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Qui est ce Denis Allet ?
Qui est ce Denis Allet ? © Getty

Attrape Gogos : Désillusions (Affaire C 21)

Diffusion du mardi 9 octobre 2018 Durée : 2min

A l’été 1995, un trentenaire natif de Salles-Mongiscard, près d’Orthez, annonce qu’il va installer une usine sur la commune d’Urrugne. A l’écouter, il s’apprêterait à fabriquer une pilule miraculeuse qui révolutionnerait la production des fruits et légumes. Qui est donc cet homme ?

Sur la côte Basque, Denis Allet fait figure de messie. Au volant de sa rutilante Bentley, le fringuant jeune homme, au visage de gendre idéal, affiche ostensiblement sa réussite professionnelle et son goût immodéré pour les montres de luxe et les œuvres d’art. Il se déplace en jet privé et ne rate jamais une occasion de se rendre à Cannes pour goûter les plaisirs de son yacht. A certains, il raconte qu’il est le « fils naturel » de l’ancien président Valéry Giscard D’Estaing. A d’autres, il confie appartenir à la richissime famille Bettencourt. Sa réussite semble si flamboyante que ses soutiens lui vouent un avenir en or : « avec Conserver 21, Denis Allet sera à l’agroalimentaire ce que Bill Gates est à l’informatique » ... Rien de moins. Peu connaissent son passé judiciaire. En effet, le jeune millionnaire est un ancien pensionnaire de la prison de Pau.

En cet automne 1995, les promesses fleurissent à foison sur la côte basque. Dès l’an prochain, la société « Conserver Invest » embauchera plus de 120 salariés. Une manne providentielle qui suscite une belle bouffée d’espoir parmi les demandeurs d’emploi. A Urrugne, le maire Daniel Poulou libère des terrains destinés à accueillir la future usine. Chez les industriels locaux, le projet paraît alléchant. Le puissant Nicolas Olano est même prêt à devenir actionnaire de la future entreprise. A la Sous-Préfecture, on travaille d’arrache-pied pour ficeler le dossier qui permettra le versement de substantielles aides de l’État. Denis Allet inspire d’autant plus confiance que l’ex-ministre Michèle Alliot-Marie soutient énergiquement le projet. En fin d’année, tout ce beau monde demande maintenant à voir. L’heure a sonné d’expérimenter le granulé baptisé C 21.

Les premiers tests sont réalisés dans les entrepôts de l’entreprise Olano à Saint-Jean-de-Luz. Malgré l’enthousiasme et la faconde du jeune PDG Denis Allet, les premières grimaces ne tardent pas à pointer. A la sortie des frigos, les fraises, tomates, courgettes, et autres côtelettes sont tout juste bonnes pour la poubelle. Hormis l’odeur, aucun de ces produits n’a résisté à l’usure du temps. Chacun se met à douter. Avant de valider le brevet, l’INRA et l’Institut Pasteur demandent, à leur tour, des expertises complémentaires. Leur demande restera lettre morte. Méfiant, l’industriel Basque Nicolas Olano demande à visiter l’unité de production installée près de Madrid. Nouvelle désillusion. L’usine n’existe pas ! Denis Allet avait pourtant montré sur photos une usine. Sauf qu’elle ne lui appartient pas. Jamais on n’y a fabriqué les fameux granulés. Le rêve vire au cauchemar...