Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho

La mythique gare de Canfranc
La mythique gare de Canfranc © Getty

Le Titanic des Montagnes / Épisode n°2 : A tombeau ouvert ! (Affaire du drame de l’Estanguet)

Diffusion du mardi 31 décembre 2019 Durée : 2min

Direction la montagne. Il y a bientôt 50 ans, nos voisins de la vallée d’Aspe vivaient un fait divers dramatique : le train reliant la gare de Pau à celle de Canfranc déraillait en pleine montagne. Tout a commencé aux premières heures du 27 mars 1970...

Debout, près du rail, les deux cheminots de la SNCF assistent, impuissants, à une scène digne des pires films de catastrophe : les freins du train viennent de lâcher. L’imposant convoi ferroviaire déboule en marche arrière et à une vitesse folle en direction du bas de la vallée. Il n’y a personne à bord. La suite, on la devine : seul un obstacle entravera la progression infernale des deux locomotives et neuf wagons. Le convoi ferroviaire franchit la gare de Lescun à tombeau ouvert. Par chance, le quai est vide. Le train fou empreinte ensuite plusieurs virages fermés sur deux roues seulement, avant d’atteindre le passage à niveau automatique qui traverse la route départementale. On a frôlé le pire : l’arrivée du train est si soudaine que les barrières sont relevées… Heureusement, aucun automobiliste n’était présent à cette heure matinale. Le convoi infernal poursuit sa folle cavalcade. Rien ne peut l’arrêter. Rien sauf le pont situé en contrebas.

Ce pont porte le nom de l’Estanguet. Situé au km 280.683, c’est là que le train fou va achever sa course : sa vitesse est si élevée qu’un wagon percute l’une des cages de ce pont métallique dont la trajectoire empreinte une courbe serrée. Le train déraille ! Le choc est si violent que le pont s’effondre d’un seul tenant. Le convoi achève sa course en contrebas, dans le gave d’Aspe. L’alerte est donnée quelques minutes plus tard. Lorsque les gendarmes et les pompiers arrivent d’Oloron, ils découvrent une scène de désolation : le pont de l’Estanguet est réduit à un amas de tôles pliées. Le convoi éventré n’est plus qu’un ramassis de ferrailles au milieu de tonnes de maïs jonchant le sol. Les deux machinistes sont abasourdis. Ils l’ont échappé belle ! Malgré des dégâts matériels spectaculaires, on ne recense aucune victime ! Le drame survenu ce froid matin du 27 mars 1970 a sonné le glas d’un vieux rêve. Celui de relier le Béarn à l’Aragon par le train...