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Affaires classées

"Réhabilitez Vincent Moulia !"
"Réhabilitez Vincent Moulia !" © Getty

Au Malheur des Dames : Opération Survie (Affaire Les fusillés pour l’exemple)

Diffusion du jeudi 8 novembre 2018 Durée : 3min

Dimanche 11 novembre prochain, nous nous souviendrons de l’armistice de 1918 qui mettait fin à la boucherie de la Grande Guerre. "Affaires Classées" revient sur l'histoire de 2 jeunes soldats landais et béarnais qui vont vivre l’un des tragiques épisodes pourtant méconnus de ce conflit…

Les 5 condamnés à mort échapperont ils au poteau d’exécution ? 4 jours plus tard, le Président Raymond Poincaré refuse de leur accorder sa grâce. Demain matin, à l’heure du coq, ils seront passés par les armes de leurs camarades de régiment. En attendant, ils passent leur dernière nuit, enfermés dans le silo à maïs d’une ferme du village de Maizy dans l’Aisne. Dans la nuit, un bombardement ennemi explose dans la cour de la ferme. Le gendarme, qui fait office de geôlier, est abasourdi. Le Landais Vincent Moulia tente le coup du désespoir. Il s’évade par la trappe du toit s’enfuit en courant, pieds nus, à travers champs. 2 heures plus tard, planqué dans un buisson, le jeune miraculé entend plusieurs détonations. Ses 3 camarades sont morts. Fusillés par leurs collègues de régiment. Pour l’exemple. Sans le moindre sou en poche, sans la moindre ration alimentaire, Moulia entame une cavale rocambolesque qui le conduit à Paris.

A Paris, Moulia espérait bien l’aide d’une de ses tantes, concierge d’immeuble. La dame refuse de l’accueillir. Tant pis. Moulia en a vu d’autres. Échappant à la Gendarmerie, il regagne son village natal dans les Landes. Surnommé « Robinson de Nassiet », le fugitif se planque dans les bois, aidé par sa famille et Berthe, sa fiancée. L’armistice de 1918 sonne. Mais sa condamnation à mort subsiste. Craignant d’être dénoncé, Vincent Moulia file à Pampelune. Il y séjournera 15 années. Vaillant, habile de ses mains, il devient charpentier. Berthe, sa fiancée, l’y rejoint. L’Abbé Verdier, curé de son village Landais natal, franchit -lui aussi- la Bidassoa pour unir les deux amants en mariage. En France, malgré l’armistice de 1918, il lui faut patienter 15 longues années. Le 13 juillet 1933, l’amnistie est -enfin- accordée aux ex-mutins de la grande guerre. Juillet 1936, « Pilou » revient au village avec femme et enfants, définitivement.

Vincent Moulia a échappé à la mort au prix d’une évasion qui doit tout à son audace. Mais, amnistier ne signifie pas réhabiliter. Aux yeux de l’armée, l’ex-caporal Moulia a perdu ses décorations et son droit à pension. Officiellement, l’ex caporal Moulia a été rayé des cadres le 8 juin 1917, date de son arrestation. Oublié ses actes de bravoure. Commence alors un extraordinaire combat médiatique pour rétablir l’honneur du vaillant poilu. Dès 1970, plusieurs articles de presse dénoncent le scandale de ces fusillés pour l’exemple. Un soir de 1979, l’historien Alain Decaux se fait l’avocat de Vincent Moulia sur un plateau télévisé. Il lance cette supplique aux autorités : « Réhabilitez Vincent Moulia, rendez-lui sa croix de guerre ! ». Novembre 1979, l’ex-poilu retrouve sa décoration et son honneur. Vincent Moulia aura survécu 67 années. Il s’est éteint à Orthez à 96 ans, le 28 décembre 1984, la fête des Saints Innocents...