Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho

La mythique gare de Canfranc
La mythique gare de Canfranc © Getty

Le Titanic des Montagnes / Épisode n°3 : La mort d’un rêve (Affaire du drame de l’Estanguet)

Diffusion du mercredi 1 janvier 2020 Durée : 2min

C’était aux premières heures du 27 mars 1970. Le convoi tombe en panne à cause d’une rupture électrique. Tandis que les deux machinistes inspectent le rail, les freins lâchent et le train dévale alors la pente à une vitesse infernale. Il finira sa course en contrebas...

Le drame du pont de l’Estanguet fait aussitôt la une des journaux d’Aquitaine et de métropole. Selon les nombreux journalistes qui accourent de partout, on a évité le drame humain de très peu. Les syndicats de cheminots en profitent pour dénoncer la vétusté du matériel vieillissant tandis que les élus de montagne s’inquiètent des conséquences catastrophiques que cet accident aurait pu provoquer. En ce week-end de Pâques, les habitants de cette vallée Aspoise, d’ordinaire si paisible, assistent à un défilé incessant des autorités : le préfet, le procureur, les administrations et les gendarmes labourent sans relâche ce petit coin de montagne. Une enquête judiciaire est ouverte sur le champ par le parquet Palois pour tenter de cerner la mécanique du drame. Alléchés par l’évènement, de nombreux curieux arrivent de Bayonne et de Pau. Ils viennent contempler le désastre de ce train qui n’est plus qu’un amas de ferrailles.

Selon l’enquête menée par la gendarmerie d’Oloron, l’accident ferroviaire est dû à un « brouillard givrant qui recouvrait la région ». A l’issue de leur audition, les deux machinistes sont mis hors de cause. Aucune faute de conduite ne leur est reprochée. Le procureur Palois s’empresse d’annoncer que l’enquête est classée sans suite. C’est la faute à « pas de chance ». Il n’y aura donc aucun procès. Affaire classée certes. Mais, les syndicats ferroviaires dénoncent l’état vétuste du réseau ferroviaire : comment la météo peut-elle avoir raison de l’approvisionnement électrique sur les rails ? Et surtout, aurait-on dit la même chose si les deux cheminots étaient morts dans l’accident ? Pour la justice, la cause est entendue : il n’y a ni responsable ni coupable. Le destin a choisi un vendredi saint pour porter l’estocade à la mythique gare de Canfranc. Une vieille dame crucifiée et condamnée, depuis, à l’oubli et à la rouille…