Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho

De paria à Madone : l'histoire d'Éva Perón
De paria à Madone : l'histoire d'Éva Perón © Getty

Aux Sources de la Légende / Épisode n°5 : En marche… vers la Légende (Affaire : Éva Peròn)

Diffusion du vendredi 27 décembre 2019 Durée : 2min

Comme beaucoup de jeunes béarnais et basques qui traversèrent l’océan, l’histoire des ancêtres d'Éva Perón s’est jouée un siècle plus tôt dans le canton d’Espelette. Sa grand-mère paternelle prend un jour le bateau pour fuir la pauvreté et la honte d’une famille marquée au fer rouge…

Marie Manechena a vingt ans. La jeune basquaise est encore mineure lorsqu’elle monte à bord du bateau Ville de Bayonne, un matin de l’an 1843. Destination : l’Argentine. Perdue au milieu de centaines d’autres garçons et filles de son âge, elle part. Marie se prend à rêver de cet eldorado situé à 10.000 kilomètres de là. Déterminée à tourner la page de cette pauvreté qui colle à sa peau depuis sa naissance, elle tourne le dos à la malédiction de ce père, condamné pour vol, qui s’est suicidé par désespoir à la prison de Pau. Comme elle, plusieurs milliers de jeunes basques prennent le bateau, rêvant d’un avenir meilleur au soleil de Buenos-Aires. La faute aux ruines économiques issues des guerres de la révolution ou de l’empire. La faute aussi au service militaire qui a décimé des générations de jeunes et que certains refusent d’accomplir. La faute, enfin, au droit d’aînesse qui réserve la succession de la ferme familiale à l’enfant aîné.

C’est dans le port de Buenos-Aires que la jeune Marie pose pied à terre en Argentine. Ici, l’appel d’air est si fort que Marie décroche sans mal un emploi dans cette rayonnante capitale. Sept ans plus tard, elle s’unit en mariage avec François Uhart, un garçon natif de Behasque, devenu Francisco Duarte. A son arrivée, l’agent de l’immigration avait donné une tonalité plus ibérique à son identité. Les deux tourtereaux vivront heureux et auront quatre enfants. Juan, leur fils, devient un riche propriétaire terrien qui s’offre le droit de cuissage sur sa gouvernante. De cet amour adultère naîtra Éva Duarte en 1919. La fillette grandira comme un paria. Rejetée car fille adultérine. A force de volonté, Éva devient, plus tard, la Madone des Argentins. Aux sources de la légende, il y a « Marie la basquaise », cette grand-mère qu’Éva Perón n’a jamais connue. Un siècle les séparait. L’une et l’autre ont su faire de leur misère sociale la force de leur réussite...