Replay du vendredi 29 janvier 2021

L’affaire Jean Elichalt : l'habit fait le coupable, épisode n°5 silence, on exécute

A l’été 1840, un crime horrible ébranle le département. Un retraité est assassiné dans sa ferme du village de Domezain, près de Saint-Palais. Deux jours plus tard, les gendarmes interpellent un suspect dans une auberge Paloise.

Le farouche assassin de Domezain a eu la tête tranchée, dans un silence de cathédrale
Le farouche assassin de Domezain a eu la tête tranchée, dans un silence de cathédrale © Getty - Grafissimo

Les preuves réunis contre le suspect sont accablantes, mais ce dernier nie. Son procès s'ouvre 4 mois plus tard, au parlement de Navarre, à Pau. Mercredi 18 novembre 1840, Jean Elichalt s’assoit dans le box des accusés de la cour d’assises. Avide de spectacle, la bonne société Paloise se presse aux portes, sur l’esplanade face au château. Et pour cause. Accusé de meurtre suivi de vol, Jean Elichalt joue sa tête. Une fois les jurés tirés au sort, l’interrogatoire et le défilé des témoins commencent. Tous s’expriment en langue basque avec l’aide d’un interprète. L’audience ressemble à un jeu de massacre. Les preuves réunies contre Elichalt sont lourdes. Les témoins sont formels. Ces hommes et femmes racontent comment l’ex-taulard s’est rendu de Pau à Domezain, après un crochet par Navarrenx. L’une d’elle l’a vu à l’heure du drame et sur les lieux du crime. Maladresse suprême, Jean Elichalt a commis l’imprudence de se vêtir des vêtements dérobés au domicile de sa victime. L’habit ne fait pas le moine, il fait le coupable. 

L’heure du châtiment approche

Au nom de la société, l’avocat général réclame la peine capitale. Les jurés délibèrent. En leur âme et conscience, ils déclarent Jean Elichalt coupable d’avoir tué le vieux Larrandart, avant de le dépouiller. Le président de la Cour annonce le châtiment « Vous êtes condamné à mort ! ». Sonné, Elichalt répond : « eh bien, qu’on me l’applique si je l’ai mérité ! ». Un aveu bien tardif pour un homme qui n’a cessé de crier son innocence. Fin du procès. Le condamné est reconduit à la prison de Saint-Palais. Au matin du 5 février 1841, le bourreau installe la guillotine sur l’actuelle place du marché. Lorsque la porte de la prison s’ouvre, la foule scrute les moindres gestes de ce trentenaire escorté par deux gardiens. Au pied de l’échafaud, Jean Elichalt s’agenouille. Il fait mine de prier Dieu en ce dernier instant. Conformément à l’article 3 du Code Pénal, le farouche assassin de Domezain a eu la tête tranchée, dans un silence de cathédrale.