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Une affaire qui déchaîne les passions...
Une affaire qui déchaîne les passions... © Getty

La Mort de l’Ourse Cannelle : Épisode 3

Diffusion du mercredi 31 octobre 2018 Durée : 3min

1er novembre 2004, un chasseur Béarnais tire accidentellement sur l’ourse Cannelle. De la vallée d’Aspe au conseil des ministres du palais de l’Elysée, le fait divers enflamme les esprits et déchaîne les passions. Retour sur un drame écologique et une affaire judiciaire hors du commun...

L’enquête est confiée aux gendarmes de la Brigade Recherches d’Oloron-Sainte-Marie. Pour le parquet de Pau, l’affaire est juridiquement et politiquement sensible, elle sera suivie de très près par la Chancellerie, Place Vendôme à Paris. Un juge d’instruction palois sera nommé pour enquêter. Techniquement, l’affaire est simple. L’auteur du tir est identifié, il s’est dénoncé immédiatement auprès de la gendarmerie. Judiciairement, le parquet a pris toutes les précautions. Autopsie de l’animal tout d’abord : un professeur de l’école vétérinaire de Toulouse  examine la dépouille de Cannelle. Expertise balistique ensuite : comme dans un dossier de meurtre, un expert en arme à feu passe l’arme au peigne fin et donne son avis sur la trajectoire du tir mortel. Les experts sont unanimes : René Marqueze n’a rien caché. Il a même dit toute la vérité sur les circonstances du tir. Pas une zone d’ombre n’entache son récit des faits.

Mardi 7 décembre 2004 au matin, le juge d’instruction palois Jean-Luc Puyo met René Marqueze en examen pour le délit de destruction d’espèce protégée, mais il le laisse libre à l’issue de son audition. Les marches du palais de justice de Pau sont noires de photographes et de caméras. L’évènement est hautement médiatisé. Mais René Marqueze refuse toute déclaration à la presse. Depuis le drame, il reçoit des lettres de menaces anonymes, l’opinion publique est chauffée à blanc, il choisit pudiquement de se taire et réserve au juge d’instruction ses explications. 

René Marqueze invoque ce que l’on appelle l’État de Nécessité. Autrement dit : la Légitime Défense. Certes, il reconnaît avoir ouvert le feu, mais explique ce geste par la seule nécessité de repousser l’ourse qui l’aurait, sans cela, fait tomber dans le vide. Rappelons qu’au moment du drame, le chasseur est seul, sur un chemin escarpé, très pentu, dans un milieu naturel hostile, lorsque l’ourse déboule par surprise du sommet dans sa direction, en le chargeant. Notons aussi que les gendarmes sont allés sur le site et ont vérifié minutieusement tous les dires de René Marqueze. Une reconstitution, d’habitude réservée aux affaires criminelles de meurtres, sera même organisée un an plus tard sur les hauteurs d’Urdos, le 8 novembre 2005. Hélicoptère, experts, enquêteurs, la justice paloise ne néglige absolument rien pour instruire ce dossier. Tout a été vérifié, revérifié. Au bout de deux années d’enquête exhaustive, le juge d’instruction se résout à l’évidence : René Marqueze n’est pas un viandard au cœur sec. L’enquête le démontre : le chasseur a fait feu pour préserver sa vie ; l’endroit était extrêmement escarpé, voire dangereux... Le juge d’instruction estime que René Marqueze, profondément bouleversé par son geste fatal, n’avait d’autre choix pour préserver sa vie. Le 18 janvier 2007, au grand dam des associations de protection de la nature, le juge d’instruction signe une ordonnance de non-lieu. Pour lui, René Marqueze ne peut être jugé en correctionnelle. Mais les parties civiles ne sont pas de cet avis, et l’affaire connaîtra alors de bien curieux rebondissements…