Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho

La gare de Canfranc, la belle endormie...
La gare de Canfranc, la belle endormie... © Getty

Le Titanic des Montagnes / Épisode n°1 : le train fou (Affaire du drame de l’Estanguet)

Diffusion du lundi 30 décembre 2019 Durée : 2min

Mars 1970, un train de marchandises reliant la gare de Pau à celle de Canfranc déraille accidentellement en plein cœur de la vallée d’Aspe. Il n’y a, par chance, aucune victime. Que s’est-il donc passé aux premières heures de ce 27 mars 1970 ?

Un froid glacial s’est installé sur le Béarn aux premières heures de ce vendredi 27 mars 1970. Il est 6 h du matin lorsque le chef de gare Palois lance un rapide coup de sifflet. Un train long de neuf wagons remplis de maïs prend aussitôt le départ. Destination : la gare internationale de Canfranc, située de l’autre côté du Somport, dans la province Espagnole de l’Aragon. Deux locomotives tractent l’imposant convoi qui prend la direction de la vallée d’Aspe. Un trajet de routine qui se déroule sans encombre jusqu’à cet instant. Il est 6h45. Le train de marchandises vient de dépasser la gare de Lescun-Cette-Eygun. Il attaque la montée d’une rampe très inclinée lorsque soudain, c’est l’incident ! Les deux locomotives se mettent à patiner sur la voie électrifiée. Quelques instants plus tard, c’est la panne : le train est immobilisé en pleine voie. Il n’avance plus ! L’un des machinistes pointe le nez à l’extérieur. Il fait nuit et horriblement froid.

L’incident survient au plus mauvais endroit. Le train est bloqué en pleine montagne, quelque part entre Bedous et les Forges d’Abel. Là même où la ligne ferroviaire transpyrénéenne est la plus en pente. Les deux mécaniciens descendent de voiture. Les rails sont couverts de givre. Le froid est si fort ce matin qu’il a causé une soudaine chute de tension, provoquant l’arrêt immédiat du convoi. Les deux cheminots tentent bien de sabler les rails, mais en vain : le sable transporté à bord du train, afin de freiner en cas de glisse, est gelé ! La poisse. Certes, le convoi n’avance plus mais il devient urgent de le caler, afin qu’il ne dévale pas en marche arrière. Le chef mécanicien place la rame sous freinage rhéostatique. Avec son collègue, ils ramassent des cailloux sur le ballast qu’ils placent aussitôt sous les roues. Soudain, c’est l’accident : les freins du train lâchent. Il part aussitôt à la dérive. Un train sans pilote qui déboule à plus de 100km/h…