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Fin d'une enquête qui aura choqué la France...
Fin d'une enquête qui aura choqué la France... © Getty

La Mort de l’Ourse Cannelle : Épisode 5

Diffusion du vendredi 2 novembre 2018 Durée : 2min

1er novembre 2004, un chasseur Béarnais tire accidentellement sur l’ourse Cannelle. De la vallée d’Aspe au conseil des ministres du palais de l’Elysée, le fait divers enflamme les esprits et déchaîne les passions. Retour sur un drame écologique et une affaire judiciaire hors du commun...

La Présidente du Tribunal Correctionnel de Pau, Frédérique Loubet-Porterie confessera, le 12 mars 2008, « qu’en plus de 20 ans de magistrature, elle n’avait jamais vu un tel déchaînement de haine, même pour des crimes commis sur des enfants ». Cette réflexion illustre justement l’hystérie collective rare que cette affaire judiciaire a déclenchée : de nombreuses lettres de menaces de mort postées anonymement au domicile du chasseur, des traces de pattes d’ours peintes à la main sur les routes de la Vallée d’Aspe, des portraits de Cannelle apposés sur des affiches publicitaires de grandes surfaces montrant des jouets en peluche, quelques semaines avant Noël 2004… Songez que le juge d’instruction recevra même de nombreux courriers anonymes qu’il classera soigneusement dans une chemise de plus de 30 cm d’épaisseur. Parmi elles, une citoyenne écrit anonymement ses craintes sur la façon dont l’ourson pourra passer le Noël 2004 sans sa maman… C’est dire !

Pas moins de 21 associations, de notoriété parfois très inégale, se constituent partie civile. Leur but : s’emparer du fait-divers pour interpeller les consciences et occuper le prétoire du Tribunal Correctionnel pour dénoncer l’incurie des pouvoirs publics qu’elles accusent de laxisme dans l’organisation de la coexistence entre l’homme et l’animal. Quand bien même René Marqueze est définitivement relaxé du délit de destruction volontaire d’espèce protégée, ces mêmes associations quémandent des dommages et intérêts devant les juridictions civiles qu’elles finissent par obtenir, deux ans plus tard. Mais l’enjeu majeur n’était pas là.

La mort de Cannelle a provoqué une extraordinaire vague d’indignation en France et en Europe, relayée d’ailleurs par le Président Jacques Chirac en plein conseil des ministres. Ce fait-divers a incité le gouvernement à mettre en place un plan de renforcement de la population d’ours bruns avec l’introduction de plantigrades slovènes. Depuis, la dépouille de Cannelle a été naturalisée et déposée au muséum d’histoire naturelle de Toulouse. Son ourson, Cannellito, donne régulièrement de ses nouvelles à ceux qui l’observent, d’un côté ou de l’autre des sommets Pyrénéens. Mais au-delà du drame, onze ans plus tard, une fois la vague d’indignation passée, une fois les querelles intestines apaisées, qu’est-ce qui a fondamentalement changé depuis ce 1er novembre 2004? Qui peut garantir que l’ours est à l’abri d’une rencontre fortuite avec un randonneur ou un chasseur? Jean-Jacques Camarra le rappelait : « l’ours est un animal sauvage, il n’est pas un animal en peluche ». Et concluons par une évidence : préserver le patrimoine écologique de ces montagnes, c’est aussi tenir l’homme à bonne distance...