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Cannelle, dernier ours brun femme des Pyrénées
Cannelle, dernier ours brun femme des Pyrénées © Maxppp -

La Mort de l’Ourse Cannelle : épisode 1

Diffusion du lundi 29 octobre 2018 Durée : 3min

1er novembre 2004, un chasseur Béarnais tire accidentellement sur l’ourse Cannelle. De la vallée d’Aspe au conseil des ministres du palais de l’Elysée, le fait divers enflamme les esprits et déchaîne les passions. Retour sur un drame écologique et une affaire judiciaire hors du commun...

Mardi 2 novembre 2004, un titre domine l’actualité : France Bleu et toute la presse ouvrent leurs journaux du matin sur une triste nouvelle : « Cannelle, la dernière ourse femelle de souche Pyrénéenne a été abattue la veille, lundi de Toussaint, par un chasseur de la Vallée d’Aspe ». La nouvelle se répand à travers le pays comme une traînée de poudre. L’affaire émeut les consciences. Comme si chacun découvrait soudainement que l’Ours des Pyrénées est une espèce protégée mais surtout, un animal en voie de disparition. Le surlendemain, le Président de la république Jacques Chirac déplore, en plein conseil des ministres, « une perte grave pour la France et pour l’Europe ». C’est alors le début d’une retentissante affaire judiciaire dont la Présidente du Tribunal Correctionnel de Pau, Frédérique Loubet-Porterie confessera, quelques années plus tard : « en plus de 20 ans de magistrature, je n’ai jamais vu un tel déchaînement de haine, même pour des crimes commis sur des enfants ». On l’a compris, pour le parquet de Pau, en ce lundi de Toussaint 2004, c’est une enquête judiciaire ultra-sensible qui débute. Elle durera 3 ans.

Une image domine l’actualité : celle d’un hélicoptère de la gendarmerie nationale qui hélitreuille, à l’aide d’un filet, la dépouille de Cannelle pour la conduire à l’Ecole Vétérinaire de Toulouse où elle sera autopsiée. Et chacun de prendre soudainement conscience, par cette image terrible, qu’une part du patrimoine écologique européen s’est subitement éteint. La victime ? Elle se prénomme Cannelle ; 1,70 m debout, 95 kilos, c’est un ours femelle, le dernier représentant de la race locale, un fier plantigrade béarnais non importé de Slovénie. L’ourse Cannelle est aussi la mère d’un petit ourson prénommé plus tard Cannellito, en hommage à la disparition de sa mère.

Un homme vit le calvaire : René Marqueze, jeune retraité de 61 ans, né à Urdos, il est l’auteur du tir qui a tué l’Ourse Cannelle. L’homme n’a vraiment rien du "viandard". Chasseur sans histoire depuis toujours, ancien Président de l’ACCA d’Urdos durant de nombreuses années, il est amoureux de cette Vallée d’Aspe qui l’a vu naître, il s’y promène souvent avec ses amis chasseurs. Ce lundi de Toussaint, il participe à une battue aux sangliers au-dessus du village d’Urdos, en bas du Rouglan. Ses 5 camarades et lui-même, tous chasseurs chevronnés, choisissent donc de partir sereinement traquer le sanglier, certains de ne pas y croiser Cannelle et son ourson. Pourtant, la rumeur circule depuis le 30 octobre, soit 2 jours auparavant, que des traces fraîches de l’ourse Cannelle et son ourson ont été repérées dans le secteur du Col du Couret nommé « le Pas de l’Ours ». « Impossible » pensent les 6 hommes. De mémoire d’ancien dit-il, jamais aucun ours n’a été vu dans les bois du Rouglan, entre Urdos et le Col du Bendous. Et pourtant… Le drame survint. Vers 17h30, les gendarmes sont alertés par René Marqueze et ses camarades. Très rapidement, la dépouille de Cannelle est découverte en contrebas. Oui, ce lundi de Toussaint 2004, les Montagnes Pyrénéennes sont en deuil...