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Eddy Merckx et sa faim sans fin

mardi 18 juin 2013 à 17:16 France Bleu

 

Eddy Merckx - Maxppp
Eddy Merckx © Maxppp

 

« Les victoires, c’est comme les cerises. L’une attire l’autre ! »  diagnostique avec malice Eddy Merckx, plus de trente ans après ses dix années de pouvoir absolu sur les pelotons longtemps résignés à subir l’emprise du Belge valeureux et insatiable de bouquets, judicieusement surnommé « Le Cannibale ». L’aspect toujours athlétique et un peu massif, le sourire placide et la parole mesurée, l’ancien champion aujourd’hui sexagénaire manie l’humour avec parcimonie, mais se laisse parfois aller : « Moi, je n’ai toujours été qu’un ouvrier du vélo ! » Tout en précisant quand même : « Sans doute, j’avais un don du ciel ! »En 1961, Eddy Merckx âgé de 16 ans remporte la première de ses 84 victoires chez les amateurs, dont le titre de champion du monde à Sallanches en 1964.Professionnel à partir de 1965, il s’adjuge le plus beau palmarès de l’Histoire du Cyclisme – 525 courses sur route, 98 sur piste, 2 en cyclo-cross – dont le florilège peut être décliné de façon non exhaustive : -    5 Tours de France (1969, 70, 71, 72, 74), 34 étapes, 96 jours porteur du Maillot Jaune – record absolu – trois maillots verts, deux du Meilleur grimpeur.-    5 Tours d’Italie (1968, 70, 72, 73, 74), 24 étapes, deux maillots du Meilleur grimpeur.-    1 Tour d’Espagne (1973), 6 étapes.-    3  Championnats du monde sur route (1967, 71, 74), un de Belgique (1970).-    Record de l’heure : 49, 431 km en 1972 à Mexico.-    3 Paris-Nice.-    7 Milan-San Remo, 3 Paris-Roubaix, 2 Tours des Flandres, 5 Liège-Bastogne-Liège, 3 Flèches Wallonnes, 2 Tours de Lombardie, 3 Gand-Wevelgem, 2 Amstel Golg Race… et une flopée d’autres épreuves, telles que le Grand Prix de Lugano, le Tour de Catalogne, le Critérium des As, le Trophée Baracchi, le Grand Prix des Nations ou le Tour de Suisse.Sur piste, associé à Patrick Sercu, il est lauréat des Six Jours de Gand, Dortmund, Grenoble, Berlin, Anvers, Rotterdam, et d’un nombre considérable d’Omniums sur les vélodromes des grandes villes européennes.Son parcours exceptionnel est cependant émaillé de trois contrôles antidopage positifs (1969, 73, 77).Il met un terme à sa carrière sportive en 1978.Il monte alors « Eddy Merckx Cycles », une entreprise de 30 salariés, devient consultant pour la Radio Télévision Belge Francophone, et parraine l’ONG « Action Damien » qui lutte contre la lèpre et la tuberculose à Kinshasa.Il fait l’objet d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels « Merckx intime » (Philippe Brunel – 2002), « Tout Eddy » (Stéphane Thirion – 2006), « Eddy Merckx, cet inconnu » (Roger Bastide – 1972),  « La véridique histoire » (Jean-Paul Ollivier – 1996), « L’épopée » (Théo Mathy ) 1999) et « L’homme du défi » de Marc Jeuniau (1977). Il est également co-auteur de « Coureur Cycliste » (avec Pierre Chany – 1974) et « La passion du vélo » (avec Toon Claes – 2009).Il est évoqué à l’écran dans « Eddy Merckx : la course en tête » de Joël Santoni (1974), et « Torpedo » de Matthieu Donck (2012).Élu « Sportif belge de l’année » de 1969 à 1974, « Athlète belge du XX° siècle », « Meilleur cycliste du XX° siècle » par l’UCI, il est Officier de l’Ordre de Léopold II, Commandeur de la Légion d’Honneur française, Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République italienne, titulaire du Mérite sportif et de la Médaille d’Argent de l’Ordre Olympique.En 1996, le roi Albert II lui l’élève au titre de Baron de la Couronne.Marié depuis 1967 à Claudine Acou, il est père de Sabrina, apparue en 1970, et d’Axel, né en 1972 avant d’accomplir entre 1993 et 2007 une carrière honorable de coureur cycliste.Rêve d’enfant Eddy Merckx voit le jour le 17 juin 1945 à Meensel-Kiezegem, banlieue de Bruxelles, dans une modeste maison entourée de vergers. Son père Jules, d’abord menuisier, monte en compagnie de sa mère Jenny une petite épicerie de quartier. L’ambiance familiale est plutôt stricte, comme s’en souvient encore Eddy : « J’avais intérêt à rentrer à l’heure de l’école, à finir mon assiette ! Quant à aller au cinéma, « pour ne pas attraper de microbes », il n’en était pas question ! » Il a juste 4 ans quand on lui offre son premier vélo « à gros pneus », mais d’autres jeux le captivent : « Avec la bande de copains du secteur, on était les as des courses de trottinette et de caisses à savon montées sur des roulettes ! » Plus tard, il s’essaie au foot et au ping-pong sans conviction excessive. À l’école, c’est un élève appliqué mais laborieux qui ferraille péniblement avec les équations, les versions latines, et les pièges de l’orthographe jusqu’en troisième, et