Anne Roumanoff et le parti d'en rire

Anne Roumanoff et le parti d'en rire

Émission 

Anne Roumanoff

« Ce que ça apporte de faire rire ? Ça rassure ! Moi, je suis un doute ambulant. Bébé, sur les photos, j’avais déjà l’air flippé ! » déclare sans rigoler Anne Roumanoff, reine du one woman show, orfèvre de la chronique orale et écrite, femme de plume, de scène, de radio, de télévision, désormais adoubée et reconnue au sein de l’élite des humoristes francophones. Sourires parfois en coin, savoir-vivre en bandoulière et franc-parler souvent dévastateur restent la marque de fabrique de la pétulante quadragénaire, fidèle autant à elle-même qu’à sa couleur fétiche : « J’ai donné mon premier spectacle habillée en rouge, et je m’y suis toujours tenue. Le rouge me donne de l’énergie ! » En 1986, Anne Roumanoff sort diplômée de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Sciences Po), dans la promo de David Pujadas, Jean-François Copé, Frédéric Beidbeger.Elève des cours Simon et Florent dans les années 70, elle entame son parcours d’humoriste en 1987 en participant à « La Classe » sur FR3 et en présentant « Bernadette, calme-toi ! », son premier one woman show au Café-théâtre parisien Les Blancs-Manteaux.Dans le même genre, sous des titres éponymes, elle enchaîne ensuite ses prestations au Musée Grévin (1991), à l’Européen (1993), au Théâtre Daunou (1996), puis à l’Olympia (1998, 2010), à Bobino (2000, 2003), aux Bouffes-Parisiens (2007, 2008, 2009), au Palais Royal (2012) et au Casino de Paris (2014).Elle effectue également de nombreuses tournées en France Métropolitaine, en Guadeloupe, Martinique, Nouvelle-Calédonie, Suisse, Belgique, Québec, Maroc ou Tunisie.En 2009, elle reçoit le Grand Prix Sacem.Comédienne, elle joue dans « Potins d’enfer » de Jean-Noël Fenwick, « La Seconde surprise de l’amour » de Marivaux (1996), et tient le rôle de récitante dans « Babar le petit éléphant » de Francis Poulenc (1994), et « Le Carnaval des animaux » de Camille Saint-Saëns (1997). Elle apparaît dans une dizaine de films et téléfilms tels que « La Passion » de Jean Delannoy, « Promotion canapé » de Didier Kaminka, « Golden Boy » de Jean-Pierre Vergne, « Le Fantôme de l’Opéra » de Tony Richardson, « Des mouettes dans la tête » de Bernard Malaterre, ou « C’est la crise », une série de 15 épisodes dont elle est l’auteure. Elle s’illustre également comme comique et chroniqueuse à la radio, notamment sur France Inter dans « Rien à cirer » de Laurent Ruquier (1991-1997),  « Les Grosses Têtes » de Philippe Bouvard (2003 – 2008), et dans diverses émissions d’Europe 1 depuis 2009.À la télé, à partir de 2007, ses interventions « Radio Bistrot » dans « Vivement Dimanche » de Michel Drucker sur France 2 sont particulièrement remarquées. Elle collabore également avec Paris Première, Comédie ! NRJ 12, mettant le pied à l’étrier aux nouvelles générations d’humoristes qu’elle encourage également sur son site internet « Youhumour ».Femme de plume, elle signe « Rouge vif », une chronique régulière dans « Le Journal du Dimanche », une autre dans le magazine « Sélection du Reader’s Digest », et une dizaine d’ouvrages parmi lesquels : « Le guide de la belle-mère : comment la séduire ou faire avec ! » (1993 – avec Anne Bromberger), « Le couple : Petits délices de la vie à deux » (2006), « Belle, mince, sexy : Et puis quoi encore ? » (2007), « On ne nous dit pas tout ! » (2009), « Marie-Chantal la cigale et Eugénie la fourmi » (2011), « Gaston le héron » (2012), « Normal 1°, roi des Français » (2014).Titulaire de sa réplique de cire au Musée Grévin, elle fait l’objet du documentaire « Roumanoff telle quelle » diffusé sur FR3 en 2011.Épouse du producteur Philippe Vaillant, elle est mère de deux filles Alice et Marie, âgées de 20 et 13 ans.Tragédienne contrariée Née le 25 septembre 1965 à Paris, Anne Roumanoff aime évoquer son grand-père paternel russe ashkénaze et sa grand-mère maternelle originaire de Fez, « Gracia Cassou, une juive marocaine très drôle, extravertie, qui fut l’une des premières femmes écrivains francophones du Maroc » .Elle grandit dans la Capitale où son père est importateur de vêtements exotiques et de chemises indiennes, tandis que sa maman prend soin de la fratrie composée de trois filles de un garçon : « C’étaient des parents un peu babas, un peu bourgeois, et athées. Ils ne rentraient pas dans le moule. À 8 ans, je me pointais à l’école avec des manteaux afghans à poils longs et des pulls qui fleuraient bon la chèvre ! C’était une famille atypique, et avec mes origines étrangères, je ne me sentais de nulle part. J’avais soif de conformisme, de codes sociaux très clairs. Comme j’étais l’aînée, je me devais d’être raisonnable et responsable… » Tout ceci ne l’empêche pas – la télé étant proscrite à la maison – de rester