Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho

La fontaine salée, théâtre de convoitises...
La fontaine salée, théâtre de convoitises...

Du Sel dans le Sang / Épisode n°1 : le Part-Prenant (Affaire Bernard Laborde-Taa)

Diffusion du lundi 27 janvier 2020 Durée : 2min

Mars 1825, un laboureur habitant Salies-de-Béarn est assassiné en pleine nuit. Qui en voulait donc à cet homme sans histoire ? Il disposait certes de quelques subsides tirés de la célèbre fontaine salée. Est-ce là le mobile du crime ?...

Bernard est un salisien de sang et de cœur. Ses lointains ancêtres ont élu domicile, ici, dans la légendaire Cité du Sel située entre les gaves de Pau et Oloron, aux confins de la Soule et de la Basse-Navarre. Avec son épouse et leurs trois enfants, le modeste laboureur occupe une misérable ferme bâtie depuis deux siècles au quartier de Beigmau, en périphérie de la ville. Les fins de mois sont difficiles en ce froid hiver de l’an 1825. Il lui faut travailler dur, très dur, pour nourrir ces cinq bouches. Bernard aimerait bien compter parfois sur l’aide de son fils aîné, prénommé Bernard lui-aussi. Hélas, le jeune homme âgé de 21 ans met rarement du cœur à l’ouvrage. Peu importe. Le père de famille met un point d’honneur à ne réclamer la charité de personne. Comme tout salisien installé ici depuis des lustres, Bernard Laborde-Taa dispose d’une petite rente de situation alimentée chaque année. Il jouit du privilège d’être un part-prenant.

Qu’appelle-t-on donc un Part-Prenant ?

Les Part-Prenants de la Fontaine Salée forment une confrérie qui remonte au Moyen-Âge. L’idée naît en 1587 de fonder une corporation regroupant toutes les familles installées de longue date, à Salies. Chacun devient ainsi copropriétaire de la célèbre fontaine salée et perçoit une part des confortables revenus tirés de la production du sel destiné, entre autres, à saler les jambons de Bayonne. Pour y appartenir, il faut être fils ou fille de part-prenant et y résider depuis au moins six mois. Selon cette loi locale, seuls les hommes transmettent ce privilège à leur fils aîné. Chacun hérite alors d’un « compte d’eau salée ». Ce privilège a longtemps consisté à prélever de l’eau à la fontaine. Avec le temps, l’eau s’est transformée en somme d’argent. Bien que modeste, le père Laborde-Taa possède lui aussi son compte d’eau salée. Un argent bien utile qui met du beurre dans les épinards. Mais de l’argent qui ne tarde pas à susciter des convoitises...

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