Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho

Un verdict... surprenant
Un verdict... surprenant © Getty

Saint Michel s’habille en Noir : Au bénéfice du doute ! (Affaire Christophe Leick / Driss Laaroussi)

Diffusion du vendredi 28 septembre 2018 Durée : 2min

« Affaires Classées » nous raconte cette semaine le drame de la Saint-Michel, à Bayonne, une nuit de septembre 1995. Un jeune parachutiste du 1er RPIMA est accusé d’avoir passé à tabac un quinquagénaire d’origine marocaine. Son procès s’ouvre à Pau en juin 1998…

Jeudi 25 Juin, le caporal Christophe Leick, s’assoit dans le box des accusés.  Les traits fins, l’allure longiligne, le jeune parachutiste offre le visage du gamin de bonne famille. Bien loin de l’horreur du crime sauvage dont il répond. Selon les experts psychiatres qui l’ont examiné, l’accusé manque, certes, de repères mais il ne souffre d’aucune maladie mentale. Son amnésie est-elle sincère ou simulée ? Selon le psychiatre parisien Michel Dubec, « son alcoolisation massive explique cette soudaine perte de mémoire ». Mais alors, comment expliquer un tel déchaînement de violence sur un père de famille qu’il a rencontré dans un bar, quelques minutes plus tôt ? Là encore, « l’alcool aurait conduit à un débordement pulsionnel et à une violence meurtrière ». Les proches de la victime sont révoltés. Selon eux, Leick joue la comédie, « comme un acteur qui a appris son rôle ». 

La thèse d’un meurtre à connotation raciste avait enflammé les esprits au lendemain du drame. Faute de preuves, elle a tourné court. Dans le passé de l’accusé, les policiers n’ont trouvé aucun élément accréditant cette hypothèse. Ils penchent plutôt pour une dispute fatale entre 2 hommes fortement éméchés. Une rixe née sans doute d’un mot malheureux, d’une invective… Qui sait ? L’accusé se dissimule dans les vapeurs de l’alcool, donnant pour seule réponse : « C’est peut-être moi, je dois y être pour quelque chose ». Sans préciser quoi. L’alcool était aussi le triste compagnon de la victime. Né au Maroc, en 1943, Driss Laaroussi vivait seul dans son modeste appartement au 50 de la rue Maubec. Dans le quartier, les cafetiers connaissaient ce quinquagénaire sans histoires. Mais, à cause de son intempérance, certains refusaient de lui servir à boire. 

Au nom des parties civiles, Colette Capdevielle voit en l’accusé « une machine à tuer qui a transformé la rue Maubec en arène de corrida ». A son tour, l’avocat général François Basset dénonce un crime monstrueux. Contre cet accusé qu’il qualifie de lâche, il requiert 15 années de réclusion criminelle. Dans la nuit, le verdict tombe : Christophe Leick est déclaré coupable du meurtre de Driss Laaroussi. Mais la peine surprend tout le monde : 5 années de prison ! Face à un crime d’une telle sauvagerie, ce verdict d’une rare indulgence sonne comme un acquittement déguisé. Lorsqu’un doute existe, il profite à l’accusé qui doit être acquitté. Parfois, le doute profite aussi au coupable. Les proches de la victime quittent le palais de justice écœurés : ils sont en deuil, à nouveau. Comme Saint-Michel, cette nuit de septembre 1995, Dame Justice s’est habillée de noir...