Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho

L'affiche du film "Lacombe Lucien" de Louis Malle
L'affiche du film "Lacombe Lucien" de Louis Malle

L’Ange de la Mort / Épisode n°5 : Justice Divine (Affaire : Le Drame de Portet)

Diffusion du vendredi 20 décembre 2019 Durée : 2min

En décembre 1944, la cour de justice, siégeant à Pau, juge 4 gamins accusés d’avoir livré aux soldats allemands l’endroit où plusieurs dizaines de maquisards se planquaient, peu avant la Libération. Un tuyau qui conduira à l’exécution de 37 résistants...

Plusieurs questions taraudent les juges. D’abord, pourquoi un adolescent de quinze ans est-il devenu un mouchard au point de livrer cinquante-sept victimes aux fusils des allemands ? L’accusé affirme n’avoir touché aucune prime en rétribution de ses multiples dénonciations. Selon Henri, la collaboration avec l’ennemi lui a permis que la gestapo ferme les yeux sur les multiples vols et larcins qu’il commettait, avec quatre malfrats de sa bande, durant l’occupation. Ensuite, ont-ils collaboré par conviction idéologique ? Même pas ! Henri et ses potes dilapidaient l’argent de leurs méfaits en passant leurs journées à boire dans les cafés Palois. Son idole, c’était Al Capone ! En temps de guerre, l’héroïsme de certains résistants masque mal la crapulerie d’autres malfrats. Vient enfin l’épineuse question de la peine : ces quatre voyous n’ont, certes, pas de sang sur les mains mais c’est leur dénonciation qui a conduit les allemands au village martyr de Portet, ce 3 juillet 1944.

Selon le commissaire du gouvernement, Henri et sa bande doivent écoper de peines allant de dix ans de prison à la peine de mort. Leurs avocats s’indignent, soulignant le jeune âge et l’immaturité de leurs clients imbéciles. Le verdict tombe : Henri, âgé de seize printemps, écope de vingt années de prison, tandis qu’Aldo sera guillotiné. Les deux autres sont acquittés. Fin de l’histoire ? Pas vraiment. En 1951, Aldo sauve sa tête grâce à une loi amnistiant les crimes commis pendant la guerre. Henri, le chef de meute, pensait avoir sauvé sa tête. Pourtant, le 1er mars 1946, alors qu’il purge sa peine, une main inconnue l’assassine derrière les barreaux. Par vengeance sans doute. Baptisé « la petite crapule Gestapette » par la presse de l’époque, Henri incarna, à sa façon, le personnage romanesque du salaud au visage d’ange. Un ange qui a semé la mort. En 1974, le cinéaste Louis Malle fait d’Henri le héros d’un film mémorable : "Lacombe Lucien"…