubourg a été interrompue, celle que je préparais à la Galerie Portal de Saint Jean de Luz est différée jusqu’à nouvel ordre, je m’affaire à l’atelier, amorçant quelques nouvelles toiles, requestionnant mes thèmes. Par ailleurs, j’ai réalisé depuis le début de cette quarantaine, un carnet graphique de confinement complété d’une série de petites compositions graphiques et découpées autour d’une collection de boîtes d’allumettes qui sommeillait dans mon atelier, que je mets en scène. Métaphores du confinement, ces petites boîtes racontent sur un ton léger des histoires de confinés. Elles ont suscité intérêt et réactions nombreuses sur les réseaux sociaux où je les publie quotidiennement depuis la mi-mars. Le sourire est un bouclier contre la peur et le croquis est un partage spontané et immédiat avec un public dont les inquiétudes et angoisses sont palpables. Ce que je mets dans mes toiles du moment, je le découvrirai probablement plus tard. Paradoxalement, cette période est propice à la remise en question, à l’invention, je veux penser qu’elle pourrait être aussi un nouveau départ à une échelle beaucoup plus large : ces jours ci , le ciel est plus bleu, les étoiles sont plus visibles, chauve souris et papillons réintègrent les villes, ce sont des petits signes qui n’échappent à personne, symboles peut-être d’un nouveau chemin possible. Je vous livre un petit texte que j’ai écrit ces derniers temps sur la notion de confinement. Nous voici dans un temps confiné à l’heure du repli, du huis clos. L’esprit voyageur s’est inversé, retourné, les envies d’ailleurs font naufrage, l’extérieur montre un jour menaçant, derrière la lumière du printemps, derrière les chants d’oiseaux se cache une sourde et invisible menace. On dirait que le temps s’est figé, que le monde prend une pause. Les temps sont au repli, plus que jamais, le bon sens et la consigne nous poussent à rejoindre nos antichambres, à arpenter nos intériorités, à fouler nos paysages intérieurs,  nos terrains vagues secrets, le panorama de nos souvenirs, la bibliothèque de notre existence dont chaque ouvrage a pris place sur les étagères de nos vies. Comment ne pas songer, ces jours-ci à cet ouvrage de Xavier de Maistre écrit à la fin du XVIII ème siècle : Voyage autour de ma chambre qui évoque la réclusion du narrateur contraint à rester quarante deux jours dans une chambre dont il explore les moindres recoins. Or pour l’écrivain comme pour le peintre, le repli, la quarantaine, le confinement font quasiment partie du processus logique, que l’on pourrait nommer le syndrome de l’anachorète. On perçoit mieux l’extérieur lorsque l’on s’enferme. La transcription in situ a souvent quelque chose de trop frontal alors que la resurgence des paysages, des visages, des souvenirs prend tout son sens dans les murs confinés de l’atelier du peintre ou sur sa table à dessin. Lorsque les portes sont closes, les souvenirs se mettent à brasiller, les images et les visions s’épanouissent, prennent forme : le voyage du dedans est amorcé apportant toute une vie foisonnante que l’on avait emmagasinée sans même y prendre garde au fil de nos pérégrinations enfiévrées. L’atelier est un monde où tous les voyages se mêlent et s’entrecroisent. Le temps du confinement est celui où les objets se mettent à parler, je les entends dialoguer en parcourant les quatre coins de ma pièces. Tohossou, dieu vaudou de l’eau côtoie un Ganesh de plâtre aux couleurs pâtissières. Une souris tchèque en bois peint interpelle une figure Yoruba, Marsupilami nargue une statuette dogon, le masque buffle baoulé accroché à deux pas n’y prête d’ailleurs aucune attention. Les tranches colorées des livres de la bibliothèque me promettent des mondes familiers ou étranges, tous ces ouvrages me rassurent et me guident. La toile posée sur le chevalet est en cours, je guette cet instant magique où la surface du tableau deviendra une fois encore espace. La sensation d’être devant un mur qui devient progressivement fenêtre par laquelle je pourrai à ma guise, comme Wang-Fô dans la célèbre nouvelle de Marguerite Yourcenar, m’évader. C’est ainsi que le peintre se trouve une fois de plus, perpétuellement, sauvé, pérégrinant entre échappées belles et chemins de traverse dans les murs merveilleusement confinés de son atelier. Christophe Ronel Avril 2020

toute une vie de couleurs et de partages
toute une vie de couleurs et de partages - Ronel
Oeuvres confinées...
Oeuvres confinées... - Ronel
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