Société

Affaires classées

Tout commence par un banal accrochage.
Tout commence par un banal accrochage. © Getty

Mission très Spéciale. Épisode n°1 : Accrochage.

Diffusion du lundi 28 janvier 2019 Durée : 3min

« Mission très Spéciale », Thierry Sagardoytho nous ramène au début des années 80, du côté d’Hendaye où un banal accrochage routier va déclencher une embrouille diplomatique entre Paris et Madrid.

Mardi 18 octobre 1983, il est 20h. La nuit est calme dans les hauteurs du centre-ville d’Hendaye. Un véhicule suit discrètement un cyclomoteur circulant sur la route de l’Empereur. Soudain, le véhicule accélère. Il percute le deux-roues. A priori, c’est un banal accident de la circulation. Sauf que 4 hommes descendent de la berline et se ruent sur le pilote du cyclo. Ils l’empoignent et tentent de l’embarquer de force dans le véhicule. L’homme se débat. Une violente bagarre éclate. Au même instant, par le plus grand des hasards, une patrouille de Police aperçoit le curieux manège. 

Les 3 gardiens de la paix mettent pied à terre. Ils s’interposent et tentent de séparer les belligérants. « Police Nationale, arrêtez ça immédiatement ! » crie le Brigadier. « Police Espagnole » lui répond, du tac au tac, l’un des 4 molosses en tenue civile. C’est à n’y rien comprendre. 

Les 4 automobilistes se disent Policiers de sa Majesté le Roi d’Espagne. Hélas, ils n’ont aucun document d’identité sur eux. Ils n’ont pas davantage leur arme de service. Étonnant. Le plus gradé d’entre eux se dit Capitaine. Ses 3 collègues seraient des sous-officiers œuvrant pour le « groupe d’opérations spéciales » … Bizarre. Les 3 Policiers Français ont un doute : pourquoi donc ces 4 agents spéciaux s’en prennent-ils manu militari à un cyclomotoriste qu’ils viennent de percuter accidentellement ? 

Le Brigadier de Police Hendayais contrôle l’identité de la victime allongée au sol : il se nomme José Maria Larrechea-Goni. Lui affirme que les 4 hommes ont tenté de l’enlever ! Seulement voilà : l’homme accidenté au sol est un gros poisson : le n°3 de l’ETA Militaire… 

Averti de cette curieuse histoire, l’inspecteur de permanence veut la tirer au clair. Il ordonne qu’on lui amène ces drôles de suspects, menottes aux poignets, dans les locaux de la Police aux Frontières. Les 4 pseudo-policiers sont placés en garde à vue pour tentative d’enlèvement. En pleine nuit, on réveille le Procureur, le Sous-Préfet, et le Ministre de l’Intérieur. Vérification faite, les 4 hommes sont bien des Policiers. Mais, la collision n’a rien d’accidentel. Leur véhicule a délibérément accroché la mobylette. A Paris, Place Beauveau, on comprend vite que l’accrochage de cette nuit tient davantage d’une opération commando illégale que d’une banale dispute entre chauffards. Comme si des Policiers espagnols venaient chasser du réfugié basque, côté nord, pour le ramener de force outre-Bidassoa. L’affaire sent mauvais. Elle tourne au casse-tête policier, judiciaire et diplomatique.