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Justice sera-t-elle rendue ?
Justice sera-t-elle rendue ? © Getty

Feu au Poste : Impasse (Affaire Incendie Poste Ronsard)

Diffusion du vendredi 5 octobre 2018 Durée : 2min

Septembre 2003, une dizaine d’individus cagoulés incendiaient un poste de police situé en périphérie de Pau. 3 mois plus tard, les limiers Bayonnais et Palois de la PJ interpellaient 8 suspects. L’enquête semble en passe d’aboutir...

Au matin du 13 janvier 2004, 8 jeunes garçons sont interpellés et placés en garde à vue. Entendus séparément aux commissariats de Pau et Bayonne, tous nient en chœur. « Que faisiez-vous à l’heure des faits ? » questionnent les enquêteurs. Hicham déjeunait en famille. Farid affirme qu’il fumait un joint au pied d’une tour. Mouloud et Hakim prenaient le soleil à la terrasse d’un café du centre-ville tandis que Youssef et Mohamed se faisaient couper les cheveux dans un salon de coiffure. Les policiers vérifient méthodiquement les alibis. Certains s’effritent. De bonne foi, à cause du temps écoulé, ou bien car ils auraient menti ? Un seul d’entre eux a un solide alibi : Smail, un jeune Algérien sans papiers, était contrôlé dans un train circulant entre Paris et Lille. N’ayant pas acquitté son billet, il écopait d’une amende. Mais une amende qui lui évitera les assises.

A l’issue de leur garde à vue, les 7 suspects sont mis en examen pour tentative de meurtre sur agents de la force publique. Circonstance aggravante, ils ont agi en bande organisée et à l’aide d’une substance incendiaire. Connus de la justice pour des délits divers, tous sont âgés d’une vingtaine d’années. Le soir même, ils sont envoyés en prison. 20 mois plus tard, leur procès s’ouvre aux assises de Pau. Dans la rue, la tension monte. Une centaine de policiers défilent en solidarité avec leur 3 collègues. Sécurisé par une compagnie de CRS, le palais de justice est en état de siège. Redoutant l’émoi de ce drame, les avocats de la défense ont pris soin de récuser les jurés Béarnais au profit de 9 jurés venant de la côte basque. A eux maintenant de faire le tri entre des témoignages contradictoires, des alibis mensongers et une absence totale de preuves matérielles.

A l’audience, l’enquête vole en éclats : Fouad, l’unique témoin à charge, fait volte-face.  Il reconnaît avoir menti en désignant les 8 jeunes suspects. Pourquoi ? Parce que les policiers « lui auraient mis la pression ». Face à ce curieux accusateur, il n’y a ni trace ADN, ni empreintes. A l’heure des réquisitions, le dossier devient aussi solide qu’un château de cartes. Contre chacun des accusés, l’avocat général réclame pourtant de 6 à 12 années de réclusion criminelle. Le procès vire au naufrage judiciaire. A l’issue d’un long délibéré, la Cour rend son verdict : au bénéfice du doute, les accusés sont tous acquittés. Dignes jusqu’au bout, les 3 gardiens de la paix du Poste Ronsard assistent sans broncher à ce désastre. Jamais ils ne mettront un nom sur les visages cagoulés qui ont bien failli les tuer, un samedi de septembre 2003. Jamais justice ne leur a été rendue...