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Incendie
Incendie © Getty

Flammes. Épisode n°4 : Enquête de Vérité.

Diffusion du jeudi 7 février 2019 Durée : 3min

Mardi 10 février 2000, un feu pastoral sauvage va endeuiller la montagne Pyrénéenne. Thierry Sagardoytho nous raconte l’enquête judiciaire qui s’ouvre aussitôt après le drame montagnard survenu sur les sommets du petit village d’Esterencuby, en pays de Cize.

Lorsque les Gendarmes de la Compagnie de Mauleon arrivent sur place, ce qu’ils découvrent est proprement insoutenable : les corps calcinés des 7 malheureux randonneurs gisent au sol. L’enquête judiciaire commence : cherchant le moindre indice, les Gendarmes ramassent soigneusement tous les objets appartenant aux victimes (chaussures, clefs, portable). Ils sont éparpillés sur plus de 80 mètres de long. Un détail qui donne une idée de l’enfer qu’ils ont vécu au milieu des flammes. Au Parquet de Bayonne, le Substitut Valérie Bourzai annonce la couleur : le ou les auteurs de cet écobuage mortel seront traduits devant la Justice. Pourtant, personne ne s’est dénoncé spontanément. Les Gendarmes lancent donc un appel à témoin. Un groupe de randonneurs qui circulait près de là livre une précision capitale : un homme d’une trentaine d’années a été aperçu en train d’allumer un feu. Les enquêteurs tiennent un suspect.

Une question est sur toutes les lèvres : qui a allumé le feu ? Dans la vallée, certains ont bien une petite idée… mais de là à livrer un nom ! 1er constat : l’écobuage était totalement illégal : aucune demande d’autorisation n’avait été déposée à la Mairie du village. Le Maire, Francis Larramendy, parlent de fatalité. La thèse de la fatalité ne convainc guère les gendarmes qui mettent les bouchées doubles. A force de recouper divers témoignages, ils finissent par interpeller Philippe et Clément, 2 cousins habitant Arneguy. Le plus âgé des 2 y possède un troupeau de 600 brebis. Placés en garde à vue, ils finissent par admettre que c’est bien eux qui ont allumé le feu de montagne qui a tué et blessé le groupe de randonneurs bayonnais. Pour cette imprudence criminelle, ils sont mis en examen pour homicides et blessures volontaires et écroués le soir même.

Janvier 2002, 2 ans ont passé depuis le drame d’Esterencuby. L’écobuage tue à nouveau, en Soule : un agriculteur âgé de 70 ans, habitant le village de Lacarry, meurt sur les hauteurs du col d’Ahusquy. Cette fois, pourtant, la procédure réglementaire a été suivie à la lettre : une demande d’autorisation d’écobuage avait été déposée en bonne et due forme auprès de la Préfecture de Pau. Des volontaires étaient présents pour encadrer la progression du feu. Mais, la nature a ses secrets. Elle sait être plus forte que les hommes : au mépris de toutes les prévisions, le vent s’est subitement levé, encerclant le vieil homme qui n’a pu s’extraire de son piège mortel. Certes, la réglementation est aujourd’hui plus tatillonne. Certes, des commissions d’écobuage, constituées d’élus, de bergers, et de pompiers, ont été constituées. A mots couverts, certains cachent mal leur ras le bol. Sur les sommets basques, les écobuages brûlent encore.