Replay du mardi 23 juin 2020

Le passeur / Épisode n°2 : La Tuile (Affaire Gustave Del Estal)

A la sortie de la seconde guerre mondiale, au printemps 1945, dans le département des Basses-Pyrénées, l’heure de la réconciliation voit débuter les procès de l’épuration. Au cœur de notre histoire, il y a un jeune homme de 29 ans incorporé à Bayonne en juin 1940…

Le passage de la frontière se passe mal...
Le passage de la frontière se passe mal... © Getty

Juin 1940, la France entre en guerre contre son voisin Allemand. Comme les jeunes hommes de son âge, Gustave Del Estal, 29 ans, est incorporé sous les drapeaux. L’armée Française l’affecte au dépôt Satonay n°83 basé à Bayonne. Les Allemands gagnent rapidement le Sud-Ouest. Le soldat Gustave Del Estal est transféré à Pau, puis à Oloron. C’est là qu’il est démobilisé deux mois plus tard après avoir menti, cette fois sur son état de santé. Le jeune homme s’installe alors en Haut Béarn où il vit de petits boulots au service d’entreprises du coin. Mars 1943, Del Estal est employé sur le chantier de construction de Fabrège, à Laruns. Il fait la connaissance d’un compatriote, Juan Accosta, qui lui livre une confidence. Le jeune bûcheron connaît le secteur comme sa poche. Il raconte qu’à la nuit tombée, lui et d’autres font régulièrement passer en Espagne des membres du réseau Maurice, un groupe de résistants très actifs près de Toulouse.

Le jeune espagnol songe donc à devenir passeur à travers les montagnes du Haut Béarn…

Del Estal tend l’oreille. L’idée lui plaît bien. La trouille au ventre, le jeune espagnol devient passeur, la nuit, à travers les sommets du Haut Ossau. Son premier protégé est un officier français en route pour Madrid. Au passage, Del Estal n’oublie pas d’empocher la coquette somme de 12.000 francs en rétribution du service rendu. L’opération se déroule sans encombre. Le jeune passeur donne l’impression d’être de confiance. Vingt jours plus tard, rebelote. Del Estal est contacté pour une seconde opération. Cette fois, il devra accompagner trois officiers Anglais planqués chez un agriculteur du village de Buzy. Au petit matin, le quatuor prend la route des montagnes. Mais l’opération se passe mal. A Bedous, la Gestapo leur tombe dessus. Tandis que les trois anglais sont arrêtés puis torturés, Del Estal est curieusement relâché. Tiens donc. A Oloron, nul n’imagine encore que le pseudo-passeur est devenu un indicateur de la Gestapo...