rongé par une passion secrète : « En fait, tout gamin, je rêvais déjà d’être coureur cycliste. Mais dans le quartier, ça n’intéressait pas grand monde, il y en avait que pour le football ! »Heureusement, le paternel est un mordu de la petite reine. Il emmène le fiston aux Six Jours de Bruxelles où triomphe le grand Stan Ockers, et conforte ainsi la vocation de l’adolescent : « Du coup, avec les pourboires que je mettais de côté en livrant le lait et en donnant un coup de main à l’épicerie, dès que j’ai eu 12 ans, j’ai pu me payer mon premier vélo de course ! »Un investissement pour le moins judicieux.Main de fer « Merckx suit son petit surhomme de chemin ! » La plume alerte et talentueuse d’Antoine Blondin résume les échappées fleuves, les chevauchées héroïques, insensées, stupéfiantes, parfois gratuites du « Grand Eddy », sur les « classiques » ou sur le Tour - comme à Marseille ou à Mourenx – où les poursuivants sont relégués à plus d’un quart d’heure. « Je suis habité par l’envie de courir. J’ai l’esprit de compétition chevillé au corps ! » répète inlassablement le phénomène qui truste les bouquets, les coupes, les maillots et les records. En Belgique et autres lieux, ses admirateurs exultent, les commentateurs manient le superlatif avec enthousiasme et ses fans voient en lui « celui qui est au-dessus du théâtre ordinaire de la vie, des intrigues et des petites salades du peloton ». Cependant, ce « mercksisme triomphant », cette insolente suprématie dans tous les domaines, de surcroît incarnée par un athlète aux capacités physiques hors normes mais au caractère ombrageux, taiseux, et au charisme tout relatif, en agace plus d’un. Dans le petit monde du vélo, certains fustigent « le despote », « le dictateur ». La langue souvent bien affûtée, Cyrille Guimard qui a souvent dû subir sa loi estime que : « Ni une star, ni une icône, il ne faisait pas rêver. Il n’a jamais été habité par ce petit quelque chose qui emmène les foules dans un autre monde ! » Ce à quoi l’intéressé réplique : « Guimard ? C’était un petit sprinter, un petit rat qui se prenait pour plus grand qu’il n’était ! » Ambiance…Vindicte populaire Véritable légende vivante outre-Quiévrain, « Le Cannibale » n’oublie pas ses moments difficiles sur les routes chauvines de France et de Navarre : « On m’a volé un Tour d’Italie en 1965. En 1975, dans la montée du Puy de Dôme, un spectateur m’a balancé un énorme coup de poing dans le foie qui m’a fait perdre le Tour, on m’a lancé des pierres des cailloux dans les descentes des cols, on m’a craché dessus, j’ai reçu des lettres de menaces ! Mais étrangement, ça a toujours renforcé ma motivation et ma rage de vaincre ! »Quand Luis Ocaña s’est insurgé contre son pouvoir absolu, le faisant enfin plier, il a pris un coup de vieux : « Pour la première fois, j’ai subi la loi d’un plus fort que moi, et j’ai compris ce que pouvait être la détresse du vaincu ! » D’où son grand respect pour le fier hidalgo disparu, qui, en le faisant « redescendre parmi les hommes », lui a permis de goûter sur le tard à un brin supplémentaire et bienvenu de popularité.  Le plus cocasse ou le plus émouvant, c’est le diagnostic – émis en 68 mais longtemps caché au patient – du cardiologue du Giro : « Monsieur Merckx présente un problème cardiaque induisant un risque de mort subite.  Il roulera toute sa carrière avec une épée de Damoclès sur la tête ! »Pompe à bière et trancheuse à jambon Contre le dopage qu’il « réprouve », Eddy tient un discours à géométrie variable, s’insurgeant contre « l’acharnement des contrôles », et assurant que de ce côté-là, il a la conscience tranquille : « Je n’ai jamais rien touché qui soit interdit ! je me suis contenté de vitamines et de médicaments curatifs ! » Quoiqu’il en soit, pour lui, c’est clair : « Tout ça, ça devient le grand bordel, et je n’ai aucune compétence pour apporter une solution ! »Il n’a pas pris sa retraite comme une joyeuse délivrance : « Une décision pénible ! j’ai été très déprimé, avec le sentiment qu’après toutes ces années de gloire, il n’y avait pas d’autre existence possible ! Sans ma femme et mes enfants, j’aurais sûrement fait une grosse bêtise… »Aujourd’hui chef d’entreprise prospère, il s’investit discrètement pour des causes caritatives et humanitaires. De temps en temps, il reprend sa monture pour des sorties avec les copains : « J’ai aménagé un atelier, une salle de fitness au rez-de-chaussée de la maison, et surtout un coin avec pompe à bière et trancheuse à jambon ! »Nommé en 2011 docteur honoris causa de l’Université de Bruxelles, il n’en démord pas : « Les années que j’ai passé à courir à vélo, ce sont les plus belles de ma vie ! »

 

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