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"Soldat Lasplacettes, mort pour la Patrie !"
"Soldat Lasplacettes, mort pour la Patrie !" © Getty

Au Malheur des Dames : Combat d’Honneur (Affaire Les Fusillés pour l’Exemple)

Diffusion du vendredi 9 novembre 2018 Durée : 3min

Dimanche prochain, nous nous souviendrons de l’armistice de 1918 qui mettait fin à la boucherie de la Grande Guerre. Un jeune soldat béarnais né à Aydius a vu son nom associé à l’une des cruelles injustices de la Grande Guerre...

Au matin du 12 juin 1917, le soldat Jean-Louis Lasplacettes est exécuté dans un pré, face au cimetière communal de Maizy, dans l’Aisne. Comble de l’horreur : ce sont ses camarades de régiment qui ont composé le piquet d’exécution et ouvert le feu. Inhumés aussitôt, une plaque noire rend hommage aux 3 suppliciés. Un an plus tôt, ses chefs couvraient Lasplacettes d’éloge : « excellent soldat depuis le début de la campagne, toujours volontaire pour des missions périlleuses » lit-on sur ses états de service. A Aydius, au milieu des montagnes de la vallée d’Aspe, une plaque de marbre blanc décore la façade de la mairie du village. 24 noms y sont gravés en lettres d’or. Curieusement, celui de Jean-Louis Lasplacettes a été « oublié ». Martine, l’une de ses descendantes, revient vivre au village en 1989. Ce détail l’intrigue d’autant plus que le nom figure en revanche sur une plaque de marbre noir accrochée au pilier de l’église.

Depuis l’enfance, une question tourmente Martine : « Mamie, il est mort comment, Jean-Louis, à la Guerre ? ». En posant la question, elle voit Joséphine baisser les yeux et serrer les lèvres, plongée dans un embarras indicible. Pourquoi diable le nom de Lasplacettes est-il omis du monument aux morts du village ? Etienne, un ancien berger, lui glisse un début de réponse : « un jour, il avait trop bu. Avec d’autres, il s’est révolté. Il a refusé de partir au front. Il a été tué. Fusillé par les Français. Tu comprends ? ». Sonnée, Martine se jure de laver l’honneur sali de son aïeul mort à Verdun. Après tout, Jean-Louis a vaillamment combattu pour son pays. De quel crime est-il coupable pour mériter la peine de mort et le déshonneur ? Dès 1992, la jeune femme engage un véritable travail de mémoire. Elle plonge dans les archives militaires, acte de décès, photos jaunies, et autres témoignages, pour comprendre l’indicible et réhabiliter ce mort fantôme.

Entre 2004 et 2008, Martine remue ciel et terre pour dénoncer l’injustice qu’ont subi ces soldats de la grande guerre, fusillés pour l’exemple. Alertant des historiens, le Préfet, et l’administration des anciens combattants, Martine exhume enfin une archive perdue datant de 1917. L’année de son exécution, le Ministre de la Guerre y présentait par écrit ses condoléances à la famille. Mieux, Lasplacettes y était déclaré comme « Mort pour la France, tué à l’ennemi ». L’honneur du soldat supplicié est enfin réhabilité. Un soir de mars 2009, le conseil municipal d’Aydius vote -à l’unanimité- une résolution qui fait date : le nom de Jean-Louis Lasplacettes sera gravé en lettres d’or sur le monument aux morts du village ! Ce 17 mai 2009, 92 ans plus tard, « au soldat Lasplacettes, mort pour la France, la patrie est enfin reconnaissante ». Fière, Martine a gagné son combat en rétablissant l’honneur perdu de cet homme, longtemps oublié de la Patrie...