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Devant le Conseil de Guerre...
Devant le Conseil de Guerre... © Getty

Au Malheur des Dames : A bas la Guerre ! (Affaire Les fusillés pour l’exemple)

Diffusion du mardi 6 novembre 2018 Durée : 3min

Dimanche 4 novembre, nous célébrerons l’armistice qui mettait fin à la Grande Guerre, il y a exactement un siècle. Du Pays Basque, des Landes et du Béarn, des milliers de jeunes garçons sont montés au front pour défendre leur patrie...

Ce 27 Mai 1917 est le dimanche de Pentecôte. Les soldats Basques et Béarnais du 18ème RI sont stationnés près de Villers-sur-Fère dans l’Aisne. On boit du vin à volonté dans les troquets du village. Il se murmure que ce soir, le régiment Palois va repartir au front. Aussitôt, la colère monte. Le Commandant de la garnison redoute le pire. « A bas la guerre, vive la révolution ! » entend on çà et là. Certains entonnent l’Internationale. Plusieurs bagarres éclatent. Des officiers sont bousculés. La révolte se transforme en mutinerie. Dans la nuit, ordre est donné de monter dans les camions pour partir au combat. Mais, vers minuit, 200 soldats manquent à l’appel. Un détachement de Gendarmerie rapplique aussitôt avec mission d’arrêter les mutins récalcitrants. A force de cris et de coups de feu, plusieurs dizaines d’entre eux finissent par rejoindre le rang. Au petit matin, la mutinerie est terminée. Pour 7 d’entre eux, la Guerre est maintenant terminée.

Pour l’armée, l’affront est majeur. La riposte sera donc symbolique, à la mesure de l’offense portée à l’autorité militaire. Selon le code de justice militaire, l’enquête est confiée au Sous-Lieutenant Pagès. En quelques jours, il doit identifier les instigateurs de la mutinerie afin que ces derniers passent devant le Conseil de Guerre. En quelques jours, l’enquêteur examine d’abord les plaintes des Officiers du bataillon. Puis, il enregistre les témoignages des soldats et des habitants du village qui ont assisté aux faits. Selon un officier, plusieurs des mutins auraient tiré des coups de fusil en l’air, menaçant ceux qui refusaient de les suivre, semant ainsi la zizanie et la panique parmi les soldats les plus faibles. Un témoin rapporte que les mutins étaient surexcités. Certains étaient ivres. Les témoins disaient-ils toute la vérité en accablant leurs collègues ? N’ont-ils pas chargé la mule pour éviter de finir fusillés au peloton d’exécution ?

7 soldats sont mis aux arrêts. L’armée les accuse officiellement de mutinerie. Un crime passible de la peine de mort en temps de guerre. Parmi eux, le Béarnais Jean-Louis Lasplacettes, le Landais Vincent Moulia, et les Basques Laurent Gabarain, Jean Olazabal, et Marc Oxoby. Ce dernier, « très pris de boisson aurait usé de son influence pour déterminer ses compatriotes basques » selon le rapport. Le Capitaine Labarthe accuse le soldat Lasplacettes d’avoir fait usage de son fusil en direction de ses camarades de section, « pour les empêcher de monter à bord des camions ». En 2 jours, l’enquêteur Pagès recueille des témoignages exclusivement à charge. Ici, point de circonstances atténuantes malgré les états de service, souvent brillants, des accusés. Une semaine plus tard, les 7 jeunes soldats sont traduits devant le Conseil de Guerre. 5 officiers font fonction de juges. Ou plus exactement de bourreaux...