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Cyrille Guimard ou l’art de bousculer les idées reçues

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Par France Bleu

 

 

« Quand on est passionné par quelque chose, il faut s’en imprégner, l’appréhender au plus près. C’est comme ça qu’on arrive à comprendre comment tout cela fonctionne ! » Visage poupin buriné par les années, bouclettes poivre et sel, moue parfois dubitative, Cyrille Guimard – carré de la tête et du propos – reste toujours démonstratif, inventif, persuasif, voire tranchant. Désormais sexagénaire, l’ancien coureur météore généreux et culotté, le directeur sportif au palmarès brillant et à l’aura parfois contestée manie la plume et le discours avec le franc-parler et la malice des vieux baroudeurs, cuirassés par les intempéries de l’Odyssée du cyclisme. 

En 1967, Cyrille Guimard décroche son meilleur résultat chez les amateurs en remportant le Circuit des Trois Provinces.En 1968, il passe professionnel dans l’équipe « Mercier » et enlève la classique Gênes-Nice, exploit qu’il réitère en 1969.Il est ensuite lauréat du Grand Prix d’Antibes, d’une étape du Tour de France (1970), de deux étapes et du classement par points du Tour d’Espagne (1971).En 1972, il devient un coureur populaire quand, vêtu du Maillot Vert sur le Tour et gagnant 4 étapes, il s’oppose au « Cannibale » Eddy Merckx qu’il parvient à battre au sommet du Mont Revard. Cependant, victime de violentes douleurs au genou, il est contraint à l’abandon en fin de parcours, à Troyes.À son palmarès – riche de 94 victoires – figurent le Tour de l’Oise, la Route Nivernaise, le  Midi Libre, Paris-Bourges, le Tour de Picardie, 7 étapes du Tour de France, et de nombreux bouquets dans des épreuves telles que le Dauphiné Libéré, les Tours du Luxembourg, du Pays Basque, les Grands Prix de Plouay, Callac, Lamballe, ou la Ronde d’Aix-en-Provence.Sur piste, il est vainqueur du Championnat de France de vitesse (1970) et des Six jours de Grenoble (1970 – avec Alain Van Lanker).En 1976, il met un terme à sa carrière en s’adjugeant le titre de Champion de France de cyclo-cross.Cette même année, il entame sa carrière de directeur sportif au sein de la formation « Gitane » et propulse Lucien Van Impe sur la première marche du podium de la Grande Boucle. Devenu « Renault-Gitane » le groupe se dote d’un nouveau leader, Bernard Hinault. Guimard prend sous sa houlette « Le Blaireau » qui truste les victoires, avec notamment : -    4 Tours de France (1978 – 1979 – 1981 – 1982)-    2 Tours d’Italie (1980 – 1982)-    2 Tours d’Espagne (1978 – 1983)Il dirige également Laurent Fignon au cours de ses succès dans les Tours de France en 1983 et 1984, ainsi que Greg Lemond quand il remporte le Championnat du Monde en 1983.À partir de 1985, la société Renault se retirant des courses cyclistes, il officie successivement sous les couleurs de « Système U », « Castorama », et « Cofidis ».En 1997, devenu patron d’une entreprise de fabrication de cadres de vélo, il est mis en examen pour banqueroute, abus de biens sociaux et autres malversations, ce qui lui vaut d’être congédié de chez « Cofidis ».En 2007, il reprend du service comme manager général dans l’équipe professionnelle « Roubaix-Lille Métropole ».Après avoir longtemps collaboré avec Europe1 et Europe1 Sport, il est, depuis 2009, consultant pour la chaîne de télévision Sport Plus, et à la radio sur RMC.En compagnie de Jean-Emmanuel Decoin, il est co-auteur de l’ouvrage : « Dans les secrets du Tour de France »D’un premier mariage, il est père de Frédéric et Rodolphe, nés dans les années 70. Il fut ensuite pendant plusieurs années l’époux de la chanteuse Annie Philippe.« J’étais Jacques Anquetil ! » Né le 20 janvier 1947 à Bouguenais en Loire-Atlantique, Cyrille Guimard passe une enfance sur laquelle il n’aime guère s’étendre. Cadet d’une nombreuse fratrie placée sous l’autorité d’un père maçon en périphérie de Nantes, il évolue, selon l’un de ses rares confidents, « dans une ambiance de kil de rouge, de boîte à claques, et de fins de mois difficiles ». Les coups volent bas et le gamin s’accroche au rêve d’un avenir meilleur.