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Affaires classées

Spielers va-t-il sauver sa tête ?
Spielers va-t-il sauver sa tête ? © Getty

Passe Partout : La tête du condamné (Affaire Armand Spielers)

Diffusion du vendredi 14 septembre 2018 Durée : 2min

« Affaires Classées » nous raconte cette semaine les méfaits d’Armand Spieler. Ce criminel est accusé d’avoir abattu, de 3 balles, un policier luzien dans la nuit du 29 mai 1936. Février 1937, les jurés Basques et Béarnais se penchent sur le procès de l’année au Palais de Justice de Pau...

Armand Spielers s’offre le luxe de faire la une du Figaro. Solidement encadré à son arrivée au palais de justice de Pau, son procès passionne la presse nationale. Surnommé « le roi de l’évasion des années 30 », l’accusé affiche un élégant costume coiffé d’un béret noir. Avide de sensation, alléchée par l’odeur du sang, la foule se presse aux portes de la salle des assises. Durant 5 jours, une soixantaine de témoins défile à la barre. Spielers plaide coupable sur les nombreux cambriolages de bijouteries et d’études notariales qu’il a commis à travers le grand Sud. Mais, il se dit innocent du crime sanglant qui a coûté la vie au gardien de la paix Fautoux, à Saint-Jean-de-Luz. Selon lui, 2 comparses, dont il tait les noms, ont commis le meurtre et le cambriolage de la bijouterie Cousseau. Par un malheureux hasard, ils lui ont confié la poche et le revolver…

Le récit de l’accusé ne convainc personne. Encore moins le procureur général René Ancely qui va démontrer combien Spielers est coupable. Tout l’accable : il a passé plusieurs heures, attablé au café situé face à la bijouterie, épiant les faits et gestes du commerçant ; le journal « Paris Soir » qu’il tenait en main est retrouvé tâché de sang sur la scène du crime ; enfin, l’arme dissimulée dans cette sacoche noire qu’il ne quitte jamais est celle qui a tué le policier Fautoux dans l’exercice de ses fonctions. Au nom de la société, l’homme en robe rouge n’accorde aucune circonstance atténuante : « Spielers sait le sort qui l’attend ; rien ne le rebute ». L’accusateur conclut : « la société n’a rien à gagner en conservant un homme en rébellion permanente avec elle ; seul le châtiment suprême permettra de s’en débarrasser définitivement ». Il réclame la peine capitale !

Seules des circonstances atténuantes peuvent sauver la tête de Spielers. Mais en avait-il ? Le bâtonnier bayonnais Delmas se démène comme un diable mais les jurés restent inflexibles. A la majorité absolue, ils rendent leur verdict : Armand Spielers est condamné à mort. Abattu, mais pas résigné, il forme un recours en grâce auprès du président de la République. Trois mois plus tard, le 12 mai 1937, Spielers sauve sa tête. Le président Albert Lebrun, peu favorable à la guillotine, signe un décret de grâce, en son âme et conscience. Spielers purgera donc une peine de travaux forcés à perpétuité. Le roi de l’évasion retourne au bagne. Là, à la surprise de tous, le brigand impénitent s’achète une conduite. Fini les évasions. 16 ans plus tard, au matin du 1er mai 1953, l’ex condamné à mort est libéré par la grande porte. Âgé de 51 ans, nul n’a plus entendu parler de lui...