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Un procès sous haute tension...
Un procès sous haute tension... © Getty

La Mort de l’Ourse Cannelle : Épisode 4

Diffusion du jeudi 1 novembre 2018 Durée : 3min

1er novembre 2004, un chasseur Béarnais tire accidentellement sur l’ourse Cannelle. De la vallée d’Aspe au conseil des ministres du palais de l’Elysée, le fait divers enflamme les esprits et déchaîne les passions. Retour sur un drame écologique et une affaire judiciaire hors du commun...

Le 18 janvier 2007, coup de théâtre : le juge d’instruction palois Jean-Luc Puyo rend un non-lieu. Selon le magistrat, René Marqueze était dans un « état de nécessité » au moment où il a fait feu; il n’y avait donc pas d’infraction pénale. Or, coup de théâtre, 3 mois plus tard, la cour d’appel de Pau désavoue le juge d’instruction. Elle estime au contraire qu’un procès en correctionnelle doit avoir lieu. Selon la Cour, Marqueze et ses camarades savaient la présence de l’ourse Cannelle dans le secteur. Ils ont donc pris sciemment un risque de la croiser. René Marqueze croyait en avoir fini judiciairement. Il n’en sera rien. Le calvaire continue…

Clin d’œil de l’histoire : pour accueillir le public et la presse venus en nombre, le procès correctionnel se déroule dans la salle de la Cour d’Assises habituellement réservée aux procès criminels. Le procès dure 3 jours ; à la barre, des experts, des témoins défilent. Comme si l’on jugeait un meurtre. Certaines Associations écologistes décrivent René Marqueze comme un viandard au cœur sec. Ce qu’il n’est pas. Sans surprise, le Procureur Éric Maurel requiert la relaxe du prévenu. Pour lui, malgré le gâchis écologique de cette disparition de l’ourse Cannelle, René Marqueze n’avait d’autre alternative que de faire usage de son arme pour préserver sa vie.

Le salut de René Marqueze viendra paradoxalement d’un éminent naturaliste Français, dont l’avis fait autorité sur le sujet des ours : Jean-Jacques Camarra est cité comme expert devant le tribunal. Il rappelle que l’ours est un animal sauvage dont les réactions peuvent être imprévisibles lorsqu’il est confronté à des situations particulières. Le comportement des femelles devient agressif lorsqu’elles sentent un danger potentiel pour leur progéniture (présence proche d’hommes ou de chiens). M. Camarra livre un souvenir personnel : un jour, il crut sa dernière heure arrivée lorsqu’il se retrouva inopinément entre une ourse et son ourson. Il ne dut son salut qu’à sa connaissance parfaite de l’espèce : il « fit le mort » en attendant que la femelle se retire. Et M. Camarra de livrer 2 phrases cinglantes : « seul celui qui s’est retrouvé face à l’ours peut en parler ; l’ours peut être impressionnant lorsqu’il gonfle son poil et grogne » ; et il conclut « une charge d’ours, c’est comme une voiture qui vous fonce dessus ». Que dire après ça ?

Le tribunal relaxe René Marqueze le 21 avril 2008. En 27 pages, longuement argumentées, le tribunal retient l’état de nécessité : « pour une personne non avertie, écrit le juge, la confrontation avec une ourse demeure un événement que nul ne saurait commenter dès lors qu’il n’y a jamais été confronté». Et la Présidente Frédérique Loubet tacle certaines parties civiles écologistes en écrivant : «rien ne prévalant à la survie de la vie humaine, René Marqueze était bien confronté à un danger majeur pour sa personne, il a riposté pour préserver un intérêt supérieur, sa propre survie ». Fin du procès pénal. René Marqueze est définitivement blanchi de l’accusation pénale...