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L'argent des autres
L'argent des autres © Getty

L’argent des Autres. Épisode n°4 : Maître Jean.

Diffusion du jeudi 11 avril 2019 Durée : 2min

A l’hiver 1980, un scandale judiciaire fait la Une de l’actualité. Un Notaire de campagne installé dans la plaine de Nay est interpellé et envoyé derrière les barreaux. Durant plus de 20 années, jouant avec l’argent de sa clientèle, il a creusé un trou abyssal de plus de 3 millions de francs.

Face au Juge d’instruction, Jean de Canet passe aux aveux, comme s’il s’expliquait sur le divan du Dr Freud. L’étudiant brillant caresse le rêve de devenir Juge. Hélas, cette vocation est vite contrariée par le décès prématuré d’Édouard, son père, notaire à Bruges depuis 1902. Jean de Canet lui succède précipitamment. A contrecœur. 

Certes, le contact avec la clientèle rurale de l’étude lui plaît bien. Mais, le métier lui déplaît au plus haut point. Trop fastidieux. Trop rond de cuir. Le jeune notaire se lance alors dans des opérations spéculatives risquées. Elles vont le conduire à sa ruine.

Au détour de son interrogatoire, le notaire de Bruges lâche une curieuse explication. A l’entendre, tout cela est dû… à la fatalité ! Selon lui, cette étude de campagne serait… maudite. Au 19ème siècle, le titulaire de l’étude avait fini sa carrière en prison. Déjà… 

Malédiction encore : en 1899, son lointain prédécesseur s’était même pendu dans son bureau. Me de Canet avait pourtant toute sa tête lorsqu’il maquillait ses opérations financières scabreuses en piochant à volonté dans les fonds de sa clientèle. Lorsqu’un particulier vend ou achète un immeuble, le prix de la transaction passe obligatoirement par l’étude du notaire. Une occasion en or de se refaire une santé financière en jouant avec l’argent des autres.

Devenu orfèvre dans l’art du maquillage comptable, Jean de Canet tardait à remettre les fonds déposés en son étude. Et pour cause. Remboursant ses anciens clients avec l’argent des nouveaux, le notaire de BRUGES pratiquait aussi l’art de la spéculation hasardeuse, empruntant légalement de l’argent à certains de ses clients qu’il remboursait avec l’argent des suivants. Que faisait-il donc de cet argent ? Mystère. En apparence, Me de Canet vivotait davantage qu’il ne dépensait. Sa propriété agricole familiale semble plutôt modeste. Reste que l’addition des sommes détournées durant 27 longues années affiche un total effarant : 280 millions de centimes. Une somme astronomique que le respectable notaire espérait rembourser, un jour, en gagnant au Loto.