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Ecobuages
Ecobuages © Getty

Flammes. Épisode n°5 : Procès.

Diffusion du vendredi 8 février 2019 Durée : 3min

2 ans après l’incendie mortel sur les sommets du village d’Esterencuby, le jeudi 10 février 2000, le procès des 2 incendiaires s’ouvre enfin. Thierry Sagardoytho nous raconte l’audience qui débute au Palais de Justice de Bayonne.

Lundi 13 mai 2002, il y a foule au palais de justice de BAYONNE. Le Procès du drame d’Esterencuby est une première judiciaire. 2 hommes s’avancent à la barre : Clément Montezin, 23 ans, cuisinier de profession, et Philippe Suquia, 36 ans, berger de profession. Les 2 garçons habitent le village frontalier d’Arneguy. Face à 70 parties civiles, ils répondent d’homicides et de blessures involontaires pour cette faute d’imprudence majeure. Les 2 hommes plaident coupables. Mais le berger défend l’écobuage avec ferveur. 

Choqué, l’un des survivants l’observe : Robert, lourdement handicapé, montre à tous ses mains et son visage. Avec pudeur, il raconte aux magistrats ces souvenirs qui le hantent autant que les hurlements de ses 5 camarades.

Tradition contre modernité ? Au nom du Parquet, le Substitut Isabelle Rich balaie l’argument. Aux 2 prévenus qui plaident que « c’est la faute à pas de chance », le Procureur leur rétorque qu’ils ont accumulé tous les ingrédients du désastre : un écobuage non déclaré, un manque total de repérage sur le site, et une absence criante d’encadrement du feu pastoral. Parce que les faits sont d’une exceptionnelle gravité, elle requiert 3 ans de prison, dont 6 mois fermes. En défense, leur avocat, Me Tournaire, plaide, bien maladroitement qu’il s’agit, selon lui, « il s’agit d’une extraordinaire coïncidence entre l’allumage du feu et l’arrivée des 8 randonneurs ». Au fond de la salle, une poignée de bergers basques et béarnais écoutent attentivement l’audience. Au nom de la tradition ancestrale, ils espèrent que leurs 2 camarades seront relaxés. Le mal est fait : en souvenir, une pierre gravée dans la montagne rend hommage aux 8 victimes.

Mardi 18 juin 2002, le Tribunal Correctionnel de Bayonne vide son délibéré. Clément et Philippe sont déclarés coupables. Ils écopent de la même peine : 3 ans de prison, dont 6 mois fermes ; le reste est assorti d’un sursis. Les 2 garçons sont soulagés. Au terme de ce marathon judiciaire, ils regagnent librement leur village d’Arneguy. Plusieurs victimes peinent à cacher leur amertume à la sortie du Palais de justice.

Ce procès, unique en son genre, suscite d’autres réflexions : l’écobuage date de la nuit des temps. Il est un mal nécessaire que l’on peut sans doute mieux encadrer. Mais, aucun dispositif, si perfectionné soit-il, ne préviendra contre un tel drame humain. En montagne, l’ours et le randonneur sont deux espèces que certains bergers verraient disparaître d’un bon œil. 

Décidément, la cohabitation est un art difficile.