À 14 ans, muni d’un CAP d’ajusteur, il quitte l’école pour travailler dans une usine de parpaings : « Avec mes premiers sous, je me suis acheté un vélo et j’ai commencé à sillonner les routes du côté de la ferme de mon grand-père où je passais toujours des bons moments. Dans ma tête, j’étais Jacques Anquetil, mon idole absolue ! »Embauché aux chantiers navals de Saint-Nazaire « c’est là que j’ai appris la vie, la vraie ! », il n’a qu’un seul projet : « Devenir champion cycliste ! »Pour arriver à ses fins, le jeune homme opiniâtre et bosseur coupe les ponts avec sa famille et s’installe dans le Nord du département, à Châteaubriant où réside Lucien Lemonnier, genre de précepteur en matière de cyclisme qui lui apprend les fondamentaux du métier et l’envoie passer un brevet d’éducateur sportif au CREPS de Poitiers.Longtemps, c’est en tractant une modeste caravane qu’il rallie les courses destinées aux amateurs de la région. Ce qui ne l’empêche pas d’impressionner ses jeunes concurrents. L’un d’entre eux se souvient : « Au fond de son regard, il avait l’étincelle qui tue, cette soif de gagner, cette volonté de grandir qui caractérise les ambitieux ! »Duel d’anthologie Les belles images du Tour de France 1972 montrent Cyrille Guimard fringant rouleur, véloce sprinter vêtu du Maillot jaune ou du vert, infatigable bagarreur porté par l’enthousiasme des foules ravies de le plébisciter dans sa mission noble et quasi inaccessible de faire plier Eddy Merckx, le « Cannibale ». Bousculé, chahuté, le champion belge vacille, mais ne rompt pas. Le jeune Rastignac en collants – trahi par ses genoux récalcitrants – se voit contraint et forcé d’abandonner la partie. Qu’importe, ce combat homérique aux multiples rebondissements est gravé dans les tablettes du Tour comme l’acte fondateur d’une affection populaire jamais démentie sur le thème : « Lui, au moins, il aura essayé ! »Ces hauts-faits d’armes relativisent un peu quelques échanges plus récents et moins glorieux. L’ancien challenger estimant dans ses mémoires que : « Ni une star, ni une icône, ni romantique, ni poétique, Merckx n’a jamais été habité par ce petit quelque chose qui emmène les foules dans un autre monde ! ». Ce à quoi répond « Le Cannibale », piqué au vif  : « Guimard était un petit sprinter, un petit rat, un petit Napoléon qui se prenait pour bien plus grand qu’il n’était ! » Du coup, le Nantais cherche à éteindre l’incendie : « Quand on est un homme public, on ne peut pas accepter les compliments et se froisser à la moindre critique ! » Dans le monde du vélo, où la coutume est de nettoyer son linge sale en famille, on est parfois surpris par les grincements du tambour de la machine à laver.Gloire et coups de gueule « Je n’ai jamais connu d’autre métier que celui de directeur sportif. Je suis celui qui a gagné le plus de Tours de France… Dans sa voiture ! » plaisante Cyrille Guimard, qui précise plus sérieusement : « J’ai quand même été le premier à faire adopter la biomécanique, l’ergonomie, les roues lenticulaires, à envoyer les coureurs en soufflerie aérodynamique, à pratiquer la diététique et le suivi médical en travaillant avec le CHU de Nantes ! »À vrai dire, personne ne conteste qu’à partir des années 70, son côté pionnier a bousculé les archaïsmes et le train-train de l’univers pédalant pour le faire entrer dans l’ère de la modernité. Les lauriers de la « Bande à Guimard », et la découverte de jeunes talents en sont des preuves indiscutables, de même que les innovations économiques du « Système Guimard » tendant à mutualiser responsabilités et risques entre sponsors et acteurs du terrain, une formule qui a fait largement école.Seule la méthode fait débat : « Tacticien hors pair avec un ascendant peu commun sur ses ouailles », « gourou et sphinx à la fois », « caporal autoritaire, cassant, et prétentieux », « meilleur des directeurs sportifs », « sondeur d’âme, manipulateur », « véritable fripouille qui ne pense qu’à l’argent », « incroyable businessman », font partie des sensations discordantes qu’il suscite parmi ceux qui l’ont pratiqué, adulé, aimé, détesté, haï – ou tout à la fois – dans la gloire, les coups de gueule, les fâcheries ou les embrouilles.Il assume : « C’est très délicat de gérer des équipes. Il faut être malin, savoir dire non, accepter les conflits… Mais j’ai toujours respecté l’autre. En fait, je marche trop à l’affectif ! »Verrous et cadenas Aujourd’hui, Cyrille Guimard promène un regard fataliste sur son sport favori. Le dopage ? : « Avant, c’était du bricolage ! Puis c’est devenu une devenu une industrie lourde ! Heureusement, bien des progrès ont eu lieu. Mais c’est toujours les cyclistes qui trinquent, comme de rien n’était dans le foot ou le rugby, par exemple ! »Citoyen de Neuilly, proche de Nicolas Sarkozy, fumeur de cigarettes repenti, amateur de whisky, le coach continue à pratiquer : « Environ 8000 kilomètres par an, parfois avec des pros, mais sans trop de bosses ! »Et le Tour de France ? : « C’est dur à dire, mais personnellement la plupart du temps la course m’ennuie. Tout est trop organisé, cadenassé, verrouillé ! » Pour autant, il ne renie rien : « J’ai toujours entraîné, conseillé, baigné dans l’ambiance. Le vélo, c’est toute ma vie ! »

 

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