Replay du vendredi 26 juin 2020

Le passeur / Épisode n°5 : Feu ! (Affaire Gustave Del Estal)

Juin 1945, il y a 75 ans, les policiers d’Hendaye présentent au tribunal de Bayonne un trentenaire soupçonné d’avoir collaboré avec l’ennemi Allemand en lui livrant des résistants durant l’occupation. Cet homme se nomme Gustave Del Estal. Que raconte-t-il aux enquêteurs ?

Le temps du procès pour le collabo
Le temps du procès pour le collabo © Getty

Face aux policiers, Del Eestal passe aux aveux. Oui, il est devenu un collaborateur au service de l’ennemi Allemand. Par conviction politique ? Certainement pas. Del Estal a été un mercenaire prêt à n’importe quelle bassesse, pour de l’argent. En rétribution de ses services, la Gestapo lui glissait une coquette enveloppe : 5.000 francs par dénonciation ! De mars à juillet 43, Del Estal a livré aux allemands un chauffeur de taxi, un coiffeur, un maquignon, des officiers Anglais ainsi que de nombreux patriotes au service du général de Gaulle. Certains ont été déportés. D’autres ont péri fusillés. Selon plusieurs témoins, Del Estal se sentait comme chez lui à la Kommandantur. Il s’offrait même parfois le luxe de revêtir la tenue des soldats Allemands ! Prêt à toutes les combinaisons criminelles, Del Estal a déjoué la vigilance de tous en se fondant dans la grisaille, tel un caméléon. Après six mois d’enquête, l’heure a sonné de le juger.

Débute alors ce procès hors-norme où la foule se presse au palais de justice…

Mercredi 19 Décembre 1945, Gustave Del Estal comparaît devant la cour de justice siégeant à Pau. Accusé du crime d’intelligences avec l’ennemi, le mercenaire espagnol doit maintenant payer l’addition. Elle risque d’être salée. Selon le parquet, de mai à août 1943, l’accusé totalise 29 dénonciations, 27 arrestations, et 15 déportations. Un lourd bilan qui aura fait neuf victimes tombées sous les balles du bourreau Allemand. A l’audience, le défilé des témoins commence. D’anciens collaborateurs de la Kommandantur Oloronaise, des policiers, des résistants, brossent un portrait accablant de l’ex-collabo. Contre cet homme sans scrupule et capable de toutes les vilenies, l’accusation réclame sa tête. La cour rend son verdict : la mort ! Au matin du 12 février 1946, Del Estal est conduit au Camp du Pont Long où il sera fusillé. Ligoté au poteau, le condamné tire une ultime cigarette. Les yeux bandés, il entend l’ordre tomber : Feu ! Ainsi est mort le salaud...