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Pour qui sonne le glas ?
Pour qui sonne le glas ? © Getty

Au Malheur des Dames : Accusés, levez-vous ! (Affaire Les fusillés pour l’exemple)

Diffusion du mercredi 7 novembre 2018 Durée : 3min

Un siècle après la fin de la Grande Guerre, qui étaient donc les soldats Fusillés pour l’exemple ? Un matin de Juin 1917, 3 soldats du 18ème régiment d’Infanterie finissent sur le poteau d’exécution. En Béarn et au Pays Basque, certains se souviennent…

Jeudi 6 juin 1917, il est 6 h du matin. 12 jeunes soldats sont présentés au tribunal militaire présidé par le Colonel Ducrocq. Excepté le Caporal Moulia, natif de Nassiet dans les Landes, tous sont des soldats de 2nde classe enrôlés dans le 2ème bataillon du 18ème RI de Pau. Des sans grade venus de leurs campagnes où ils étaient paysans ou ouvriers avant l’ordre de mobilisation générale. Parce qu’ils risquent leur tête, un avocat est commis d’office pour assurer leur défense. Un avocat, ou plus exactement, un étudiant en droit… « Accusé Moulia, qu’avez-vous à déclarer ? » demande le Président. Cultivateur à Nassiet dans les Landes, le jeune Vincent nie être l’instigateur de l’émeute du 27 mai 1917. Il a suivi la colonne des mutins car il était ivre de boisson. Rien de plus. Pour se racheter, il offre de remonter au front, en première ligne. Insensible à ces regrets tardifs, l’accusation réclame qu’il soit fusillé, pour l’exemple… 

Au tour du Soldat Lasplacettes, cultivateur à Aydius en Béarn. Lui confesse aussi qu’il était ivre. Certes, il avait bien un fusil entre les mains lorsque la mutinerie éclate. Mais il dit ne se souvenir de rien… Autre accusé, le Soldat Jean Olazabal, menuisier à Behobie. Lui admet avoir participé à la révolte. Ivre, lui aussi, il affirme avoir suivi les mutins. Monté au front depuis 10 jours, il n’a pas l’étoffe du meneur. Vient ensuite le Luzien Laurent Gabarain, cocher dans le civil. Certes, il a bien regardé les manifestants depuis un café du village de Villers-sur-Fère. Mais, il était si ivre qu’il est allé ensuite « s’endormir sous un pommier » … Une fois l’audience terminée, le tribunal militaire se retire pour délibérer. Il doit répondre à plusieurs questions : les accusés ont-ils désobéi à leurs supérieurs en refusant de rejoindre leur cantonnement ? Ont-ils agi de concert ? Sont-ils les instigateurs de cette mutinerie ? 

Après un court délibéré, le tribunal rend son verdict. Les 12 accusés sont tous déclarés coupables de participation à la révolte. Moulia et Lasplacettes sont désignés comme les instigateurs tandis que les soldats Basques Olazabal et Gabarain obtiennent le bénéfice des circonstances atténuantes. A l’unanimité, le tribunal condamne Moulia, Lasplacettes et 3 autres soldats à la peine de mort. Plus chanceux, le Luzien Gabarain écope de 5 ans de travaux forcés tandis qu’Olazabal purgera un an de prison. Peu importe la faiblesse des preuves. Pour l’exemple, le tribunal va éteindre l’incendie des mutineries en passant les meneurs par les armes, au peloton d’exécution. Peu importe le droit militaire. Le Président du tribunal militaire glisse cette phrase : « Au point où nous en sommes, quelques hommes de plus ou de moins ne comptent plus ». Tribunal, vous avez dit tribunal ou antichambre de la mort ?...