des heures scotchée à son transistor grâce auquel elle fait une grande découverte : « Adolescente, j’étais fan de José Artur et de Ménie Grégoire. Et puis un jour, j’ai entendu un sketch de Sylvie Joly. Ça m’a sidérée ! Le soir même, j’ai commencé à écrire des petits textes qui ont fait rigoler toute la famille. J’avais trouvé un truc ! C’est là que j’ai voulu devenir actrice, et célèbre ! » Cependant, foin de jouer les rigolotes, la jeune fille se rêve en tragédienne « comme Isabelle Adjani » . C’est là que les ennuis commencent. Bien qu’ayant pris des cours de comédie en parallèle de sa brillante scolarité, elle échoue quatre fois au concours de la Rue Blanche et se fait refouler au Conservatoire : « On me demandait d’être drôle, mais je répondais que ce que je voulais, c’était « faire du théâââtre ! » Obnubilée par mon but, jetée des castings et des auditions, je me pourrissais la vie, j’avais même pas de petit ami ! » En désespoir de cause la forte en thème entre à Sciences Po « pour ne pas finir sur la paille » . Son diplôme en poche, elle part faire du baby-sitting au Club-Med de Djerba. Une idée lumineuse : « Dans l’ambiance des soirées au bord de la piscine, je me suis lancée à inventer et à jouer des caricatures de GO et de touristes du club. Et ça a marché ! Ce succès inattendu, c’est un vrai tournant dans ma vie, un déclic ! » Du coup, rentrée à Paris, elle s’enhardit à passer une audition devant Guy Lux : « Mon sauveur ! Il m’a sélectionné pour entrer dans « La Classe ». Passer de Sciences Po à Fabrice et aux histoires de cul, ça a été un peu violent ! Mais enfin, après dix ans d’échecs, on voulait bien de moi quelque part ! »  Cent fois sur le métier… Bien que qualifiée de « talentueuse, pétillante, drôle » , Anne Roumanoff est longtemps restée étiquetée comique « gentille » , voire « ringarde » . Ce qu’elle reconnaît volontiers : « J’ai longtemps souffert d’un manque de considération. Pas de la part des spectateurs qui m’ont adopté dès le début et ont toujours été présents, mais de celle de la profession, et parfois de la presse. J’avais fini par m’y résigner, je savais que je n’en mourrais pas ! » Têtue et fine mouche, au lieu de se braquer, elle a préféré s’en remettre à Louise Latraverse, metteur en scène canadienne qui lui a permis de canaliser son énergie, de gagner en profondeur, en humanité, et en sobriété en éliminant ses « gestes maladroits et ses grimaces inutiles » . Le journaliste Frédéric Siméon estime qu’aujourd’hui, « au-delà du divertissement, elle parvient a réussir le pari de faire rire avec ce qui indigne et qui effraie ». Pour l’ex-recalée des hautes études théâtrales, c’est une belle revanche qu’elle savoure sans ambages, tout en glissant un œil aiguisé sur son parcours : « J’ai sans doute trop longtemps perpétué mon personnage de nunuche que d’ailleurs je ne sentais plus. Je pense quand même m’être améliorée. Pour réussir, il n’y a pas de mystère : je travaille tout le temps. J’ai la tête dans le guidon et toujours un truc sur le feu ! Mais j’aime mon métier, et je ne me plains pas ! » Bernard Mabille, son compagnon d’écriture ne pense pas différemment : « C’est une bosseuse, une acharnée du mot et du verbe qui n’arrête jamais et qui peut vous envoyer un mail à quatre heure du matin en espérant une réponse ! » La « pochtronne » aux saillies salaces et redoutées de « Radio Bistrot » garde la tête froide : « Je ne suis pas une moraliste, une donneuse de leçons, une éditorialiste politique. Je ne sors pas de mon boulot d’humoriste qui est d’amuser les gens ! » Blinis et ricotta S’estimant « extravertie sur scène, mais plutôt introvertie dans le quotidien » , Anne Roumanoff n’étale pas sa vie privée qu’elle protège jalousement, comme ses filles et son époux qui apprécie qu’à la maison, « à part son côté bordélique, et son défaut, parfois d’entreprendre trop de choses en même temps, elle est assez facile à vivre, ni dans le délire perpétuel, ni dans sa tour d’ivoire de diva neurasthénique ». Citoyenne du XVIII° arrondissement de Paris, c’est une maman attentive qui va au marché, remplit le frigo, et qui aime « tenter des trucs » le dimanche en cuisine comme les blinis à sa façon ou la tarte à la tomate avec de la ricotta et des sardines, « un régal ! » Lectrice de Balzac, Zola, Dostoïesvki, fan de Brel, Piaf, Souchon, Pierre Perret, Bénabar, et du moelleux au chocolat, elle croit « en un Dieu » , vote aux élections mais ne dit pas pour qui, tout en précisant son « aversion pour les idées extrêmes » .Elle « raffole des potins » , mais « déteste les cancans de filles » , et se moque pas mal désormais qu’on puisse brocarder son physique : « Je me sens bien dans ma peau, et pour rien au monde je ne voudrais revivre mes 20 ans ! »

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