Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho

L'accueil réservé à Philippe Bidart à sa libération en 2007
L'accueil réservé à Philippe Bidart à sa libération en 2007 © Getty

Rivière Rouge / Épisode n°5 : Ni haine, ni regret (Affaire du double assassinat de Baïgorry)

Diffusion du vendredi 20 mars 2020 Durée : 2min

En Mars 1982, deux CRS sont exécutés par un commando d’inconnus. Selon les policiers, cet attentat porte la signature des activistes basques et de son chef, Philippe Bidart. Après sept ans de cavale, le suspect n°1 comparaît en justice. Nous sommes alors en 1992…

Après plusieurs années d’instruction judiciaire, les procès de Philippe Bidart et ses camarades de lutte s’ouvrent, à Paris, devant la cour d’assises spéciale. Face aux sept magistrats antiterroristes, Gaby Mouesca plaide non-coupable : « Iparretarrak n’a rien à voir avec l’attentat » de Baïgorry. A l’écouter, ce drame a jeté l’opprobre sur le mouvement abertzale et son chef historique. Comment expliquer les preuves qui les accablent ? Silence. A la barre, l’accusé Philippe Bidart apporte une nuance : « en 25 années de lutte, il y a eu deux affrontements fortuits avec les forces de l’ordre ». Le chef et ses camarades ont tout tenté pour les éviter, « en sachant que c’était inévitable ». Convaincu que l’État français s’emploie à « détruire l’identité basque », Bidart commence par enseigner au sein d’une ikastola. Révolté, l’ex-séminariste d’Ustaritz entre ensuite en guerre comme il faillit entrer en religion… en devenant prêtre.

Au Pays Basque, beaucoup se souviennent encore de cet évènement tragique…

Quatre décennies plus tard, le drame de Baïgorry a-t-il livré tous ses secrets ? Pas sûr. A la PJ, certains enquêteurs doutent encore. Iparretarrak n’avait aucun intérêt à faire couler le sang. Un détail pose question : pourquoi les trois assaillants portaient-ils des treillis militaires, des menottes et des chaînes ? Serait-ce plutôt une prise d’otage qui aurait mal tourné ? Nul ne saura jamais. Coupable aux yeux des Juges, Bidart est condamné à la prison à vie. Dix-neuf ans plus tard, l’enfant de Baïgorry obtient une libération conditionnelle pour bonne conduite. En 2007, il sort de prison. Sans rien renier de ses convictions. Sans rien regretter de ses combats passés. Clin d’œil de l’histoire : son village natal porte le nom de la Rivière Rouge. Rouge, comme le fer qui a longtemps marqué ce territoire frontalier. Rouge, comme le limon que la rivière charrie lors des grandes crues. Rouge comme le sang versé de ces deux CRS morts en service. C’était en mars 82...

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