Replay du jeudi 7 janvier 2021

Affaire Joseph Garat : liaisons dangereuses, épisode n°4 le bras trop long

Janvier 1934, l’affaire Stavisky agite le pays basque. Elle vaut au Maire Bayonnais, Joseph Garat, d’être l’un des cerveaux de cette gigantesque escroquerie qui a pris racine au coeur du Crédit Municipal de sa ville. Le scandale a débuté par un banal contrôle comptable.

le chalet chamoniard de Stavisky : théâtre de son "suicide forcé"
le chalet chamoniard de Stavisky : théâtre de son "suicide forcé" © Getty - Jasmin Merdan

Le contrôleur, M. Sadran, se présente au Crédit Municipal. Il découvre une litanie d’anomalies : des faux documents comme s’il en pleuvait ; des bons à intérêts signés en blanc ; et surtout, un énorme trou financier : l’établissement doit rembourser plus de 500.000 Frs à ses créanciers alors que les gages censés les garantir n’existent pas ! Le fonctionnaire du Trésor file à l’hôtel de ville : « M. Le Maire, vous devez déposer plainte ! ». Garat fait mine de ne pas comprendre. Il tourne les talons et rentre chez lui. Un an avant, un Commissaire de Police avait déjà mis le Maire en garde. « Cet Alexandre est un escroc. Il se nomme Stavisky». Une fois de plus, Garat l’envoie promener. Aux yeux des Juges, le Maire de Bayonne n’était donc pas un naïf. Il a été mis en garde contre cet escroc de Stavisky. Il a pourtant sciemment laissé faire. Cette fois, c’est le coup de trop. Selon la Police, il y aurait pour 235 millions de Frs en faux bons au porteur…

Un chalet à Chamonix : une planque presque idéale

C’est là que les Policiers retrouvent sa trace le 8 janvier 1934. Lorsque les enquêteurs enfoncent la porte, une série de détonations retentit. Il est trop tard. Stavisky gît au pied de son lit, mort d’une balle dans la tête. La thèse du suicide ne convainc guère. La presse accuse la Police de l’avoir exécuté pour le faire taire car l’escroc mondain fréquentait du beau linge en haut lieu. Aurait-il été protégé au temps de ses méfaits ? La droite et les communistes l’affirment, accusant le Gouvernement en place d’avoir fermé les yeux sur ses magouilles. Craignait-on qu’il ne vide son sac ? Selon Le Canard Enchaîné, « On a suicidé Stavisky ». Le rapport balistique établit que la balle fatale a été tirée à 3 mètres du défunt. « Voilà ce qui arrive quand on le bras long ». Plusieurs ministres démissionnent. A Paris, une grève générale est lancée. Elle se solde par une émeute sanglante.