Replay du lundi 24 février 2020

A fond la haine / Épisode n°1 : Artiste en herbe (Affaire Albert Moulie)

En octobre 1965, les lecteurs de la presse départementale découvrent le portrait d’un jeune artiste peintre qui expose ses œuvres au cœur de la cité royale, chez nos voisins Palois. Personne n’imagine qu’il fera la Une de l’actualité, quatre mois plus tard, à la rubrique faits divers...

Pau, 1960. Une ruelle sombre. Un fait divers...
Pau, 1960. Une ruelle sombre. Un fait divers... © Getty

Octobre 1965, une exposition de peinture attire bon nombre de curieux au pavillon des Arts, en contrebas du funiculaire de la place royale, à Pau. Pour la seconde fois en quelques mois, Albert Moulie, un jeune peintre natif du Béarn, dévoile au public ses gouaches et dessins à la plume autour de ses thèmes de prédilection : des portraits, des nus féminins, voire des paysages de Camargue ou de certains quartiers parisiens tel celui de Montmartre. Les commentaires vont bon train sur cet artiste auquel beaucoup prédisent un bel avenir. Selon la presse locale de l’époque, ses tableaux illustrent la tendresse et la douleur. Au journaliste qui dresse son portrait, le jeune peintre confie qu’il vient du village de Viellenave-Navarrenx. Âgé de 29 printemps, Albert rêve de voler, un jour, de ses propres ailes en vivant de ses œuvres. En attendant, il préfère la sécurité de l’emploi. Moulie est préposé au sein des Postes & Télécommunications. 

Cet artiste peintre à ses heures exerce donc un métier qui ne l’enchante guère...

Chaque matin, l’artiste en herbe embauche au centre de tri postal à Pau. C’est dans cette gigantesque gare de triage que chemine l’ensemble du courrier postal distribué en Béarn. Au milieu des années 60, il n’y a ni mail, ni télécopie. Autant dire que le boulot ne manque pas. Selon ses supérieurs, Moulie est un employé ponctuel et consciencieux. Pourtant, personne n’a remarqué un étrange détail. Chaque matin, Albert surveille, en cachette, les enveloppes adressées à une certaine Marguerite. La jeune femme a 25 ans. Elle habite le village de Saint-Goin, près d’Oloron. Enseignante au collège technique de Mauléon-Licharre, elle ignore peut-être qu’Albert souffre le martyr depuis qu’il est secrètement tombé fou amoureux d’elle. Fou au point qu’il subtilise certains de ses courriers pour les lire en cachette. Parfois même, Albert prend sa dulcinée en filature, au point de la suivre dans la rue ou au volant de son véhicule...