Replay du vendredi 27 novembre 2020

L’affaire Jacques Chaban-Delmas : Un poison nommé rumeur / Épisode n°5 : Rumeur, quand tu nous tiens...

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Août 1970, l’épouse du premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, décède dans un accident de la circulation sur la commune d’Urrugne. L’enquête des gendarmes conclut à un excès de vitesse mais de vilaines rumeurs finissent par remonter à la surface…

Jacques Chaban-Delmas et son épouse dans le salon d'honneur d'Orly, le 16 mars 1961
Jacques Chaban-Delmas et son épouse dans le salon d'honneur d'Orly, le 16 mars 1961 © Getty - Keystone-France

Aux yeux de certains observateurs, l’enquête sur le décès accidentel de Madame Chaban-Delmas a été trop rapidement bouclée par la justice. Et peut-être même bâclée. Aurait-on cherché à étouffer une vérité qui dérange ? Au Pays Basque, on rappelle que la défunte habitait une propriété à Urrugne tandis que son époux de premier ministre en possédait une seconde, à Ascain. « Pourquoi donc ne vivaient-ils pas sous le même toit ? » entend on çà et là. Il se murmure, sous le manteau, que le couple battait de l’aile. L’épouse du maire de Bordeaux s’était mise en retrait ces derniers temps. Une santé fragile selon les uns, une dépression selon d’autres. Un divorce aurait même été envisagé. Sauf qu’à l’époque, divorcer ne se fait pas « chez ces gens-là ». Et puis, Chaban, chef du gouvernement, peut-il se permettre d’alimenter la chronique sur sa vie privée ? Une chose est sûre : le jeune veuf se remarie l’année suivante.

L’occasion est trop belle pour les ennemis de Chaban. Ils l’accusent d’avoir menti aux Français en menant une double vie avec celle qui allait devenir sa troisième épouse. Flairant le bon coup, la presse à scandale ouvre les hostilités et pose une question : la collision contre le platane, était-elle vraiment accidentelle ? Traduisez : Chaban aurait-il « précipité » la disparition de son épouse ? La décennie des années 70 n’est pas avare en scandales de toute sorte. La rumeur est lâchée : « Chaban a tué sa femme » selon ses ennemis qui l’accusent d’avoir « arrangé » la sortie de route de la DS… L’enquête judiciaire avait pourtant démontré le contraire. Peu importe. L’effet sur l’opinion est délétère. S’ensuit une campagne de presse du Canard Enchaîné qui l’accuse d’avoir fraudé le Trésor. Ainsi s’est brisé le destin présidentiel de celui qui rêvait d’incarner une Nouvelle Société. La rumeur est un poison qui ne souffre hélas d’aucun antidote.